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SIGNES DES TEMPS / SIGNES DE LA MAIN
Les signes : marques, repères, traces, empreintes, passage, le temps qui passe, des traits, des points, ponctuation, rythme, temps qui passe ou signes significatifs tels un langage.
Mais aussi, ces gestes simples comme un signe de la main.
Ou encore : les signes de la main du peintre.

180x180- 15 janvier 2008 - huile sur toile -
Signes des temps : les signes lointains des temps paléolithiques, là où commence l’histoire de l’homme-qui-peint.
A -18.000 ans, -22.000 ans, quelques traits horizontaux, brefs et décidés, synthétiques, pour représenter la nuque d’un bison ( El Castillo, La Pileta ) mais surtout un peu partout dés le paléolithique puis après, de l’Angleterre à l’Afrique, en passant par la Normandie, le Périgord, les Pyrénées, la Cantabrie et l’Andalousie, des signes inlassablement répétés, absolument incompréhensibles, et que l’on qualifie d’abstraits, des points des lignes, des courbes, des espèces de peignes, ici Messieurs-mesdames cette partie de paroi pleine de gribouillis servait sans doute à affuter les pointes de charbon de bois ( Las Monedas ) ah bon ?, des espèces de calandrier ou d’agenda, des cloches ( des cloches ? El Castillo ), des espèces d’hommes volants ( Icare à la Pileta ), des espèces de ponctuations, des lettres inversées, des grimoires.
Je me passionne pour l’art pariétal paléolithique, traits gravés, dessins au doigt ( que l’on appelle poétiquement les dessins – macaroni ), pigments sans doute soufflés à la bouche, lampes de grès à la graisse animale et sans doute à la moëlle épinière car elle dégage moins de fumée, flambeaux dans les grottes qui projettent sur les parois en utilisant certaines parties du relief à l’avant-plan des ombres évoquant un animal, une tête de bison par exemple ( expérience faite à Font de Gaume ) préfigurant les dessins qui vont y être portés…préfigurer…figurer…
Tous sont les témoins des origines de l’Homme qui manifeste de la curiosité, qui s’ouvre à la vie spirituelle. La curiosité que l’homme a toujours manifestée, curiosité qui, sans doute, est l’une des composantes de son essence.
Traces de doigt, traces de pieds laissés dans l’argile et qui sont venus jusqu’à nous ( Pech Merle, El Castillo ), traits nantis d’une pointe comme pour figurer une flèche, genre d’oiseau, espèce de tortue ( La Pileta, à moins que ce ne soit des pièges pour capturer les animaux ), espèce de tortue, espèce de profil humain, espèce de renard – oui, on dirait là ( Las Monedas ) la gueule effilée d’un renard, et là, la tête arrondie d’un phoque ( la Pileta ) !, et ici comme un calendrier, ou un système de comptabilisation, et là un phallus, un dessin vulvaire, oui, vous voyez bien n’est-ce pas ce trait rentrant dans un triangle ( Les Combarelles ), phallus çà Monsieur…
Cette espèce de rage ( ou de raison, c’est la même chose ) que l’on a trop souvent devant l’art dit abstrait, de vouloir le décoder, le déchiffrer, trouver l’explication, la référence – nous l’avons aussi devant les signes peints et gravés du paléolithique, mais avec une différence majeure : jamais nous ne saurons ( et nous savons que nous ne saurons jamais – sauf à trouver une nouvelle Pierre de Rosette ) , jamais sans doute - et nous le savons – nous ne pourrons percer le mystère et savoir ce que représentaient ces signes extrêmement abondants, quasi universels ( on a retrouvé des mains négatives à Bornéo, peintes à la même époque du paléolithique que celles présentes dans quantité de grottes d’Europe alors que leurs auteurs ne pouvaient avoir eu aucune communication entre eux ).
Un calendrier lunaire que seraient ces cupules gravées sur un os ? ( le célèbre os de l’Abri Blanchard en Dordogne et les travaux de l’américain Alexander Marshack ) …oui peut-être, non sans doute comme dit Arno.
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Exposition du 1er mai au 1er juin à la Fondation Biermans-Lapôtre, bd Jourdan 9 à 750014 PARIS ( face au Parc Montsouris, métro Cité Universitaire ) - http://www.bellux.org/.
Travaux récents de Jacques V. Lemaire
Et si l’OMBRE projetée était à l’origine de l’art….
Si je suis à ce point passionné par l’art rupestre et pariétal paléolithique , c’est pour de nombreuses raisons dont la principale est qu’il s’agit là ( vers 30.000 ou 34.000 d’ans d’ici ) de la toute première manifestation de l’homme visant à créer une image qu’elle soit figurative comme la représentation d’un animal ou non figurative comme les signes, lesquels semblent être apparus tous deux en même temps ou presque .
Les premières représentations semblent être la représentation des mains, en négatif ou en positif, par le système consistant à enduire l’intérieur de la main de pigments puis à l’appliquer sur le rocher à la manière d’un tampon ( main positive ), ou de poser la main à plat sur la paroi puis souffler ( certains pensent qu’ils crachaient le pigment qu’ils s’étaient mis en bouche, d’autres pensent qu’ils soufflaient les pigments avec une tige creuse à la manière d’un tube ( mains négatives ).
Ces mains apparurent un peu partout vers 30 à 34 000 ans d’ici, en Europe ( on en voit en Dordogne, en Espagne notamment ) mais aussi en Asie ( Indonésie notamment ) à la même époque .
La question de savoir pourquoi les hommes et les femmes se sont mis, un jour, à créer des images est passionnante, et ce d’autant plus que la réponse scientifique ne sera sans doute jamais acquise.
Si l’on veut essayer de répondre à cette question, il faut donc, avec les moyens dont on dispose, élaborer des théories, lesquelles seront plus ou moins susceptibles de contenir la vraie explication selon que l’on aura pu mettre en œuvre, pour y arriver, des moyens et des connaissances approfondis. Ce n’est pas mon cas, mais j’ai ma petite idée là-dessus…
Dés qu’il y a lumière, il y a ombre.
L’ombre au sol de l’homme qui marche.
Ce phénoméne a dû être perçu par l’hominidé dés qu’il en eut les moyens, et petit à petit, de mille ans en mille ans, l’ombre , qui était devenue banale dans sa perception, a dû faire l’objet d’attention à défaut de réflexion.
Il est indéniable qu’à un moment l’hominidé s’est rendu compte que l’ombre, sa propre ombre mais aussi toutes les ombres – celle des arbres, des montagnes, d’une feuille – constituait le double de lui-même : un double tout plat, sans couleur, mais l’exacte reproduction, en mouvement si le sujet était lui-même en mouvement, de son corps, de l’arbre au soleil, d’un rocher sous la pleine lune.
L’hominidé s’est bien rendu compte que l’ombre était rigoureusement attachée au sujet qui la produisait et qu’elle n’existait pas en elle-même, qu’elle en suivait en quelque sorte tous ses faits et gestes, et qu’il était impossible de l’en dissocier.
A l’ombre, il faut ajouter le miroir : l’eau qui renvoit l’image et qui la dédouble.
Le visage de l’homme qui se penche sur l’eau ou encore le paysage qui est renvoyé en double par la surface d’un lac.
Le soleil et la lune ont donné l’ombre statique.
Le feu donnera l’ombre animée à cause du mouvement des flammes.
L’époque de la domestication du feu est discutée : certains prétendent pouvoir la faire remonter à 600.000 ans ( grotte de l’Escale à Saint-Estève-Janson, dans les Bouches-du-Rhône, tout près du Luberon ) mais plus généralement on considère que le feu a été domestiqué il y a environ 450.000 ans ( voir notamment : http://www.musee-terra-amata.org/ ….Alors que les premiers outils en pierre remontent à 2,5 millions d’années, les plus anciennes structures de combustion datent d’environ 450 000 ans. La grotte de Menez-Dregan, dans le Finistère, a livré plusieurs foyers dont le plus ancien remonterait à cette époque. Dans le gisement de Terra Amata (Alpes-Maritimes), plusieurs foyers (datés de 380 000 ans) étaient aménagés dans de petites fosses ou sur des dallages de galets.
A partir de 350 000 ans, les traces de domestication du feu sont de plus en plus probantes et nombreuses. Par la suite, la fréquence des foyers augmente encore nettement, à tel point que, dans les habitats bien conservés, c’est leur absence qui paraît étonnante…
Les premières peintures – connues à ce jour – remontent tout au plus à 30 ou 34.000 ans d’ici ( Grotte Chauvet par exemple ).
Il aura ainsi fallu à l’hominidé, dans l’état actuel de nos découvertes, 400.000 ans pour prendre conscience de l’ombre projetée et arriver à la dissocier de sa source, la rendre autonome.
Lorsque le chasseur ( c’est un cliché évidemment : ce peut-être la chasseresse, ou n’importe qui s’est éloigné de l’abri et qui y rentre…) revenait le soir vers la grotte dont l’entrée servait d’habitation, les feux allumés lui renvoyaient sur la paroi des rochers, en les grossissant, les personnages et les scènes qui se jouaient autour des feux allumés. Le chasseur qui rentrait le soir pouvait, de loin déjà, voir les scènes et les personnages animés, les ombres parfois difformes sur le relief des parois
L’ombre animée, visible parfois de loin alors que le sujet qui la provoquait était peut-être hors de la vue, dut petit à petit gagner son autonomie : petit à petit, l’homme fut amené à la dissocier de celui qui la provoquait et petit à petit, l’homme put la considérer comme chose à part entière.
Cette – oserais-je dire – prise de conscience dut intervenir dans l’apparition du dessin, de la peinture, de cette image à ce point autonome qu’elle pouvait être créée de toute pièce par un geste sur la paroi…
Dans ce cas, l’image dessinée un jour par l’homme, ne fut devenue possible que dans la mesure où l’hominidé put la dissocier de son modèle : l’image devrait en cette hypothèse son existence à l’autonomisation du reflet ou de l’ombre.
En disant cela, je ne dis rien, bien entendu, de l’ extraordinaire phénomène qui conduit l’homme, un jour, au besoin de dessiner, de porter hors de lui et de mettre sur une paroi rocheuse, au moyens de pigments naturels, des images qui lui étaient familières ( des animaux par exemple ) et en quelque sorte, dans un but qui restera sans doute à jamais ignoré, de rendre potentiellement public* , c’est-à-dire visible par tous, des choses qui étaient visibles dans la nature environnante.
Dans la grotte de Font-de-Gaume j’ai pu me retrouver un jour seul avec un guide, et nous avons visité, à mon rythme, divers endroits de la grotte. Le guide allumait et éteignait sa torche ; à un moment, elle l’alluma à un certain endroit, au pied de la paroi, et l’ombre projetée plus haut sur la paroi ( à cause du profit d’une petite crète rocheuse à l’avant-plan ) représentait un bison…un bison qui bougeait avec la lampe qui bougeait…pareille scène a du se produire, il y a 34.000 ans, lorsque l’homme était dans la grotte avec sa torche ou, plus vraisemblablement, avec sa lampe à graisse…
*même si, on le sait bien, la plupart des dessins, gravures et peintures étaient réservés aux endroits précisément peu accessibles : le fond des grottes que l’on appelle aujourd’hui les sanctuaires profonds.
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