blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

22 février 2010

La bouche de VERONIQUE, selon El GRECO

 

 

 

 

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LA  BOUCHE   DE   VERONIQUE  version   LE  GRECO

 

 

El GRECO

aux Beaux-Arts à Bruxelles

jusqu’au 9 mai  2010.

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Traversez les premières salles, vous arrivez devant Véronique tenant le linge dont elle vient d’essuyer le Christ montant au lieu de son supplice,  et sur lequel la sainte face s’est imprimée.

 

Ce tableau vient du Museo de El GRECO à Toledo. 

 

Il est accroché seul sur un panneau, à bonne hauteur, c’est-à-dire, même si vous n’êtes pas  très grand, à hauteur d’yeux.

 

Attendez qu’il n’y ait pas d’autres visiteurs pour pouvoir vous en approcher  et l’accaparer pendant quelques instants, ce qui n’est pas impossible si vous évitez les heures  de pointe entre 14 et 16H.

 

Ce tableau date de 158O environ    , Le Greco avait donc  une quarantaine d’années  quand il le peignit.

 Le voile de Véronique vers 1580, huile sur toile (c)Toledo, Museo de Santa Cruz .

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A raison, on met en évidence le modernisme  - l’expressionisme – du Greco en parlant notamment  de sa série L’APOSTOLAT dont la meilleure, celle du Museo de El GRECO  de Toledo, est  justement à Bruxelles pour le moment.  Douze apôtre moins un ( St Matthieu que Greco n’a pas joint )  plus un (  saint Paul, qui ne fut pas Apôtre mais que Greco ajouta ), plus le Christ.

Il s’agit là de tableaux exécutés vers  1610 – 1614 soit à la fin de la vie du Greco ( + 1614 ).

Deux tableaux ( outre Le Christ )  de cette série son terminés : Saint Paul et Sainte Pierre.

Passons.

Attardons-nous plutôt sur ceux qui ne sont pas achevés : ébauche rapide à coups de grandes brosses, coups appliqués avec sûreté, justesse et parfaite efficacité.

Les meilleurs exemples que je ne peux malheureusement illustrer ici : mains ou  barbes simplement ébauchées mais parfaitement et comme complètement rendues,  bouches invisibles mais présentes en raison de  l’absence même  de peinture  etc.

Une mauvaise reproduction  quand même :

 

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St Mathieu, voyez ses mains – et essayez de voir comment la barbe  très mal reproduite ici, n’est que petite flaque à peine poilue, un nuage de nuage sur fond de toile passée à la terre de sienne …

 

 

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Mais revenons à Véronique et à ce tableau de 158O qui vient de Toledo aussi, mais cette fois du Museo de Santa Cruz.

Ah…Toledo !

 

Toute la facture en est soignée, aucun de ces coups de brosse délirants, intattendus, qui peuvent à eux seuls déjà faire  le charme de tant d’œuvres  au sujet religieux si cadenassé.

 

Ce tableau de Véronique passerait pour une œuvre quasi classique  ( si ce n’est le choix des couleurs, une certaine attitude de Véronique  aussi ) s’il n’y avait sa bouche.

 

Approchez du tableau, profitez-en, l’accrochage est bien plus abordable  que dans son Musée d’origine .

Le modelé du menton est parfait, comme est parfait celui  sous le nez jusqu’à la bouche, là où les hommes mettent leur moustache.

 

La bouche aurait pu rester ce qu’elle serait devenue si Greco l’ avait  poursuivie de la façon dont elle commençait : un  trait garance, fin et légèrement   titubant  partant de la commissure et se dirigeant vers l’autre extrémité.

 

 

Lorsque, oh miracle, se produit un petit cataclysme : les lèvres se brouillent, quelqu’un vient de toucher à la peinture encore fraîche avec un petit objet (  peut-être un  enfant qui passait et qui gesticulait avec un bâtonnet au bout du bras dont il toucha le tableau qui séchait  - allez savoir ! ) : on voit nettement le frottis qui vient détruire le dessin : un petit objet de 1 cm, pas plus, actionné sur la toile en un mouvement  diagonal de bas en haut.

Résultat : les lèvres brouillées en leur milieu.

VERMEER  revu   par  Francis BACON.

 

Sauf que le 1er aurait aussitôt corrigé le gâchis, et que le second 

l’aurait amplifié …

 

Qu’a fait Le Greco qui ne peut  PAS ne pas l’avoir vu : il l’a laissé tel quel.

 

Quel culot !

 

Culot…culot…il faut être prudent.

 

A l’occasion des grandes expositions de l’œuvre de ROPS montrées conjointement  dans les années 80  au Bota et aux Beaux-Arts, une critique d’art  habituellement très compétente et écoutée, s’était prise de passion pour une gouache de ROPS intitulée l’Attrapade,  dans laquelle l’attrapé était montré du doigt – un doigt féminin ganté si je me souviens bien – mais que ROPS avait coupé à hauteur du bras si bien qu’un ne voyait dans l’œuvre qu’un doigt pointé sortant d’un  bras  amputé sur le bord gauche de la toile.
Et notre critique de dithyramber sur la modernité et l’audace de ROPS qui avait pris le risque d’une mise en scène fort en avance sur son temps.
En réalité, ce que ne savait cette pourtant réputée et savante critique d’art, c’est qu’ il ressortait d’une correspondance de ROPS a l’un  de ses amis que par accident l’encrier s’était renversé sur le papier et que, dépité, ROPS n’avait  pu rien faire d’autre qu’amputer  son dessin en coupant la partie tachée…

 

 

 

 

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9 avril 2009

LONDON, de RICHTER à VERMEER en passant par Roni HORN

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Deux expositions à Londres pour le moment :

Des portraits de Gerard RICHTER à la National Portrait, jusqu’au 31 mai 2009.

Une exposition rétrospective du travail de Roni HORN à la Tate Modern, jusqu’au 25 mai 2009.

Et , en contrepoint, parmi les innombrables chefs-d’œuvre que contient la National Gallery, deux tableaux de VERMEER, dans deux salles différentes , tous deux représentant la même claveciniste posant dans des lieux très différents.

Avec, entre ces tableaux ( les deux VERMEER , le travail de RICHETR, et celui de Roni HORN ) d’évidents liens picturaux.

Gerhard RICHTER est né en 1932 à Dresde et il pratique les photos pictures depuis 1960.

La rétrospective de la NATIONAL GALLERY PORTRAITS de Londres présente des œuvres allant de 1964 jusqu’à 2008 : RICHTER en effet mène de front une œuvre polymorphe puisqu’à côté des photos pictures qu’il ne cesse de peindre encore aujourd’hui , il poursuit son œuvre faite de grands formats abstraits aux couleurs fortes et acides .

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ce que vous ne verrez pas à la National Portrait,
ABSTRACT, 200x200 - 1981 -

ABSTRACT, 200x200 - 1981

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Mutter und Dochter, 1965
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Dans les photos pictures, RICHTER peint ce que la photo - dont sont tirés fidèlement les tableaux- ne peut présenter  : la trace du visage ou du corps plutôt que le corps lui-même, et donc son souvenir lorsque, poursuivant le processus d’effacement qui commence là sous vos yeux, le sujet va achever de se dissoudre, et disparaître.

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Frau mit Kind – 1965 -

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Small Bather - 1995.

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Renate et Marianne - 1964.

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autoportrait - 1966 -
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Impossible pour moi de ne pas faire un lien avec la manière de peindre de VERMEER .

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Ces grains de lumière que l’on retrouve chez l’un et l’autre sont trop parlants pour que l’on se prive du rapprochement.

Rapprochement physique quasi immédiat puisqu’à quelques mètres de la National Portrait se trouve la National Gallery avec la Claveciniste de VERMEER dont les traits du visage, comme toujours chez VERMEER,  sont comme écrasés, comme un début d’effacement  - mais, on le sait, chez VERMEER aucune intention de faire disparaître puisqu’il cherche en réalité à mieux faire voir.

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Roni HORN –

La TATE MODERN présente donc de Roni HORN une rétrospective éblouissante assez complète puisqu’à côté de nombreux dessins dont certains monumentaux, qui sont des œuvres minutieuses de restauration de l’image découpée et restructurée via une travail de marqueterie ( voir mon post ici sur ce blog du 6 mars 2009 ) , se trouvent des sculptures ( masses de verre ), les fameuses photos de still water , ainsi que celles de clown qu’elle a photographié dans son atelier à partir de 2001.

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