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Le Christ nous est présenté comme né du ventre d’une femme, laquelle le conçut, le porta et en accoucha comme n’ importe quelle femme - ou quasiment..
Grandeur du travail et du rôle obscurs.
Si ce n’est en effet 1/ qu’ elle fut déclarée - très tardivement - par l’Eglise ( dogme de l’Immaculée Conception du début du XXème siécle seulement ) comme conçue elle-mème sans péché originel,
Et 2/ que l’enfant en elle fut conçu sans l ‘íntervention d’un homme ( alors qu’elle était régulièrement mariée à Joseph ), mais à l’intervention de Dieu lors d’une scène appelée L’Annonciation.
Cette scène fut maintes fois représentée en peinture, principalement par la peinture italienne du XVème siècle. C’est à l’une d’entre elle d’ailleurs que l’on doit l’invention de la perspective.
Des historiens de l’art ont vu un rapport entre l’Annonciation, la naissance de la perspective en peinture, et l’Incarnation.
Si j’en parle ici, c’est que les peintres de cette époque - florentins surtout et quelques siennois - étaient très sensibles à la question de l´’incarnation, c’est-à-dire ce fameux momento où la Vierge Marie, lors de la visite de l’Ange qui vient le lui annoncer ( d’où ce nom d’ annonciation donné á la scène au cours de laquelle cependant c’est bien l’incarnation qui me paraìt de loin l’évenemet le plus important, je veux dire líncarnation du futur Jésus dans le ventre de Marie ), les peintres donc sont arrivés à inclure dans leurs peintures à la fois l’invention de la perspective, et l’illustration de cette incarnation – ce du reste de manière très secrète, d’autant que l’incarnation est enseignée par l’Eglise comme étant un mystère .
Mieux même, dans un certain nombre de cas, la perspective dans le tableau est en relation étroite avec le mystère de l’incarnation qu’elle va non représenter mais figurer.
Je veux ici surtout parler ici des peintres florentins LORENZETTI ( ils étaient deux frères : Pietro et Ambrogio ), de VENEZIANO, et de son élève le plus illustre à Florence : Piero DELLA FRANCESCA.
En 1344 Ambrogio LORENZETTI * peint une ANNONCIATION , qui est à la Pinacothèque de Sienne, dans laquelle pour la 1ère fois dans l’histoire de l’art, il va représenter le pavement selon une perspective entièrement monofocale centralisée.
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Daniel ARASSE, dans Histoires de Peintures, Éd. Folio Essais, p.74 et svtes, va se poser la question de savoir pourquoi est-ce dans un tel tableau que la perspective été inventée.
Inventée et non découverte puisqu’avant cela elle n’existait pas.
Selon lui, qui en fait une savante démonstration, l’incarnation est figurée ( et non représentée ) grâce à la colonne qui est dorée dans sa partie haute ( le doré s’apparentant à la lumière divine ) et dans sa partie basse, prenant une consistance physique alors même que derrière elle se déploie le sol en perspective, cette colonne devient un corps opaque - et figure ainsi l’intrusion du mesurable dans l’immesurable, du : soit ce qu’est précisément l’incarnation.
Un siècle plus tard, des peintres florentins ( Veneziano, Masaccio ) vont repenser le mystère de l’incarnation en la figurant par un certain désordre inséré dans la perspective-même : la perspective dans le tableau représente un monde régulier et proportionné dans lequel le mystère de l’incarnation sera figuré par un désordre interne, une sorte d’accident, une légère disproportion.
Un peu plus tard encore ( 1470 ) , Piero della Francesca, va placer dans son Annonciation ( Galerie Nationale d’Ombrie à Perugia ) une plaque de marbre totalement disproportionnée au fond d’une parfaite perspective d’une doublé rangée de colonnes séparant l’Ange de la Vierge, plaque de marbre disproportionnée au coeur de la construction mathématique de son tableau, laquelle figure l’incarnation.
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Plaza de Las Cruces – Sevilla
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Je ferme la parenthèse de la naissance de la perspective et de l’utilisation de celle-ci par les peintres pour figurer le mystère de l’incarnation qui s’est produite au moment de cette annonciation, pour revenir à cette histoire de femmes qui fait le titre de cette note.
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Voici donc la femme propulsée au 1er plan, puisqu’elle va donner naissance au Christ – alors que toute autre présentation était possible : enfant trouvé dans une grotte, par exemple, ou encoré selon un exemple célébre laissé par la Bible, enfant trouvé sur un radeau échoué sur la berge.
Non, cet enfant qui sera le Christ vient d’une femme et, phénomène extraordinaire, une fois l’enfant né, la mère va s’estomper, et la femme finira par disparaître.
Le culte voué à la Mère de Dieu ne date en effet pas de l’Annonciation : l’Eglise l’a instauré au cours des 1ers siècles, tardivement donc, parce qu’elle s’est rendu compte qu’il importait de présenter à la ferveur du peuple chrétien une personnage féminin pour éviter qu’il ne se détourne vers d’autres religions ou mouvements dans lesquels la femme déesse était fortement presente.
Hormi la Vierge et des personnages féminins sanctifiés ( existe-t-il quelque part un décompte entre d’une part le nombre des saints et d’autre part le nombre des saintes ), l’Eglise catholique est une affaire d’hommes.
N’est-il pas étrange qu’une religion fondée sur la personne du Christ, lequel si je peux me permettre n’est pas tombé du ciel comme cela aurait pu être le cas sans que quiconque ne pût trouver à rediré, mais est né d’une femme qui l’a porté pendant neuf mois avant d’en accoucher comme n’importe quelle mère, qu’une telle religión donc , qui donne à un femme une rôle primordial, n’ait pas à la suite de cela , logiquement en quelque sorte, poursuivi en donnant aux femmes, à l’image et à la suite de la mère de Dieu, un rôle actif dans l’Eglise au lieu d’en être, comme c’est le cas puisque les femmes ne peuvent avoir accès au sacerdoce, radicalement exclues ¿
La récente exposition en réouverture du M de Leuven, sur Rogier VAN DER WEYDEN, nous a montré une somptueuse Marie-Madeleine venant de la National Gallery : Van der Weyden l’a peint en 1445 assise par terre, adossée à un meuble, en train de lire, son traditonnel flacon d e parfum posé au sol à côté d’elle.

Ce qui frappe dans ce tableau, outre l’exceptionnelle beauté de la peinture, est que cette femme, pécheresse pulique, est tout entière absorbée dans la lecture d’un livre. Habituellement à cette époque ( est-ce que cela a tellemen changé…?), un personnage tient son livre en mains comme un accessoire, un symbole ou pire un prétexte - un peu comme Celle qui fait celle qui lit Musset, de ROPS.
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Chez VAN DER WEYDEN, Marie-Madeleine, dans une si curieuse posture, est tellement absorbée que, fait extrêmement rare, elle ne fait aucune attention au peintre qui est en train de la peindre, et donc à nous. Van der Weyden a peint une femme don t l’Histoire nous a appris que la lecture n’est sans doute pas l’occupation favorite, mais qui est pourtant tellement absorbée dans sa lecture qu’elle est indifférente au monde qui l’entoure, à tous ces personnages qui déambulent si proches d’elle et qui sont eux aussi indifférents à sa présence. Elle n’a ni les traits crispés de celui , gêné par le tumulte, tente de rester concentré, ni le visage extatique d’une mystique abîmée dans une lecture sacrée : elle est femme ordinaire – si ce n’est le vêtement- , au visage serein, qui ne tire le moindre plaisir ostentatoire ( nous sommes pourtant en 1445 ! ) à se trouver dan s un lieu public en train de lire…
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C’ est pourquoi je m’adresse à vous, cher Benoît XVI.
Pour vous rappeler qu’une ânesse est, comme une femme, espiègle et obstinée, précieuse et peu considérére; qu’elle a des choses à dire qu’on n’entend pas toujours; et qu’elle peut pleurer, comme une femme, de chagrín, de douleur, mais aussi de beauté et d’amour - Jacqueline KELEN, lettre d’une amoureuse à l’adresse du Pape , p.139, éd. la Table Ronde, 2007.
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*celui-là même qui a peint à Sienne, au Palazzo Publico, vers 1330, les fresques de l’allégorie des effets du Bon Gouvernement.
Trois ou quatre vues sur Séville
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La femme de ménage achève de mettre la chambre en ordre ; elle passe un jet d’aérosol derrière elle ( le propre, contrairement à l’argent a une odeur ) et, avant de quitter la pièce, ferme les fenêtres et rabat les persiennes. Il est midi, l’air est bon dehors mais il est interdit, la lumière d’hiver dehors est douce mais elle est interdite de séjour…
…Sevilla, ou une certaine vision de l’air et de la lumière.
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L’ancien Maire de Sevilla, avocat et professeur de droit administratif, el Senor Luis URUNUELA a publié son opinion dans le journal ABC, édition andalouse, à propos du projet de construction d’une bibliothécaire universitaire dans le parc du Prado : il commence par un jugement sévère :
Comencemos por la conclusión para que todo quede muy claro desde el principio: a mi juicio dar marcha atrás, a estas alturas, a la Biblioteca universitaria sería un despropósito y una nueva frustración a añadir a las ya numerosas que padece Sevilla.
Il faut savoir que le Prado est un parc de petite dimensión, rectangulaire, hors du centre de Sevilla, et qu’il était le lieu où se tenait la Feria jusqu’à ce que celle-ci, il y a quelques années, dut migrer victime de son succès et de son déveleppoment.
La construction d’une biobliothèque universitaire dans le parc a provoqué des actions judiciaires de la part des riverains qui eurent gain de cause : la construction commencée s’arrêta et l’on peut voir actuellement sur le site de curieuses pièces métalliques sortant du sol qui laisse augurer une construction assez singulière. L’affaire vest actuellement en Cassation; on attend l’arrêt.
Mais ce n’est pas cela qui retient l’attention del Senor URUELA . Après avoir affirmé en préambule que construite à une telle hauteur la bibliothèque constituerait une nouvelle frustration à ajouter à celles qui entachent tout Séville, l’ancien Maire, qui est pourtant et il le rappelle un ardent défenseur du parc du Prado, conclut à ce que ce bâtiment doit être construit car Seville a besoin d’une bibliothèque universitaire.
Il oublie de prendre en compte un tout petit détail : cette honorable personnalité qui a travaillé à la grandeur de Séville et qui y reste fort attaché, n’a pas relevé que l’argument essentiel en faveur de la construction du bâtiment tel que projeté, est qu’il est l’oeuvre de l’un des plus fameux architectes de notre temps, une femme, Madame Zaha Hadid dont les bâtiments sont l’orgueil des cités qui les recueillent…
…Sevilla, où l’air et la lumière confinés peuvent donner des vues étroites.
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Un Collège du centre ville le jour de la Fête de l’Andalousie.
Des avis aux valves rappellent les petits travaux aptes à réveiller ou entretenir l’esprit patriotique andalou ( connaître les paroles de l’hymne et le chanter, choisir un grand homme et résumer sa vie et son oeuvre , porter dans les cheveux le ruban vert et blanc etc). Les parents ont apporté tous les plats dont les portions vont être vendues au profit d’une association d’Amérique latine : on y trouve le catalogue de toute la gastronomie de comptoir andalouse. Les parents et les professeurs serevnt au bar, distribuent les tapas. Il pleut. La salle de gym résonne de tous les cris des élèves enfermés. Le professeur de philo, qui doit avoir 25 ans, a amené des amis qui jouent de la guitare en utilisant de mauvais ampli; le son résonne, se déforme un peu. Les airs de guitare, comme guidés par une main ancestrale ( oui, il faut bien dire ancestrale, se mue en une danse à trois temps, à six temps; d’un seul coup les bras se lèvent, les mains s’agitent, on dirait de loin de petites mains massées sur le bord d’un quai qui font des signes d’adieu à un convoi fantôme qui s’ébranlerait. Avec une synchronisation parfaite et émouvante, gamins, petitres filles, garçons et grandes filles, par couples improvisés, ondulent, avancent, passent, repassent et tournent : c’est la Sévillanne, cette danse que les mamans apprennent à leurs filles qui les apprendront à leurs propres filles. Aucune, dans cette salle de gym à la sono si pourrie, ne danse bien , mais l’ensemble bouge avec candeur, avec ferveur, il n’y a personnepour regarder, personne pour voir, et tous dansent avec leur coeur, un coeur aux rubans vert et blanc.
Séville, la sévillanne se danse yeux dans les yeux : que vous la dansiez avec un inconnu, avec votre frère, votre père, un autre inconnu que vous ne verrez jamais plus une fois la danse achevée, la sévillanne se danse yeux rivés aux yeux de l’autre, frime et pas frime, vérité imposible…
…Séville, vue étroite, fenêtres closes, persiennes tirées, yeux dans les yeux, pourtant.
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