blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

22 février 2008

La dame de Brassempouy restera en chewing gum au moins jusqu’en novembre 2008









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 La Dame de Brassempouy, huile s/toile, 150x150cm, 14 février 2008 - JVL


 

 

 

 

 

La Dame de Brassempouy restera donc en chewing gum jusqu’en novembre 2008 au moins…

J’avais publié sur ce blog le 10 décembre la lettre que j’avais envoyée au Conservateur du Musée National d’Archéologie de Saint-Germain en Laye en novembre 2007, sous le titre « la Dame de Brassempouy est en chewing-gum « .

Celui-ci m’a aimablement – mais incomplètement – répondu dans les termes suivants :

Monsieur,

J’ai effectivement reçu un message de votre part, intitulé « La Dame de
Brassempouy est en chewig gum », mais je ne suis pas parvenu à l’ouvrir et,
compte tenu de son intitulé, je n’ai pas jugé utile d’entrer en relation
avec son auteur, pensant à une plaisanterie. Si ce message avait été
lisible, j’aurais évidemment aussitôt répondu.

A l’exception d’un certain nombre d’objets paléollithiques en ivoire ou en
os (quelques dizaines d’objets sur les 35 000 exposés), le musée
d’Archéologie nationale n’expose que des originaux.

La raison de la présentation de moulages (clairement indiqués comme tels
dans les cartels), dont je comprends qu’ils vous irritent, a une double raison.

La célèbre donation Piette (1904) a des clauses juridiques très strictes
puisque, sous peine d’annulation, les objets qu’elle comporte (environ 10
000 dont quelques dizaines de chefs d’oeuvre de l’art mobilier magdalénien)
ne peuvent quitter la petite salle aménagée par le donateur (mort en 1906).
Donc ces objets ne peuvent être ni prêtés, ni exposés dans la galerie
Paléolithique. D’où le recours à des moulages.

D’autre part, les vitrines de cette galerie ne répondent pas aux normes
actuelles de conservation climatique, du moins pour les objets en matière
organique. Donc depuis environ un demi-siècle, des moulages ont été
substitués aux objets concernés.

Une rénovation totale du musée étant envisagée, il est évident que des
vitrines climatisées permettront alors de présenter les objets d’art
moibilier en os et en ivoire qui ne font pas partie de la collection Piette.

En ce qui concerne la « salle Piette », nous avons décidé, afin que le public
puisse enfin avoir accès aux objets originaux, de la rénover à l’identique
de ce qu’elle était à la mort d’Edouard Piette, son aménagement ayant peu
bougé depuis cette époque, toujours en raison des clauses draconiennes de
la donation.

Nous avons terminé en décembre le chantier de gros : étanchéité des
fenêtres à vitraux, climatisation, réfection des peintures et des meubles
et vitrines d’époque, éclairage, etc…

Nous sommes actuellement en train de remettre en place les milliers
d’objets. Une vitrine rassemblera les pièces maîtresses de la collection,
dont la Dame de Brassempouy.

L’inauguration de cette salle, très rarement ouverte au public depuis 1904,
devrait intervenir en novembre prochain, et je ne manquerai pas de vous y
inviter, en avant-première.

Seul problème, lié à sa situation dans le château (dans un cul de sac) et à
sa configuration, la Commission de sécurité a limité à 19 personnes à la
fois, accompagnées d’un conférencier, l’accès à cette salle.

Nous envisageons des visites à heure fixe ou sur rendez-vous.

J’espère avoir répondu à vos interrogations et vous prie de croire,
Monsieur, à l’expression de ma meilleure considération..

PS. Vous parlez à tort, selon moi, de « mauvais moulages ». En effet, nous
conservons au musée les creux originaux des moulages effectués au début du
XXe siècle. Les moulages exposés sont directement tirés de ces moules
historiques (de telles opérations de moulage au plâtre seraient évidemment
exclues aujourd’hui). Il ont été réalisés par notre propre atelier de
moulage, qui remonte à l’origine du musée et n’a pas de vocation
commerciale (il ne fait pas de tirages en série, mais uniquement des pièces
de comparaison pour des musées ou des universités) et ont été patinés et
teintés par notre chef d’atelier à partir de l’objet original.

+++

Voici la réponse que je lui ai faite :

Monsieur,

Je vous remercie pour votre courrier.

Je n’ai jamais pensé un seul instant qu’il n’existât pas de bonnes raisons
de présenter des moulages à la place des pièces originales ; je le dis d’ailleurs
dans le courrier que je vous ai adressé ( où j’évoque spontanément les
motifs de sécurité et de conservation ).

Ce n’est pas là qu’est le problème que je dénonce , et la difficulté que
rencontre le visiteur.

C’est que d’une part le visiteur ne soit pas prévenu que ce qu’il va voir au
Musée ne sera qu’un moulage.

Et que ce moulage ne sera pas de bonne qualité.

Je le dis sans aucun esprit de polémique mais parce que c’est ce que j’ai
ressenti devant la Dame de Brassempouy : je ne savais pas qu’il s’agissait d’un
moulage et après quelques secondes, j’ai remarqué certaines imperfections,
certains traits arrondis ou mal exprimés, et ainsi sans le moindre a priori
possible, j’ai constaté que l’image que j’avais devant moi ne correspondait
pas à la reproduction qui est partout et qui est donc bien présente dans l’esprit
du visiteur. C’est alors qu’en lisant le cartel, j’ai eu confirmation qu’il
ne s’agissait pas de la pièce originale.

Car, dans le site du Musée, comme toutes les reproductions qui circulent
partout et que l’on a tous en tête, ce n’est évidemment pas le moulage qui
est reproduit, mais l’original. Et c’est là que gît le problème : le
visiteur amateur comme je l’étais connaît la Dame pour l’avoir admirée tant
de fois dans tant de reproductions que lorsqu’il va au Musée, c’est elle qu’il
va voir : dites-moi sincèrement, que vaut-il mieux pour l’amateur : admirer
une belle photo de l’original qui est disponible partout sur internet et
surtout dans le site du Musée, ou se déplacer à Saint-Germain pour y voir
une ( mauvaise ) copie ?

D’où ma suggestion si vraiment les raisons que vous avez de ne pas montrer
les originaux sont absolument insurmontables : avertir le visiteur, par
exemple en prenant soin d’ indiquer dans le site du Musée que certains
originaux ne sont pas visibles.

Et – mais je ne veux pas croire que le vrai problème serait là – assumer
alors le risque de voir diminuer le nombre de visiteurs.

Par ailleurs et enfin, je note avec satisfaction que toutes les pièces
originales, actuellement invisibles, seront prochainement accessibles : les
unes dans la Salle PIETTE dont la restauration est en voie d’achèvement ;
les autres, dans des vitrines adéquates.

Le problème évoqué sera alors réglé.

Mais en attendant, au nom de tous les
visiteurs passionnés dont je suis, n’y aurait-il pas à donner cette
information qui m’a cruellement manqué ?

Je vous adresse de l’ardenne belge mes sincère salutations.

+++

 

 

 

 

 

 

 

 

10 décembre 2007

La Dame de Brassempouy est en chewing-gum

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 17:08

La Dame de Brassempouy est en chewing gum

 

A Monsieur le Conservateur du Musée National d’Archéologie de St-Germain- en- Laye.

Monsieur le Conservateur,

Depuis longtemps me hantent la Dame de Brassempouy et quelques-uns des chefs d’oeuvre du paléolithique comme le petit cheval de Lourdes, ou le cheval sautant gravé sur un bois de renne.

Je suis belge, j’ habite l’ardenne ( environ 50 km de Bouillon ).

Il y a peu, au fil de mes lectures, j’ai appris que ces merveilles et d’autres étaient au Musée National d’Archéologie à St-Germain…, que St-Germain n’était qu’à quelques minutes de Paris en RER …et je me suis promis - alors que le temps est toujours tellement compté lorsque je vais à Paris…- d’aller à St-Germain à l’occasion d’un futur séjour à Paris .

L’occasion se présenta ainsi fin novembre : Thalys jusqu’à Paris, RER jusqu’à St-Germain.

Je frémissais en entrant au Château, ticket, couloir, vitrine au 1er et, de loin j’avais reconnu la minuscule Dame que je connaissais déjà par cœur. Je m’approchais d’elle sans la perdre des yeux, j’étais en face, tête- à -tête tellement attendu !

Après quelques secondes, la vision s’assombrit : ce front taillé si net me paraissait un peu fade, l’incision de la coiffure, la ligne du nez me parurent comme émoussés, le visage tout entier semblait éteint. Je ne comprenais pas.

Je lus alors le panneau pour apprendre, indiqué in fine, qu’il s’agissait d’un moulage .

Colère contenue et frustration froide.

Je descends à l’accueil, fais part de ma déception. Non, l’original sera visible un jour ( mais on ne peut me l’assurer ) lorsque sera en état la salle dédiée à la donation dont dépend la Dame.

Je ronge mon frein, tente de digérer ma déception, me raisonne en acceptant l’explication, et me console en pensant aux autres chefs d’œuvre du Musée dont je vais pouvoir profiter .

Retour au 1erétage, le petit cheval de Lourdes est là, et aussi le bison se grattant l’épaule, et le cheval sculpté sur un bois de renne, et d’autres…d’autres…mais eux aussi, stupeur et colère, sont tous des moulages…Je redescends à l’accueil, demande à vous voir, ou à défaut, rencontrer un quelconque responsable. Je voudrais lui dire ma colère ( car mon irritation cette fois a fait place à la colère ), lui dire que l’on ne peut accepter le prétexte de la conservation ou celui des impératifs de la sécurité, que la fonction du Musée est de conserver, certes, mais aussi et en même temps, de montrer, de permettre justement les découvertes que seuls les originaux peuvent donner ; qu’actuellement, au même moment - exemple entre mille – se trouvent à l’Institut du Monde Arabe dans le cadre de l’expo sur les Phéniciens, de précieux petits ivoires sculptés, certes un peu plus jeunes que les bois de renne ou l’ivoire de mammouth concernés ici , mais qui viennent de faire le voyage depuis Beyrouth, et qui sont présentés en original dans des vitrines avec un éclairage ( et sans doute d’autres mesures ) appropriées…que la moindre des choses pour un Musée national, s’il faut vraiment qu’il cache ses trésors, serait d’une part de l’annoncer ( la veille de ma visite encore je consultais le site du musée : aucune mention de ce qu’il s’agit de moulages…et les photos présentés y sont les photos des pièces originales ! ) pour que le visiteur soit prévenu ( jamais, vous le pensez bien, je n’aurais fait le déplacement à St-Germain, et aurait autrement profité de mon temps en restant à Paris ) et d’autre part devrait veiller à la qualités des moulages de remplacement…

Cet état de chose, bien au-delà de ma déception personnelle, est profondément déplorable.

Le Musée manque au respect de ses visiteurs en présentant de mauvais moulages en lieu et place des pièces originales, et en ne prévenant pas le visiteur qu’il ne verra pas les originaux ( une mention sur le site, par exemple, serait indispensable).

Sur place ce jour-là, cependant, -et ce ne fut pas faute d’y avoir insisté – je n’ai pu rencontrer strictement personne : ni le Conservateur ( qu’un quidam ne peut évidemment déranger pour si peu), ni aucune des personnes, collaboratrices ou guides - tous et toutes indisponibles.

Il ne me restait qu’à reprendre le RER, après un tour à la librairie du Musée où , sans doute malignement inspiré que j’étais par les circonstances, je me suis mis à déplorer que, dans son rôle de service public et d’éducation permanente, le Musée n’ait pas indiqué par une note, pour certains livres présentés, que leur contenu ne constituait que des hypothèses dont certaines devenaient dépassées, ou que d’autres par exemple n’avaient plus d’actualité pertinente en raison de découvertes postérieures ( je pense, par exemple, à l’abandon aujourd’hui de la théorie de l’east side story de Coppens ) : je pense en effet que des lecteurs peu avertis ( n’est-ce pas précisément l’un des rôles d’un Musée que d’accueillir aussi un public peu averti ? ) pourraient être induits en erreur en achetant un livre dans cet endroit pensant qu’ils vont trouver là - sur le sujet de la Préhistoire par exemple – des enseignements sûrs et définitifs ?

Faut-il donc que le Musée attende que le public réagisse pour mesurer le problème posé par de mauvais moulages non annoncés et se rende compte que cette situation trompeuse est aux antipodes de sa mission ?

J’avais il y a peu dans mon blog parlé de la Dame de Brassempouy ( en même temps que d’un visage sculpté dans la grotte de Bernifal ) ; j’y insère le présent courrier que je vous envoie. J’y mettrai votre réponse, tant celle-ci peut intéresser un large public.

Je vous prie de croire, Monsieur le Conservateur, en l’assurance de mes sentiments distingués.

 

 

 

 

 

 

 

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