blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

28 septembre 2008

Et si l’OMBRE projetée était à l’origine de l’art….

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Si je suis à ce point passionné par  l’art rupestre et pariétal paléolithique , c’est pour de nombreuses raisons dont la principale est  qu’il s’agit là ( vers 30.000 ou 34.000 d’ans d’ici ) de la toute première manifestation de l’homme visant à créer une image  qu’elle soit figurative  comme la représentation d’un animal ou non figurative  comme les signes, lesquels semblent être apparus tous deux en même temps ou presque .

 

Les premières représentations  semblent être la représentation des mains, en négatif ou en positif, par le système consistant à enduire l’intérieur de la main de pigments puis à l’appliquer sur le rocher à la manière d’un tampon ( main positive ), ou de poser la main à plat sur la paroi puis souffler ( certains pensent qu’ils crachaient le pigment qu’ils s’étaient mis en bouche, d’autres pensent qu’ils soufflaient  les pigments  avec une tige creuse à la manière d’un tube ( mains négatives ).

 

Ces mains apparurent un peu partout vers 30 à 34 000 ans d’ici, en Europe ( on en voit en Dordogne, en Espagne notamment ) mais aussi en Asie ( Indonésie notamment ) à la même époque .

La question de savoir pourquoi les hommes  et les femmes se sont mis, un jour, à créer des images est passionnante, et  ce d’autant plus que la réponse scientifique ne sera sans doute jamais acquise.

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120x180 - huile s/ toile - JVL - 26 septembre 2008

Si l’on veut essayer de répondre à cette question, il faut donc, avec les moyens dont on dispose, élaborer des théories, lesquelles seront plus ou moins susceptibles de contenir la vraie explication selon que l’on aura pu mettre en œuvre, pour y arriver, des moyens et des connaissances approfondis. Ce n’est pas mon cas, mais j’ai ma petite idée là-dessus…

 

Dés qu’il y a lumière, il y a ombre.

L’ombre au sol de l’homme qui marche.

Ce phénoméne a dû être perçu par l’hominidé  dés qu’il en eut les moyens, et petit à petit, de mille ans en mille ans, l’ombre , qui était devenue banale dans sa perception, a dû faire l’objet d’attention à défaut de réflexion.

 

Il est indéniable qu’à un moment l’hominidé s’est rendu compte que l’ombre, sa propre ombre mais aussi toutes les ombres – celle des arbres, des montagnes, d’une feuille – constituait le double de lui-même : un double tout plat, sans couleur, mais l’exacte reproduction, en mouvement si le sujet était lui-même en mouvement, de son corps, de l’arbre au soleil, d’un rocher sous la pleine lune.

 

L’hominidé s’est  bien rendu compte que l’ombre était rigoureusement attachée  au sujet qui la produisait et qu’elle n’existait pas en elle-même,  qu’elle en suivait en quelque sorte tous ses faits et gestes, et qu’il était impossible de l’en dissocier.

 

A l’ombre, il faut ajouter le miroir : l’eau qui renvoit l’image et qui la dédouble.

Le visage de l’homme qui se penche sur l’eau ou encore  le paysage qui est renvoyé en double par la surface d’un lac.

 

Le soleil et la lune ont donné l’ombre statique.

Le feu donnera l’ombre animée à cause du mouvement des flammes.

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 150x150 - huile s/ toile - JVL - 23 septembre 2008


L’époque de la domestication du feu est discutée : certains prétendent pouvoir la faire remonter à 600.000 ans ( grotte de l’Escale à Saint-Estève-Janson, dans les Bouches-du-Rhône, tout près du Luberon  )  mais plus généralement on considère que  le feu a été domestiqué  il y a environ 450.000 ans (   voir notamment :   http://www.musee-terra-amata.org/  ….Alors que les premiers outils en pierre remontent à 2,5 millions d’années, les plus anciennes structures de combustion datent d’environ 450 000 ans. La grotte de Menez-Dregan, dans le Finistère, a livré plusieurs foyers dont le plus ancien remonterait à cette époque. Dans le gisement de Terra Amata (Alpes-Maritimes), plusieurs foyers (datés de 380 000 ans) étaient aménagés dans de petites fosses ou sur des dallages de galets.
A partir de 350 000 ans, les traces de domestication du feu sont de plus en plus probantes et nombreuses. Par la suite, la fréquence des foyers augmente encore nettement, à tel point que, dans les habitats bien conservés, c’est leur absence qui paraît étonnante…

Les premières peintures – connues à ce jour – remontent  tout au plus à  30 ou 34.000 ans d’ici ( Grotte Chauvet  par exemple ).

Il aura ainsi  fallu à l’hominidé, dans l’état actuel de nos découvertes,  400.000 ans  pour prendre conscience de l’ombre projetée  et arriver   à  la dissocier de sa source,  la rendre autonome.

Lorsque le chasseur  ( c’est un cliché évidemment : ce peut-être la chasseresse, ou n’importe qui  s’est éloigné de l’abri et qui y rentre…)  revenait le soir  vers la grotte dont l’entrée servait  d’habitation, les feux allumés  lui renvoyaient sur la paroi des rochers, en les grossissant, les personnages et les scènes qui se jouaient autour des feux allumés. Le chasseur qui rentrait le soir pouvait, de loin déjà, voir les scènes et les personnages animés, les ombres parfois difformes sur le relief des parois

L’ombre animée, visible parfois de loin alors que le sujet qui la provoquait était peut-être hors de la vue,  dut petit à petit gagner son autonomie :  petit à petit, l’homme fut amené à la dissocier de celui qui la provoquait et petit à petit, l’homme put la considérer comme chose à part entière.

Cette – oserais-je dire – prise de conscience dut intervenir dans l’apparition du dessin, de la peinture, de cette image à ce point autonome qu’elle pouvait être créée de toute pièce par un geste sur la paroi…

Dans ce cas, l’image dessinée un jour par l’homme,  ne fut devenue possible que dans la mesure où l’hominidé put la dissocier de son modèle :  l’image devrait en cette hypothèse  son existence  à l’autonomisation  du reflet ou de l’ombre.

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 150x150 - huile s/toile -  JVL  -  17 septembre 2008



En disant cela, je ne dis rien, bien entendu, de l’ extraordinaire phénomène qui conduit l’homme, un jour, au besoin de dessiner, de porter hors de lui et de mettre sur une paroi rocheuse, au moyens de pigments naturels,  des images qui lui étaient familières  ( des animaux par exemple ) et en quelque sorte, dans un but qui restera sans doute à jamais ignoré, de rendre potentiellement  public* , c’est-à-dire visible par tous,  des choses qui étaient visibles dans la nature environnante.

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 180x180 - huile s/toile  -  JVL -  16 septembre 2008

Dans la grotte de Font-de-Gaume  j’ai pu me retrouver un jour seul avec un guide, et nous avons visité, à mon rythme, divers endroits de la grotte. Le guide allumait  et  éteignait sa torche ; à un moment, elle  l’alluma à un certain endroit, au pied de la paroi, et l’ombre projetée plus haut sur la paroi ( à cause du profit d’une petite crète rocheuse à l’avant-plan )   représentait un bison…un bison qui bougeait avec la lampe qui bougeait…pareille scène a du se produire, il y a 34.000 ans, lorsque l’homme était dans la grotte avec sa torche ou, plus vraisemblablement,  avec sa lampe à graisse…

 

 

 

*même si, on le sait bien, la plupart des dessins, gravures et peintures  étaient réservés aux endroits précisément peu accessibles :  le fond des grottes que l’on appelle aujourd’hui les sanctuaires profonds.

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23 septembre 2008

Les oiseaux, ou la banalité de la beauté

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J’habite un haut plateau d’ardenne, une région de forêts très giboyeuses  et d’espaces découverts, le paradis des buses  qui y sont fort nombreuses  ( au sol elles ressemblent à de grosses poules paresseuses ) et  de quelques faucons crécerelles,   qui,  depuis deux ans,  partagent leurs espaces avec un couple  migrateur de milans royaux, somptueux.

 

Je vais à l’atelier en vélo en traversant bois et champs sur quelques kilomètres.

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C’est ainsi que chaque matin, ou presque,  je fais  le plein d’images et  de sensations  – et c’est déjà commencer -  ou continuer -  à peindre.

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 150x150 - huile s/toile - JVL - 22 septembre 2008

Ce matin, j’ai  entendu deux mésanges  affolées crier en se sauvant au-dessus d’un champ à la sortie du bois, et j’ai vu qu’elles étaient poursuivies par un  épervier silencieux   qui a battu en retraite après quelques instants  et a regagné le couvert, peut-être parce que j’arrivais, peut-être parce  que courant deux mésanges à la fois il avait compris qu’il n’en aurait aucune.

C’est la seconde fois en 15 ans, peut-être plus, et pas au même endroit, que je vois un épervier chasser en vol ; cette fois je l’ai parfaitement vu : les fines barres transversales de son plumage, ses ailes courtes et agiles, sa vivacité ; j’ai pensé à un autour. C’est le seul oiseau, avec le faucon pélerin qui est rarissime dans ma région et que je n’y jamais vu, et l’autour , à constituer la gent ailée très fermée des chasseurs de haut vol.

 

Un  peu plus loin, en sortant du bois, deux corneilles poursuivent un faucon crécerelle de belle taille. C’est en voyant que le faucon lâche quelque chose qui tombe au sol que je compris : les corneilles se précipitèrent au sol, emportèrent le butin que l’une d’elle avala juchée , sur un poteau électrique tandis que le faucon s’éloignait.

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Il faudrait  écrire  des chapitres entiers sur les rapports des oiseaux rapaces avec les autres oiseaux – par exemple à propos de  ces scènes extrêmement courantes où l’on voit de petits oiseaux ( des pies, des étourneaux,  parfois même  des hirondelles ! ) poursuivre en criant une buse qui cherche lourdement à  leur échapper : un jeu ? un règlement de comptes ?

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A propos d’hirondelles, l’année passée, j’avais vu le 15 septembre une jeune aubépine remplie d’hirondelles bruissantes et nerveuses : le soir, il n’y avait plus rien, les hirondelles étaient reparties pour l’Afrique. Cette année, le 14 septembre, même scène, mais curieusement, alors que chaque matin je me dis qu’elles sont parties et que je ne les verrai plus, elles sont toujours là, elles ou d’autres , et  en ce jour frisquet du 23 septembre, il y a toujours des  hirondelles qui paradent dans mes campagnes…Un peu tard, non ?

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Il y a quelques jours , c’étaient les  derniers  fauchages dans les champs  -  et des scènes  inédites très  curieuses   : j’ai retrouvé les milans royaux qui nichent près de chez moi,  mais avec leur nichée cette fois  que je n’avais encore jamais vue  (  1 ou 2 de grands milans déjà ) , suivant les tracteurs exactement – et sûrement pour les mêmes raisons – que les goélands suivent sur la mer les bateaux qui y pêchent. Les  buses volaient comme d’habitude, indifférente aux derniers  travaux des champs mais les milans, eux, s’y intéressaient de très près, glissant en rase-mottes au-dessus des tracteurs…

 

Les grives, quant à elles, présentes partout dans les champs au printemps, mais retirées dans les bois pendant l’été, sont revenues dans les plaines : tout autour de la maison, ce sont des litornes, des mauvis , des draines – mais pas de musiciennes.

Le pouillot véloce est toujours là, mais je ne vois plus les serins ni la linotte mélodieuse.

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Je n’ai pas remis le surgélateur en marche : il n’y a cette année dans les bois ni bollets, ni cèpes, ni clytocibes nébuleux, ni même d’amanites rosissantes…quelques pieds-bleus, mais je ne les ai pas cueillis. Les cerfs brament depuis une dizaine de jours.

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22 septembre 2008

Jackson POLLOCK et le chamanisme

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Jackson POLLOCK et le chamanisme

 

A la Pinacothèque de paris, cette exposition est annoncée du 15 octobre 2008 au 15 février 2009 (  40 œuvres annoncées ).

http://www.pinacotheque.com/fr/accueil/expositions/bientot/jackson-pollock-et-le-chamanisme.html?no_cache=1

 

 

 

 

 

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 60x60 - huile s/toile - JVL - 25 juin 2008



 

POLLOCK, pour Pollock  et  pour tout ce qu’il a apporté à la peinture  (  mais il s’agira ici du Pollock  avant  l’expressionisme abstrait et le dripping  ) .

Le chamanisme, en ce qu’il est peut-être à l’origine de la peinture, gravure ou dessin pariétal paléolithique ( voir les divers articles sur ce blog où j’en parle  ) …si ce n’est que le chamanisme dont POLLOCK s’est inspiré est le chamanisme amérindien.

 

Une  toile  de POLLOCK, en relation avec le chamanisme, vient d’être montrée à Paris  au Centre Pompidou dans le cadre de l’Expo  «  Traces du Sacré «  -  Il s’agissait de «  la femme-lune coupe le cercle « 1943  -    et le catalogue de cette exposition précisait que Pollock, qui venait de terminer une psychanalyse à ce moment-là, avait passé son enfance dans le Sud ouest américain et connaissait bien les rites indiens et surtout les peintures de sable des Navajos ).

 

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 100x100 - huile s/toile - JVL - 28 juillet 08

 

 

 

 

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Alain PLATEL, la danse et la peinture

 


 

J’ai déjà réservé des places au KVS de Bruxelles pour l’une des trois soirées de janvier 2009  où se donnera le dernier spectacle chorégraphique  d’Alain Platel – «  PITIé «  avec la musique de Bach, la passion selon Saint-Mathieu.

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 60x60 - huile s/toile - JVL - 16 juillet 08                           60x60 - huile s/toile - JVL - 19 juillet 08

Alain Platel est né à Gand en 1959.

 

Une amie me faisait remarquer que l’une des critiques( La Libre Belgique, du 16 septembre 2008 )de cette création qui meparaît d’une richesse inouïe   faisait pour l’œuvre de PLATEL des références à quantité de peintres que j’aime particulièrement et dont j’ai parlé ou je parle souvent sur ce blog :

Francis Bacon (  de qui il y a rétrospective actuellement à la Tate Britisch de Londres )

Roger Van der Weyden,

Holbein,

Grunewald et le retable d’Issenheim

Et la contemporaine Berlinde De Bruykere  ( née en 1964 à Gent, où elle vit et travaille )  qui travaille sur le corps, et dont les dessins comme les sculptures sont poignants.

Tous ces noms en évoquent d’autres, de qui je me sens si proche : Marlène Dumas ( née au Cap en 1953 ) ,  Eva Hesse ( née à Hambourg en 36 )…

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 60x60 - huiles/toile - JVL - 24 juill 08

 

 


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13 septembre 2008

L’ Extase de PROSERPINE

Classé dans : Non classé, commentaires — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 22:04

 

 

Dans l’œuvre du Bernin,  l’on peut trouver une  Santa  Teresa en extase ( Eglise Notre Dame de la  Victoire, à Roma – réalisée en 1652  )

et l’enlèvement de Proserpine ( Galerie Borghese, à Roma également, groupe sculpté en 1621   ).                                                                                                                             


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Sainte Thérèse est présentée dans l’extase du divin amour, yeux presque clos, bouche ouverte, légèrement rejettée en arrière ; un ange en face d’elle, très éveillé, très attentif, souriant, complaisant.

Proserpine est  enlevée par  Pluton  qui l’épousera.  Bernini lui a mis une larme sur la joue :

 

 

On sait que les deux sont déjà amants quand l’oncle Pluton enlèvera sa nièce Proserpine. Le Bernin hésite :  Pluton sera un satyre modéré et la kidnappée, qui cherche à le repousser, résistera.

Pluton est son tonton, la liaison n’était donc  pas neuve au moment du rapt, mais il fallait s’ échapper.

 

 

 

 

Les mains de Pluton qui agrippent Proserpine rendent le marbre moëlleux et font douter de la violence du rapt en même temps qu’il  en exprime  la détermination.

 

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Le sort ( la condition )  des deux femmes semble ainsi converger  ( lié / scellé )  même si  Bernin les situe dans des mondes opposés : le Christ des Lumières  pour l’une et le dieu des Ténèbres pour l’autre.

 

 

 

 

 

 

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