blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

29 août 2008

Unique au monde, ce tête-à-tête ?

 


Un buste  en marbre de Carrara du Bernin, et un portrait peint par Vélasquez : voilà déjà  en soi deux œuvres importantes, ajoutons même majeures dans la mesure où incontestablement il s’agit de deux chefs d’œuvre : le portrait du Pape Innocent X.


( c’est ce tableau de Velasquez qui inspirera à   Francis BACON  les déclinaisons que l’on sait ) . 


Ces deux portraits du même personnage   se  font face à face dans la Galeria Doria - Pamphili  à Rome. Ils ont été installés, seul à seul dans une petite alcôve aux murs  bleutés et nus,  dans une lumière une peu blafarde, alors que les murs des couloirs de la Galeria sont surchargés de tableaux jusqu’au plafond.

 

Tout se passe comme si, dans cette implacable ,  sobre mais  vertigineuse  mise en scène, Innocent X se regardait  dans son miroir et se voyait  d’un côté en buste du Bernin et de l’autre en toile de Vélasquez.

 

Il existe quantités de portraits d’un même personnage, mais à ma connaissance aucun cas de portraits – l’un sur toile et l’autre sculpté – réuni à demeure  dans le même endroit.

 

Le dernier volet de ce portrait n’est pas très loin : le Musée du Vatican possède en effet ( donation d’AGNELLI  si je ne me trompe )  une des  versions  de Francis BACON , qui donne une note un peu surréaliste au Musée d’art Sacré où il est enfermé.

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17 août 2008

il faut emballer la Colonne Trajane

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La Colonne que fit ériger l’empereur Trajan  ( 1er siècle de notre ère ) à l’entrée des forums impériaux à Rome est sans doute le plus beau monument de l’antiquité romaine.

Elle présente un frise sculptée d’environ 2OOm de long qui se développe en spirale autour de la colonne ; la qualité de la sculpture est confondante ( plus de 1.OOO personnages, habilement mis en scène, représentant les campagnes militaires de l’empereur contre les Daces ), et l’état de conservation est exceptionnel. 

 

Au fur et à mesure que le décor s’élève, la frise et les personnages eux-mêmes sont grossis pour que soit compensé l’effet de perspective…

 

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Je pensais que c’était les architectes de la renaissance qui avaient découvert, lors de la construction des campaniles notamment,  comment contrarier l’effet de  perspective, en augmentant par exemple le nombre d’ouvertures au fur et à mesure que la tour s’élevait.

 

Assis sous les pins, le dos à la via dei  Fori Imperiali qu’un illustre imbécile perça à travers les forums dans les années 3O, je contemplais ce chef d’œuvre, les détails de la sculpture, et je pensais qu’elle avait échappé jusqu’ici au cancer urbain des pollutions  qui ronge et détruit petit à petit  tous les monuments du monde…

 


Il faut donc emballer la colonne Trajane, et j’imaginais déjà un concours international qui, sur un tel projet aussi  exceptionnel, allait attirer les meilleurs architectes de la planète…Un habillage qui la protégerait donc,  mais qui la mettrait en valeur sans l’isoler du contexte originel où elle se trouve et où elle est restée depuis son érection.

 

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 60x18O - JVL - huile s/toiole - 6 aout 2008




J’imaginais déjà une tour de verre qui s’appuierait sur les concepts de correction de perspective imaginée lors de sa construction  par l’architecte  Apolodoro de Damasco  ( qui serait aussi  l’architecte du Panthéon ) et qui trouverait le moyen de le transposer et de le traduire  de façon contemporaine…

 

Cela doit faire partie des rêves de chaque architecte, non ?  Investir un lieu mythique…

Le Grognon à Namur, par exemple ( hem…et quel exemple ! ) où il s’en est fallu de peu que les Namurois   – que dis-je : pas seulement les namurois, mais tous les wallons,  non :  la planète  entière tant il est vrai  qu’un beau bâtiment  d’envergure  devient  le symbole, le ralliement, le pôle d’attraction d’un lieu , les exemples sont si nombreux,  Bilbao par exemple dont la Ville n’a jamais connu autant de visiteurs que depuis la construction de son Musée )…Le Grognon donc à Namur, au confluent de la Sambre et de la Meuse, qui fit l’objet d’un concours international d’architecte dans les années 199O, où les projets déposés furent pour certains brillants, et dont la palme fut remportée par Mario BOTTA qui projetait d’ancrer au bord de la Meuse un bâtiment qui – il ne peut y avoir le moindre doute à cet égard –  serait rapidement devenu non seulement une référence en terme d’architecture contemporaine, mais allait donner à  Namur, capitale de la Wallonie, un bâtiment  comme il n’en existe  que trop peu dans le monde, et qui pouvait devenir le nouveau phare de toute la région.






De la colonne trajane, à l’imbécillité de la via dei Fori Imperiali dont la création détruisait de très importants vestiges en coupant en deux les forums impériaux et ceux de la république, en passant par Namur et les  Namurois qui se sont laissés piéger sans trop réagir  par de basses manœuvres politiciennes  qui firent passer  BOTTA et son projet lauréat à la trappe , je me suis  retrouvé – le lendemain je crois, à l’ara pacis.

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L’ ARA  PACIS…


Ce n’est pas tant le monument ( un autel monumental de l’an 1O de notre ère , magnifiquement restauré mais dont il reste assez peu de morceaux originaux )  qui va mériter ces lignes, que l’écrin construit par l’architecte Richard Meier il y a quelques années ( 2005 – 2006 ), qui constitue, semble-t-il, le premier bâtiment d’architecture contemporaine dans le Rome historique.

 

En 1937 Musolini fit entamer sa reconstruction et en 1938 il fit doter l’ara pacis d’un pavillon : l’idée d’emballer le monument était née.


En découvrant le travail   de Richard Meier, jamais je n’aurais pu imaginer qu’il n’avait fait que reprendre un projet ancien ni, surtout – et là, c’est un geste architectural de grand intérêt – que le mur de pierre côté rue ( à l’opposé de la façade côté Tibre ) constitué d’ une belle pierre genre travertin ocre aux tons très  chauds, allait servir de soubassement aveugle parfaitement intégré au bâtiment de verre qui allait le surmonter.

En réalité, sur le plan extérieur, plus que les façades de verre à ailettes ( de verre également ) c’est ce mur de soubassement, de deux mètres de hauteur environ, qui  retint toute mon attention.

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L’intérieur du bâtiment est une réussite exceptionnelle, tant par le travail sur les ombres/lumières, que par les volumes,  et les tonalités d’ocre :

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16 août 2008

Piero







 Madone Senigallia




Ce tableau d’assez petites dimensions , la Madone Senigallia, auquel la reproduction ici est tellement mauvaise qu’elle fait injure, appartient au Musée de la Ville d’URBINO.

Il est présenté actuellement et jusqu’au 7 septembre 2008   au Museo del Corso à ROME dans une exposition intitulée Le Quattrocento à Rome, la rinascita delle Arti da Donatello a Perugino.

Ce tableau est pour moi l’un des chefs d’oeuvre de la peinture.

 » PIERO n’est pas tenu depuis longtemps pour l’un des plus grands peintres du monde, mais depuis qu’il l’est RAPHAEL a beaucoup changé… »  – André MALRAUX, le Musée Imaginaire, Ed Folio essais, p.245.

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11 août 2008

les copies et l’image de l’art

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J’ai toujours eu une aversion pour  la copie. Très jeune , plutôt que de garder les reproductions ou acheter des posters, j’avais ( pour le même prix mais en cherchant un peu )  des originaux : c’est ainsi que très vite, je me suis rendu compte qu’il était possible de vivre entouré d’œuvres originales : un dessins anonyme,  des gravures sans intérêt parfois, lithos, peintures à l’huile trouvées dans des rebuts ou achetée aux puces pour quelques francs . Mais rien que des œuvres originales, aucune copie ni reproduction, pas nécessairement belles mais forcément intéressantes.

L’authentique au prix du toc.

 

 

Il y a au Musée du Vatican un torse antique ( torse et cuisses ) en marbre blanc  connu sous le nom  Torse du Belvédère  .

C’est une œuvre originale du 1er siècle avant JC d’un athénien qui l’a signée.

Il s’agit donc d’une œuvre grecque originale, et non, malgré l’époque tardive, de l’une de ces copies romaines qui abondent partout, y compris dans ce même Musée, comme par exemple l’Appollon du Belvèdére.

 

L’Antiquité romaine  en matière de sculpture   nous a  surtout donné des copies d’originaux grecs – souvent de Pergame – originaux d’ailleurs  le plus  souvent perdus.

Ces copies montrées dans les Musées peuvent être d’excellente facture – même si l’une des caractéristiques semble être que  les Romains manquant souvent  de l’habilité propre aux grands Grecs, appuyaient habituellement   leurs sujets sur quelque artifice comme un tronc ou une branche.

 

Mais ce sont des reproductions ,  le but avoué  étant d’ailleurs d’être au plus près de l’original.

 

L’art romain nous a heureusement livré des œuvres originales et, sans vouloir parler ici des peintures , fresques et mosaïques pour lesquels ils subsistent d’authentiques chefs-d’œuvre  ( lesquels sont des œuvres originales dans le sens où il ne semble pas qu’elles fussent tirées de l’art grec )  puisque je me borne à la sculpture,  il faut évidemment parler, entres autres, des extraordinaires bustes qui sont autant de portraits réalistes  ( ils abondent au Musée National  Romain par exemple ), et les frises en haut-reliefs comme celles de l’Arc de Titus au Forum ou de l’Ara Pacis  à Rome.

 

Mais je reviens au Torse du Belvédère.

 

Voilà donc une œuvre sculptée par un Athénien au 1er siècle, c’est-à-dire à une époque où la Grèce faisait partie du monde romain. Est-ce une œuvre grecque ou romaine ?

 

Les portraits du Fayoum réalisés en Egypte par des grecs venus s’y installer sont-ils grecs ou égyptiens (  aux 1ers siècles de notre ère, l’Egypte était province romaine, et ces portraits furent peints par des artistes grecs dont la colonie s’était établie dans la région du Fayoum ; ces artistes avaient repris une technique naturaliste issue de la tradition établie par le grand peintre grec du IVe siècle av. J.-C.,  Apelès de Cos  ). On les classe habituellement dans l’art égyptien.

 

 

Des conques gravées sur les bords de l’Asie Mineure ou  à Carthage  par des artisans phéniciens ( lesquels phéniciens se voient du reste reprocher  leur tendance à l’imitation et à la contrefaçon, mais c’est encore une autre histoire…)  qui s’y étaient installés sont classés  dans l’art phénicien, de même, semble-t-il,   lorsque ces  mêmes coquillages  furent  réalisés par des  carthaginois formés par des artisans phéniciens mais mis dans le commerce par les Phéniciens…

 

Le Torse  du Belvédère – du 1er sièce a.c.n. ,  j’y insiste,  réalisé  sur le sol de la République Romaine –  ne peut être romain…Quelque chose de profond  en nous s’y oppose…La puissance de l’originalité de l’œuvre, sa qualité exceptionnelle  ( qui ont fait  l’admiration de  Michel-Ange et de Picasso ) ?

 

Etiquette…étiquette…

Le Torse du Belvédère est un chef d’œuvre, et à ce titre , il est universel : il n’y a que les guides, que les catalogues et les catalogueurs ( dont nous sommes malheureusement un peu tous, plus ou moins ) qui peuvent se faire du souci pour l’étiquette, le classement, la catégorie, l’origine…oui,  mais  on sait  aussi  que c’est un peu plus  compliqué : ne va-t-on  pas, par exemple,  se sentir  trahi si après avoir ressenti une véritable émotion devant une œuvre de Raphaël, on apprend  en  lisant l’étiquette qu’elle est une copie anonyme   ?

Un Musée sans  indication et sans étiquettes  ( allez, juste le temps de l’expérience  ) serait  insupportable…mais quelle délectation, quelle liberté,  quelle jubilation, quelle foire à la peinture …

 

 

 

 

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