blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

20 novembre 2007

LES MOTS – de Hodler à de Staël

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , , , , , — jvl @ 23:09

Lorsque je me suis décidé à peindre, il y a 12 ou 14 ans, ce jour-là, précisément ce jour-là, juste avant de pousser sur les tubes pour faire sortir la pâte, j’étais allé plusieurs fois à la Bibliothèque des facultés à Namur, fébrilement, regarder un ouvrage consacré à de Staël, un méchant petit livre maigre où les reproductions étaient toutes en noir et blanc. Une seule chose m’intéressait : voir, revoir, revoir plusieurs fois comme si d’une fois à l’autre je l’avais déjà oublié, tout cela en une demi-journée puisque je me suis à peindre le soir-même, voir donc un endroit précis de la toile, du paysage marin peint par de Staël : l’espace extrêmement ténu mais vibrant qui se situait entre le bord du ciel , et la ligne d’horizon de la mer. Cet espace minuscule pris en tenaille entre le ciel bas et large, et la mer large et puissante. Un tout petit espace d’apparence insignifiant. Mais je voyais bien que c’était là que tout se jouait : le sens de la peinture, son langage, son mystère – là où les choses semblaient tirer toute leur force, qui était gigantesque, du fait de ne pas se toucher, mais seulement se frôler, se sentir, se mesurer, se taire et conjuguer. Entre les deux ourlets qui se toisaient, il y avait le secret des lèvres entrouvertes, le secret des mots bloqués dans la gorge.

Oui, je peindrais comme de Staël, je parlerais donc comme lui.

Il n’en a rien été.

Ferdinand HODLER, dont j’ai déjà dit quelques mots autour de l’exposition présentée à Orsay, et dont quelques oeuvres seront toujours visibles car accrochées habituellement au Musée d’Orsay, avait continué inlassablement jusqu’à la fin de sa vie à peindre les paysages, presque toujours les mêmes ( et en écrivant ces mots, j’en mesure en meme temps toute l’énormité, car c’est bien dans l’apparente répétition d’un même thème qu’a pu surgi toute la puissance créatrice du peintre ) , savoir des montagnes, le Lac de Genève qu’il voyait de son appartement, les montagnes encore, la ligne d’horizon, les nuages.

Peu de temps avant de mourir, il avait lui-même qualifié ces paysages de  » paysages planétaires « , tant il avait senti qu’ils traduisaient le sentiment d’une harmonie cosmique entre l’homme et la nature.

Il écrivait, parlant de la ligne de l’horizon, et sans aucun doute de cet espace sacré dont je dis ici que tout s’y joue , il écrivait donc tout à la fin de sa vie :  » … voyez-vous comme tout se résout là-bas en lignes et en espace ? N’avez-vous pas le sentiment de vbous tenir au bord de la terre et de commencer librement avec le Tout ? « .

Vous n’avez pas les larmes aux yeux, vous ?

16 novembre 2007

LE PEINTRE et la PHOTOGRAPHIE – Ferdinand HODLER à ORSAY ( 3 février 08 )

Classé dans : peintres, similitudes-rapprochements — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 17:44

Un paysage extraordinaire d’HODLER est actuellement ( avec 20 autres, tout autant exceptionnels ) présenté à ORSAY, jusqu’au 3 février 08 : il s’agit du  » Lac de Thoune avec le Niesen « , venant d’une collection privée ( il ne s’agit pas du tableau représenté ci-contre, car celui dont je parle ici n’est malheureusement pas à ma disposition pour l’instant ).

La montagne Niesen y est présentée comme un cone, un triangle parfait au centre du tableau; de part et d’autre, un arrière-plan des Alpes; venant du pied du Niesen jusqu’à l’avant au bord du tableau, l’eau du lac de Thoune. Contre le bord du tableau, cette eau est traitée en petites touches horizontales bleutées, sur deux ou trois lignes, puis ces touches disparaissent peu à peu sous un voile de peinture gris-blanc au fur et à mesure qu’elles s’élognent du bord, gagnent le large et rejoignent le pied du Niesen, lequel est à sa base comme discrètement nimbé de gris argenté. De part et d’autre du cone, le ciel constitué de volutes, d’arrondis très travaillés et très peints dans des tons clairs alant du jaune au bleu. Un pur chef d’oeuvre, d’une gravité, d’une consistance, d’une lumière, d’une présence, d’une harmonie, d’une reliogisité chaleureuse, d’une humanité qu’atteignent fort peu de paysages…

Le catalogue de l’exposition montre diverses photos prises par Hodler notamment, et parmi elles, l’exacte reproduction du tableau ( à moins que ce ne fut le contraire…).

Cette ancienne photo minuscule, dans les tons gris-sépia, montre un Niesen fantomatique, le pied nimbé d’argent, accents si particuliers que renforce sans doute la qualité de la photo – de ces photos monochromes au piqué inimitable de l’époque.

Impossible de ne pas voir dans cette photo ( celle-là même ) l’inspiration directe d’Hodler, qui sans doute l’avait sous les yeux après lui-même l’avoir prise, et qui se mit à peindre, impressionné sans aucun doute par le rendu de la photo, plus peut-être que par le sujet tel qu’il pouvait le voir directement sans la photo.

Le tableau aurait-il eu cette grâce magique s’il n’y avait eu avant lui la photo et le double regard d’Hodler ?

Et alors ?

Alors, rien, mais autant savoir…

Il y a de nombresues années ( 20 ans ? ), j’avais vu à Paris une exposition sur PICASSO ( cela s’appelait, je pense, mais le souvenair est loin : Picasso et la manière noire. Dans cette exposition, j’avais noté que PICASSO parlait de l’iportance de photos qu’il possédait par centaines, notamment des personages ( des femmes noires ) et que certaines de ces photos, évidemment monochromes, avaient été pour quelque chose ( mais là ce n’était plus PICASSO qui parlait, mais, si je me souviens bien, le Commissaire de l’expo ) dans l’éclosion chez PICASSO de ce que l’on appela plus tard les périodes bleues, puis roses…

Autant savoir…savoir…savoir…ah le savoir … si loin -mais si proche souvent – de la peinture…

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