CORRIDA
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PICASSO, mort du torero, 1933
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Un ancien directeur de l’institut Culturel Français de Séville me disait toujours, avec un petit sourire, qu’il ne fallait jamais aborder le sujet de la Tauromachie, on ne parle pas de la Tauromachie – ce n’était pas une boutade malgré le sourire, et il avait raison.
Inutile et dangereux.
Sujet trop sensible : les aficionados et les opposants irréductiblement inconciliables – un peu comme la guerre civile, si j’ose cette comparaison qui, sur le plan du sujet de conversation en Espagne, répond un peu aux mêmes difficultés, aux mêmes interdits.
Le combat de l’homme et du toro, c’est une absolue certitude, est tout à la fois un art et une boucherie sanglante.
Que des sévillannes, j’en connais, aimant passionnément la corrida, puissent défaillir à la vue d’une éraflure à peine teintée de rouge – ne change strictement rien aux choses.
La corrida est un art grandiose, séculaire, codifié, rutilant, orchestré, un art qui a son langage, ses expressions propres intraduisibles pour la plupart, un art mettant en avant le courage, l’audace, la folie parfois de l’homme ( rarement de la femme mais il existe des femmes toreros ) à genoux dans l’arène qui attend la sortie du Toro sans savoir dans quelle direction il va charger, ni comment, et qui l’ attend la capote à la main laquelle, s’il est toujours en vie à ce moment, va virevolter au-dessus de sa tête lorsqu’il esquivera la charge.
Un art où le Toro , tel le gladiateur antique, pourra gagner sa liberté s’il a fait preuve de bravoure exceptionnelle.
Ainsi, j’ai vu des toreros refuser de mettre à mort un Toro qu’il estimait trop valeureux, et qui attendait soit la réprimande pour avoir tardé, soit l’avis du Président de la Corrida qui avait enfin compris l’intention du Torero et qui acceptait que le Toro, libre et blessé, retrouve sa campagne.
Blessé, mais faisant alors l’objet de mille soins pour qu’il retrouve sa santé . J’ai vu ainsi les soins particuliers que donnaient alors les vétérinaires, pansant la plaie impressionnante qui avait été laissée, surtout, par la pique du picador qui creuse un trou béant dans l’échine, entre les épaules, trou tellement béant que pendant la corrida, il n’est pas rare de voir le sang gicler à flot comme giclerait l’eau d’un seau trop rempli et secoué.
La corrida est donc une boucherie.
Je peux comprendre.
Mais elle n’est pas, comme j’ai entendu ce matin un Catalan défenseur des animaux, le spectacle de la cruauté faite à l’animal.
Les toros font partie de la vie espagnole, avant d’en être de la mort.
Je connais des sévillannes qui, petites, faisaient le cauchemar de trouver dans le fond du couloir menant à leur chambren un toro, un toro forcément menaçant, énorme.
Le Toro est partout : depuis l’antique Toro ibérique aux accents toujours modernes qui a tant impressionné Picasso jusqu’aux images monumentales, devenues monument national, qui surgissent un peu partout dans la campagne espagnole.
Picasso et son picador, dont la lance est dirigée vers le Christ en croix.
Picasso encore et le Minotaure. De terribles dessins impitoyables, où – de la femme prise ou du toro preneur – on ne sait trop qui toise l’autre, qui l’a provoqué et qui sort vainqueur…
L’homme et le toro : l’homme et le danger immémorial, le danger personnifié, le danger nommé et défini.
Il y a le loup des contes de fée, et le Toro de la réalité quotidienne.
la bravoure, la résistance, le combat – un seul vainqueur.
Ces toreros morts d’un coup de corne dans l’artère fémorale, tel MANOLETE lors de l’estocade dans les arènes de Linarès.
Ces toreros lancés vers le ciel comme un ballonnet, en une seconde, au moment où l’on croyait bien que tout était dit, pusiqu’on en était à la mise à mort et que le toro, à bout de force semblait-il, baissait enfin la tête pour présenter son échine et subir le coup d’épée fatal : au moment où s’enfonçait l’épée, le torero qui avait un peu manqué l’esquive qui devait accompagner le geste final, se voyait emporté dans les airs, pitoyable, ramené à lui-même, envoyé vers la mort, la paralysie, rien parfois : le miracle alors, le saint qu’il a invoqué avant le combat, la chance…
La mort est tout autour, la chance aussi, et la malchance qui l’accompagne; le mourant n’est pas toujours celui qu’on avait désigné.
Vrai : Un sévillan en voiture ne s’arrête pas au feu rouge : il accélère.
Si vous vous arrêtez, vous risquez d’être embouti.
Un sévillan démarre au feu rouge ; il aime frôler la catastrophe – rien ne lui arrivera, et s’il meurt ( je veux dire : s’il accroche sa carrosserie ) ce sera avec le panache de celui qui a défié.
Chaque espagnol est torero, chaque femme l’est aussi – par l’amour impossible du toro.
Le sang est le sang de vie. Comme dans le Dernière Cène.
La chair du toro de combat, mort la veille, est vendue le lundi dans les petits marchés de Sevilla.
Il y avait à Nervion, dans le petit marché de la Palmerita, un jeune garçon réellement beau comme un Murillo, boucles noires et fière allure, tous les clichés en une seule personne, qui vendait les lundis un morceau ( il n’y avait qu’un seul morceau de viande dans tout son étal : un seul morceau, comme on aurait un seul panier de truffes cueillies la veille, ou quelques grives seulement comme un trésor tiré en cachette ) de ce précieux toro de lidia, viande aux vertus – il ne devait y avoir aucun doute là-dessus - du toro lui-même et qui donnait , c’est évident, à celui qui en mangeait toutes les qualités supposées de l’animal : courage, force, vigueur, virilité …Le mot est lâché : virilité. Virilité ?
L’emblème de la Catalogne, qui veut par tous les moyens et cherche toutes les occasions pour exprimer son identité, réelle ou supposée, est l’âne. L’emblème de toute l’Espagne est le Toro.
La Catalogne vient aujourd’hui 28 juillet 2010 de proclamer l’interdiction de la corrida.
L’Espagne tout entière y voit là plus un geste politique ( proclamer sa différence dans la recherche avouée de son autonomie complète ) qu’un geste éthique.
Cette interdiction ne peut être assimilée à un rejet ou à une condamnation de la corrida.
Elle n’a pas de valeur d’exemple.
Elle n’a d’autre signification que politique.
La corrida n’est pas morte.
Viva Espana !
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Baltazar GARZON – suite au post du 8 avril 10
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La Presse belge de ce matin 25 avril 10 titre :
Le magistrat, qui avait notamment fait arrêter l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, est inculpé pour avoir outrepassé la loi d’amnistie couvrant les atrocités de la guerre civile espagnole et les premières années du franquisme. ( La Libre Belgique ).
Voilà enfin un titre correct.
GARZON, il faut le répéter, n’est pas poursuivi parce qu’il a essayé de faire le procès des crimes du franquisme, mais il est poursuivi pour avoir, dans le cadre de sa mission de juge, refuser de tenir compte de l’existence d’une Loi du Peuple Espagnol, laquelle loi s’impose bien entendu à tous tant qu’elle n’a pas été ( le cas échéant ) abrogée ou modifiée par le Pouvoir Législatif, en Espagne les Cortès.
Dans la Presse française, Le Monde persévère dans ses erreurs :
le 21 avril, il titre et écrit : «Le magistrat est poursuivi pour avoir voulu enquêter sur les crimes du franquisme. Baltasar Garzon fait ses cartons. Le célèbre magistrat espagnol s’apprête à quitter son bureau, le cabinet d’instruction numéro 5, qu’il occupe depuis vingt-deux ans à l’Audience nationale, la plus haute instance…
Que la Vox populi, Almodovar en tête, prétende que GARZON est harcelé par l’Audience Nationale parce qu’il gêne – passe encore, mais passons vraiment.
Que d’autres prétendent encore ( notamment l’association humanitaire AVAZ qui multiplie les pétitions qu’elle envoie par mail au monde entier ) que les règles de droit international concernant l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité permettaient à GARZON de recevoir la plainte des cet familles victimes du Franquisme et d’instruire cette plainte, devient gênant dans la mesure où cet argument prend des allures de vérité péremptoire difficilement vérifiable sur le fond .
Il faudrait au plus vite que dans les médias le point soit clairement expliqué.
Oui ou non les règles humanitaires d’aujourd’hui permettent – elles à GARZON de recevoir la plainte et d’agir comme il l’a fait, c’est-à-dire de tenir pour inexsitante la loi d’amnistie , qui existe bel et bien, et qui n’a pas été abrogée ni modifiée ?
Il s’agit d’une question de droit, qui n’est pas susceptible d’interprétations diverses.
Alors, qu’attend-on pour la fournir à l’opinon pblique ?
Peur de la décevoir et , pour les Journaux et la Presse en général, de ne plus avoir de matière sensationnelle à éditer ?
Felipe GONZALEZ, socialiste et chef du 1er Gouvernement socialiste d’Espagne dans les années 80, a déclaré il y a quelques jours que s’il fallait accepter de considérer que la loi d’amnistie est devenue sans effet ( obsolète ), alors la Constitution espagnole serait immédiatement vidée de substance et immédiatement l’ Espagne serait sans Constitution.
Personnellement j’ajouterais, pour faire simple, que si effectivement il fallait tenir pour de facto abrogée cette loi d’amnistie ( ce que prétendent les défenseurs de GARZON, mais ce que n’ose pas proclamer GARZON sauf erreur ) alors d’un seul coup des millliers de poursuites pénales pourraient être immédiatement engagées tant contre des anciens franquistes que contre des anciens républicains, puisqu’aussi bien l’amnistie réconciliait toute la population jusqu’alors atrocement déchirée en empêchant la possiblité de la moindre poursuite ar quiconque tant contre les uns que contre les autres….
Un Professeur de Droit Pénal, Jésus Maria Silva Sanchez , publie ce dimanche 25 avril 10 dans le journal ABC ( étiquetté de droite ) un article sous le titre una Ley con plena vigencia – que l’on peut traduire par « une loi avec pleins effets « , répond à cette question en disant en substance :
- les Traité ratifiés par l’Espagne l’ont été postérieurement à la Loi du 77. Le principe de la non -rétroactivité de la loi pénale, consacré par l’article 25.1 de la Constitution espagnole, empêche une quelconque modification de cette loi de 77 ( sous-entendu : par les traités signés postérieurement ).
Sur un plan technique et pratique, scientifique et juridique, mais fondamental dans un Etat de Droit, la Loi de 77 aparaît bien comme faisant partie intégrante des lois du Peuple Espagnol, et doit donc être respectée.
Elle ne le serait pas en autorisant les actes posés par GARZON, et, en ce cas, fût-ce par les poursuites que des milliers de gens pourraient immédiatement entreprendre contre tous les anciens acteurs, de gauche comme de droite, de la Guerre Civile, mettrait immédiatement l’Espagne à feu et à sang.
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Tableau commandé en 1937 à Picasso par les Républicains.
Ce tableau, par la volonté de Picasso, est resté au Moma, jusqu’après la mort de FRanco.
Il est revenu à Madrid, au Prado, en 1981.
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