blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

28 juillet 2010

CORRIDA, la Dernière Cène

 

 

 

 

CORRIDA

 

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 PICASSO, mort du torero, 1933
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Un ancien directeur de l’institut Culturel Français de Séville me disait toujours, avec un petit sourire, qu’il ne fallait jamais aborder le sujet de la Tauromachie, on ne parle pas de la Tauromachie – ce n’était pas une boutade malgré le sourire, et il avait raison.

Inutile et dangereux.

Sujet trop sensible : les aficionados et les opposants irréductiblement inconciliables – un peu comme la guerre civile, si j’ose cette comparaison qui, sur le plan du sujet de conversation  en Espagne, répond un peu aux mêmes difficultés, aux mêmes interdits.

 

Le combat de l’homme et du toro, c’est une absolue certitude, est tout à la fois un art et une boucherie sanglante.

Que des sévillannes, j’en connais, aimant passionnément la corrida, puissent défaillir à la vue d’une éraflure à peine teintée de rouge – ne change strictement rien aux choses.

La corrida est un art grandiose, séculaire, codifié, rutilant, orchestré, un art qui a son langage, ses expressions propres intraduisibles pour la plupart, un art mettant en avant le courage, l’audace, la folie parfois de l’homme ( rarement de la femme mais il existe des femmes toreros )  à genoux dans l’arène qui attend la sortie du Toro sans savoir dans quelle direction il va charger, ni comment, et qui l’ attend la capote à la main laquelle, s’il est toujours en vie à ce moment, va virevolter  au-dessus de sa tête lorsqu’il esquivera la charge.

 

Un art où  le Toro , tel le gladiateur antique, pourra gagner sa liberté s’il a fait preuve de bravoure exceptionnelle.

Ainsi, j’ai vu des toreros refuser de mettre à mort un Toro qu’il estimait trop valeureux, et qui attendait soit la réprimande pour avoir  tardé, soit l’avis du Président de la Corrida qui avait enfin  compris l’intention du Torero et qui acceptait que le Toro, libre et blessé, retrouve sa campagne.

Blessé, mais faisant alors l’objet de mille soins pour qu’il retrouve sa santé . J’ai vu ainsi les soins particuliers que donnaient alors les vétérinaires, pansant la plaie impressionnante qui avait été laissée, surtout, par la pique du picador qui creuse un trou béant dans l’échine, entre les épaules, trou tellement béant que pendant la corrida, il n’est pas rare de voir le sang gicler à flot comme giclerait l’eau d’un seau trop rempli et secoué.

La corrida est donc une boucherie.

Je peux comprendre.

Mais elle n’est  pas, comme j’ai entendu ce matin un Catalan défenseur des animaux, le spectacle de la cruauté faite à l’animal.

 

 

 

 

 

Les toros font partie de la vie espagnole, avant d’en être de la mort.

Je connais des sévillannes qui, petites, faisaient le cauchemar de trouver dans le fond du couloir menant à leur chambren un toro, un toro  forcément menaçant, énorme.

Le Toro est partout : depuis l’antique  Toro ibérique aux accents toujours modernes qui a tant impressionné Picasso jusqu’aux images monumentales, devenues monument national, qui surgissent un peu partout dans la campagne espagnole.

Picasso et son picador,  dont la lance est dirigée vers le Christ en croix.

Picasso encore et le Minotaure. De terribles dessins  impitoyables, où – de la femme prise ou du toro preneur – on ne sait trop qui  toise  l’autre, qui l’a provoqué et qui sort vainqueur…

L’homme et le toro : l’homme et le danger immémorial, le danger personnifié, le danger nommé et défini.

Il y a le loup des contes de fée, et le Toro de la réalité quotidienne.

 la bravoure, la résistance, le combat  – un seul vainqueur.

Ces toreros morts d’un coup de corne dans l’artère fémorale, tel MANOLETE  lors de l’estocade dans les arènes de Linarès.

Ces toreros lancés vers le ciel comme  un ballonnet, en une seconde, au moment où l’on croyait bien que tout était dit, pusiqu’on en était à la mise à mort  et que le toro, à bout de force semblait-il, baissait enfin la tête pour présenter son échine et subir le coup d’épée fatal : au moment où s’enfonçait l’épée, le torero qui avait un peu manqué l’esquive qui devait accompagner le geste final, se voyait emporté dans les airs, pitoyable, ramené à lui-même, envoyé vers la mort, la paralysie, rien parfois : le miracle alors, le saint qu’il a  invoqué avant le combat, la chance…

 

La mort est tout autour,  la chance aussi, et la malchance qui l’accompagne;  le mourant n’est pas toujours celui qu’on avait désigné.

Vrai : Un sévillan en voiture  ne s’arrête pas au feu rouge : il  accélère.
Si  vous vous arrêtez, vous risquez d’être embouti.

 Un sévillan  démarre au feu rouge ; il aime frôler la catastrophe – rien ne lui arrivera, et s’il meurt ( je veux dire : s’il accroche sa carrosserie ) ce sera avec le panache de celui qui a défié.

Chaque espagnol est torero, chaque femme  l’est aussi – par l’amour impossible du toro.

 

Le sang est le sang de vie. Comme dans le Dernière Cène.

La chair du toro de combat, mort la veille, est vendue le lundi dans les petits marchés de Sevilla.

Il y avait à Nervion, dans le petit marché de la Palmerita, un jeune garçon  réellement beau comme un Murillo, boucles noires  et  fière allure, tous les clichés en une seule personne, qui vendait les lundis un morceau ( il n’y avait qu’un seul morceau de viande  dans tout son étal : un seul morceau, comme on aurait un seul panier de truffes cueillies la veille,  ou quelques grives seulement comme un trésor  tiré  en cachette ) de ce précieux toro de lidia, viande aux vertus – il ne devait y avoir aucun doute là-dessus -  du toro lui-même et qui donnait , c’est évident, à celui qui en mangeait toutes  les qualités  supposées de l’animal : courage, force, vigueur, virilité …Le mot est lâché : virilité. Virilité ?

 

L’emblème de la Catalogne, qui veut par tous les moyens  et cherche toutes les occasions pour exprimer son identité, réelle ou supposée, est l’âne. L’emblème de toute l’Espagne est le Toro.

 

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La Catalogne vient aujourd’hui 28 juillet 2010 de proclamer l’interdiction de la corrida.

 

L’Espagne tout entière y voit là plus un geste politique ( proclamer sa différence dans la recherche avouée de son autonomie complète ) qu’un geste éthique.

 

Cette interdiction ne peut être assimilée à un rejet ou à une condamnation  de la corrida.

Elle n’a pas de valeur d’exemple.

Elle n’a d’autre signification que politique.

La corrida n’est pas morte.

Viva  Espana !

 

 

 

 

 

 

 

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3 juin 2010

L ‘ art d’aujourd’hui est-il toujours contemporain

 

L’œuvre d’art et la création contemporaine

Louise BOURGEOIS vient de décéder.

Un  monument  de la création contemporaine.

Celui qui ne sait que sa mère travaillait les tissus, et que son père  montrait à la petite Louise, en pelant une orange, qu’elle avait un zizi (  c’est Louise Bourgeois elle-même qui le dit dans une video que j’ai vue il y a peu lors de la rétrospective à POMPIDOU , en pelant à son tour l’orange comme son père la faisait ) saisira moins facilement le comment et le pourquoi d’une grande œuvre.

Curieusement, et cela soulage un peu, personne ne s’est jamais demandé à son propos si elle faisait de l’art contemporain ou non.

Elle faisait, c’est tout  .

Sa riche, complexe, insatiable, prolifique  et féconde personnalité faisait – mais toujours rebattait les mêmes souvenirs, les mêmes blessures.

Il est de bon ton – et c’est heureux aussi, tout est heureux – de se demander, car notre époque aime à réfléchir, du moins à poser des questions, beaucoup de questions, et donner la parole à beaucoup de gens, beaucoup de monde, lequel non seulement prend cette parole mais se plait à disséquer car aujourd’hui beaucoup savent disséquer, voire disserter, et quelque fois les propos sont pertinents  – il est de bon ton donc, aujourd’hui, de se demander ce qu’est l’art contemporain et surtout d’apporter une réponse qui le plus souvent – c’est cela qui est un peu crispant, l’univocité de la réponse –  celle-ci : l’art contemporain, l’artiste contemporain est celui qui interroge la société dans laquelle il vit.

 

Il y a quelques variantes à cette réponse, mais majoritairement, chez les décideurs culturels, c’est cette réponse qui prévaut.

La question a toujours été posée : Duccio était-il contemporain ?  Et Rops – oui Rops était contemporain , dit-on, car il dessinait les travers de son époque. Ah bon ?

Ambiguité déjà : est-on, quand on est artiste, contemporain parce que l’on prend en compte l’époque dans laquelle on vit,  ou parce que l’on interroge et se place dans les problèmes  de son époque, dans sa sensibilité.

Et les grands mots sont lâchés.

Je me perds déjà , évidemment que je me perds : comment faire tenir un tel sujet en une page, alors que des bibliothèques ne cessent aujourd’hui de s’ajouter aux bibliothèques existant déjà  sur le sujet.

L’exposition  CANVAS COLLECTIE-COLLECTION RTBF  au Bozar  vient de donner de beaux éclairages sur le sujet  – de futiles aussi.

Finement, la question  y  était posée non de ce qu’était une oeuvre d’art contemporaine, et donc un artiste contemporain ou de son temps, mais bien ce que l’on avait à rechercher  dans une oeuvre d’art.  Et posée à des critiques d’art, directeur de musées, curateur d’art contemporain, historien d’art ou directeur d’école, cette question visait rien moins que tendre ( toujours cette obsession récurrente ) à obtenir une définition d e  l’art contemporain, de la création contemporaine.

Heureusement, certaines réponses ont un clacissisme apparent qui rassure totalement et permettent, avec le consensus qu’elles  peuvent  dégager,  de  vider la polémique.

Ainsi,  Carine FOL, directrice du Musée Art et Images dira  ce que je recherche dans une œuvre c’est la profondeur humaine, l’intériorité ; la nécessité d’exprimer quelque chose « .

 

Exit la question, posée comme telle, de ce qu’est une œuvre d’art contemporaine,  question qui parait alors oiseuse, mais simplement ce qu’est une œuvre d’art.

Personne  ne se demandera   ( mais bien entendu faites-le si vous voulez, personne ne vous empêche…)  si Louise Bourgeois était une artiste à l’œuvre contemporaine : tout le monde le sait confusément, le sent bien.

Mais tous  aussi nous sentons bien que la question n’est pas là. Seule l’œuvre compte, in se.

 

Il semble assez évident, car Louise Bourgeois a beaucoup parlé, et ses propos sont enregistrés, que Louise BOURGEOIS ne s’est pas inquiété de la société dans laquelle elle vivait, que son art en tous cas n’en est pas nourri ; il semble assez évident que Louise Bourgeois se s’est pas interrogé à propos de la société dans laquelle elle vivait .

 

Qu’a-t-elle fait alors ? Elle a passé sa vie à refaire son enfance, à exorcicer ses drames intérieurs liés à son enfance, à l’absence de sa mère trop vite disparue, à la présence d’un père auquel elle n’a pas pu donner sa place.

Toute son œuvre est faite de fils : les fils qu’elle n’a cessé de nouer et de dénouer ( surtout tenter de les dénouer, tel semble bien son travail exclusif ) , fils de laine tissés ou non, pendants, accrochés, soutenant des poupées, tendus, distendus, des tissus, des morceaux de laine, des mers d’étoffes, des poupées encore accrochées à un ventre plus gros qu’elles ou gisantes telles des pantins. L’araignée enfin, omniprésente : il ne faut pas chercher loin, inutile de sonder profond, de convoquer Jung et les autres – m’araignée est la mère, la faiseuse de fils, la tisseuse, la tisserande et l’on revient au personnage de la mère, au personnage car ce n’est pas la personnalité de sa mère quelle inclut dans l’araignée pour la faire apparaître, c’est la faiseuse de fils , avec ce qu’elle a nécessairement d’inquiétant. Et puis le marché de l’art et les réseaux ont fait le reste : l’araignée, surdimensionnée a fait plusieurs fois le tour de la planète des Grands : Paris, Londres, New-York, Venise, Bilbao et j’en oublie.

Louise Bourgeois a créé par nécessité ; on qualifie assurément sa création de contemporaine, mais pourtant elle renvoie aux éléments éternels, impérissables, reproduits comme l’est la cellule vivante c’est-à-dire sans arrêt.

Sa création, et donc son art, n’est pas inscrit dans le temps où elle a émergé.

Prenons Picasso.

Quel intérêt à se demander si sa création, son art, est ou non contemporain ( concomitant  à l’époque de son émergence ).

La question paraît idiote ; mais posons-là – car la réponse est difficile.

Picasso a traversé un siècle. Il a traversé ( je n’ose pas écrire :il a vécu ) des évenements capitaux, socio-éconimico-politico.

Il a dépasssé sans cesse ce qui se faisait en inventant sans cesse ( cubisme etc ).

Mais il est resté en même temps  imperméable à des mouvements importants qui naissaient autour de lui : le surréalisme par exemple.

Il me semble aussi que Picasso est resté assez insensible aux événements qui l’entouraient.

Et GUERNICA, direz-vous.

Certes, mais GUERNICA, il ne faut l’ oublier à aucun prix, est une commande qui lui a été passée après le bombardement par les Républicains.

Que serait GUERNICA si la commande n’en avait pas été faite à PICASSO ?

On voit certes dans l’œuvre de PICASSO certains échos, parfois très forts, des événements qu’il vivait ( la toile bleue consécutive au suicide de son ami, les portraits directs ou indirects des femmes qu’il connut, son petit-fils jouant etc ) mais ce sont des pages intimes de sa vie qui transpirent…Où est la guerre de 40, le fascisme, mai 68, le Viet-Nam, la Baie des Cochons, la décolonisation de l’Afrique – cette Afrique qui lui a tant donné - ? Où sont  les répressions staliniennes, les goulags, l’avénement puis la chute du communisme  – lui qui pourtant fut un temps, mais un temps très bref, affilié au Parti Communiste français - ?

Picasso avait son génie en étendard, et un étendard  est toujours devant.

Qui prétendra pourtant que son oeuvre n’est pas contemporaine ? Qui osera ? Et pourtant…

 

 

 

 

 

120x120- huile s/toile - 31 mai 2010 - jvl
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21 mai 2010

Jonathan MEESSE au CAC Malaga et PICASSO

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , — jvl @ 13:01

 

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Cette huile sur toile de Jonathan MEESE de 2006 est un tryptique de 6m sur 3 environ, accrochée au CAC de Malaga, avec 3 autres peintures de dimensions, deux bronzes, et des céramiques.

Il y a quelque chose d’un peu stupide de faire  référence à Picasso, et d’ établir un lien avec un peintre et son travail – quel qu’il soit -, tant PICASSO /démiurge  ne se laisse à raison enfermer dans une aucune  référence de ce type-là.

Pourtant, je ne peux m’empêcher de le faire.

Non pas parce que PICASSO est né à un kilomètre de ce lieu d’exposition – et encore, ce type de donnée travaille l’esprit…non, je plaisante…

Je ne parle pas ici de la démarche de Jonathan MEESSE, pour qui l’art qu’il pratique a une visée politique, mais de la manière dont il peint, de la manière dont en tous cas il met la pâte sur la toile, ses couleurs aussi.

Son dessin est construit, la pâte est épaisse, souvent  telle que sortie du tube, certains fonds, que la rage de peindre n’ont pas recouvert et  qui  ont ainsi échappé à la seconde partie de l’exécution de l’oeuvre, montre un geste posé -  des jaunes, des rouges, des courbes appliquées. Et c’est dans ces traits-là, dans cette façon de juxtaposer les épais traits de peinture que, sans le vouloir, sans le chercher, j’ai vu certains travaux de Picasso, dont précisément ce tableau de 1972, exposé précisément au même moment  au Musée Picasso de Malaga, à dix minutes à pied de là.

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A gauche, OMBRE  de Picasso, et à droite , un détail du tableau de J Meesse .

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25 avril 2010

Baltazar GARZON – suite au post du 8 avril 10

Classé dans : Non classé, commentaires — Mots-clefs :, , , , , , , , — jvl @ 13:54

 

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La Presse belge de ce matin  25 avril 10 titre :

Le magistrat, qui avait notamment fait arrêter l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, est inculpé pour avoir outrepassé la loi d’amnistie couvrant les atrocités de la guerre civile espagnole et les premières années du franquisme. ( La Libre Belgique ).

 

Voilà  enfin un titre correct.

GARZON, il faut le répéter, n’est pas poursuivi parce qu’il  a essayé  de faire le procès des crimes du franquisme, mais  il est poursuivi pour avoir, dans le cadre de sa mission de juge, refuser de tenir compte de l’existence d’une Loi du Peuple Espagnol, laquelle loi s’impose bien entendu à tous tant qu’elle n’a pas été ( le cas échéant ) abrogée ou modifiée par le Pouvoir Législatif, en Espagne les Cortès.

Dans la Presse française,  Le Monde  persévère  dans ses erreurs : 

le 21 avril, il titre et écrit : «Le magistrat est poursuivi pour avoir voulu enquêter sur les crimes du franquisme. Baltasar Garzon fait ses cartons. Le célèbre magistrat espagnol s’apprête à quitter son bureau, le cabinet d’instruction numéro 5, qu’il occupe depuis vingt-deux ans à l’Audience nationale, la plus haute instance… 

 

 

Que la Vox populi, Almodovar en tête, prétende que GARZON  est harcelé par l’Audience Nationale parce qu’il gêne  – passe encore, mais passons vraiment.

Que d’autres prétendent encore ( notamment l’association humanitaire AVAZ qui multiplie les pétitions qu’elle  envoie  par mail au monde entier  ) que les règles de droit international  concernant l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité permettaient à GARZON  de recevoir la plainte des  cet  familles victimes du Franquisme et d’instruire cette plainte, devient gênant dans la mesure où cet argument prend des allures de vérité péremptoire difficilement vérifiable sur le fond .

Il faudrait au plus vite que dans les médias le point soit clairement expliqué.

Oui ou non les règles humanitaires d’aujourd’hui permettent – elles  à GARZON de recevoir la plainte  et d’agir comme il l’a fait, c’est-à-dire de tenir pour inexsitante la loi d’amnistie , qui existe bel et bien, et qui n’a pas été abrogée ni modifiée ?

Il s’agit d’une question de droit, qui n’est pas susceptible d’interprétations  diverses.
Alors, qu’attend-on pour la fournir à l’opinon pblique ?

Peur de la décevoir et , pour les Journaux et la Presse en général, de ne plus avoir de matière sensationnelle à éditer ?

Felipe GONZALEZ, socialiste et  chef du  1er Gouvernement socialiste d’Espagne dans les années 80, a déclaré il y a quelques jours que s’il fallait accepter de considérer que la loi d’amnistie est devenue sans effet ( obsolète ), alors la Constitution espagnole serait  immédiatement vidée de substance et  immédiatement l’ Espagne serait sans Constitution.

Personnellement  j’ajouterais, pour  faire  simple, que si effectivement il fallait tenir pour de facto abrogée cette loi  d’amnistie ( ce que prétendent les défenseurs de GARZON, mais ce que n’ose pas  proclamer GARZON sauf erreur ) alors d’un seul coup des millliers de poursuites pénales  pourraient être immédiatement engagées tant contre des anciens franquistes que contre des anciens républicains, puisqu’aussi bien l’amnistie réconciliait toute la population jusqu’alors atrocement déchirée en empêchant la possiblité de la moindre poursuite ar quiconque tant contre les uns que contre les autres….

Un Professeur de Droit Pénal, Jésus Maria  Silva Sanchez , publie ce dimanche 25 avril 10  dans le journal ABC ( étiquetté de droite )  un article sous le titre una Ley con plena vigencia   – que l’on peut traduire  par «  une loi avec pleins effets « , répond à cette question en disant en substance :

-         les Traité ratifiés par l’Espagne  l’ont été postérieurement à la Loi du 77. Le principe de la non -rétroactivité de la loi pénale, consacré par l’article 25.1 de la Constitution espagnole,  empêche une quelconque  modification  de cette loi de 77 ( sous-entendu : par les traités signés postérieurement ).

Sur un plan technique et pratique, scientifique et juridique,  mais fondamental dans un Etat de Droit, la Loi de 77 aparaît bien comme faisant partie intégrante des lois du Peuple Espagnol, et doit donc être respectée.

Elle ne le serait pas en autorisant les actes posés par GARZON, et, en ce cas, fût-ce par les poursuites  que des milliers de gens pourraient immédiatement entreprendre contre tous les anciens acteurs, de gauche comme de droite,  de la Guerre Civile, mettrait immédiatement l’Espagne à  feu et à sang.

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GUERNICA, dimanche ( ou lundi , selon les sources )  26 avril 1937

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Tableau commandé en 1937 à Picasso par les Républicains.

Ce tableau, par la volonté de Picasso, est resté au Moma, jusqu’après la mort de FRanco.
Il est revenu à Madrid, au Prado, en 1981.

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12 octobre 2008

PICASSO ET LES MAITRES, ou l’injure faite à Picasso

 

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore ( c’est-à-dire les sourds, les muets, les aveugles – j’emploie ces expressions au figuré, bien entendu, car les vrais sourds, les vrais muets et les vrais aveugles sont au courant ) se tient actuellement au Grand Palais à Paris   (http://www.rmn.fr/Picasso-et-les-maitres )  jusqu’en février 2009  une exposition intitulée  PICASSO  ET  LES  MAITRES.

 

Ceux qui ont monté cette exposition ne connaissent pas Picasso, ne connaissent pas la peinture, et ne savent pas ce qu’est peindre.

Peindre comme Picasso l’a fait ou peindre tout court.

 

Ce n’est pas en accrochant le Déjeuner sur l’herbe  de Manet à côté de toiles de Picasso qui a pu s’y référer que l’on montrera quoi que ce soit, si ce n’est la bêtise d’idées fausses consistant à vouloir faire croire que la mise d’œuvres côte à côte explique, dans l’œuvre d’un peintre,  quoi que ce soit.

 

Le mécanisme est le même, bien entendu, pour toutes les œuvres montrées – et elles sont légion, nombreuses en qualité au point que la vraie prouesse de cette exposition est d’avoir pu rassembler au même endroit   Le Gréco, Cézanne, Renoir, Rousseau, Murillo, Rembrandt, Cranach, Chardin, Zurbaran, Manet, Van Gogh, Goya, … Et aussi « Vénus se divertissant avec l’Amour et la Musique » du Titien, la « Maja Desnuda » de Goya, « Olympia » de Manet…

 

J’enrage.

Picasso aussi, j’en suis sûr.

Quoi que , lui,  il a le droit de ricaner. Ce qui doit lui faire du bien.

Il me semble l’entendre :   «  y a vraiment qu’aux bêtas qu’il faut montrer Velasquez pour qu’en même temps, avec mes ménines à côté, ils voient quelque chose ou croient voir quelque chose… »

 

Et qu’est-ce qu’on voit alors ? Qu’es-ce qu’on voit ? Dites-le moi…On ne voit rien, parce que ce n’est pas comme cela que les choses se font, que les choses viennent, que la peinture s’enclenche : ce n’est pas avec l’œuvre à côté, c’est avec l’œuvre dedans soi…l’œuvre d’origine, ou toute  autre chose qui  est à l’origine d’une autre.

 

 

 

 

Picasso connaissait l’art, l’art antique, l’art ibérique, l’art négre, l’art classique, l’art de son temps. Il achetait des tableaux de peintres vivant autour de lui : le douanier Rousseau, Cézanne bien sûr, Matisse. Il a acheté des statues africaines, des objets ibères, et s’en entourait.

Il avait fréquenté les Musées, dès  qu’il  put s’échapper de son Andalousie natale et de Malaga où il y avait si peu à voir – à part bien sûr tout ce qui allait  faire de lui l’homme et le peintre qu’il est devenu : la présence de son père, les pigeons que celui-ci élevait, les corrida où son père l’emmenait, les toros.  Avant l’âge de 20 ans , il connaissait le Prado, il avait découvert  Madrid d’abord, puis Barcelone lorsque son père professeur  fut nommé dans le Nord, puis à 20 ans  Paris.

 

Picasso voyait, sentait.

Les  propos qu’il tenait, et qui sont fidèlement  rapportés par exemple par Malraux, dans La tête d’obsidienne ,  sur la vie, sur la peinture, sur la création , sont  souvent simples pour ne pas dire – quelque fois – simplistes,  car Picasso parle peu, il peint.

 

Il a vu ( que dis-je : ingéré  ) tous les chefs d’œuvre  -  et combien d’autres –  qui sont accrochés actuellement au Grand  Palais. Il les a vus comme seul il pouvait les voir. Il ne les a pas emportés dans son atelier, c’était inutile, comme pour un  peintre il est inutile d’emporter avec la nuit les images qu’il collectionne partout, les  sensations qu’il enregistre – elle sont en lui.

 

Et c’est bien cela qui est enrageant dans cette exposition : cette mise côte à côte des tableaux est exactement le contraire de ce que Picasso –  et  d’autres – a fait sa vie durant.

 

Les montrer ainsi, c’est vouloir ignorer bl’essentiel :  le travail intérieur  qui se fait  une fois  disparu  de la vue  Le déjeuner sur l’Herbe.

 

Picasso les avait en lui.

Comme nous, nous avons  en nous  -  mais je devrais peut-être dire  pas nous mais bien moi  - bon, je dis moi.

Comme moi, j’ai en moi – gravés au plus profond  et ne cessant de les articuler les uns aux autres –  les chevaux de PHIDIAS, les ex-voto ibères, Philippe le Bon de MEMLING  et les anges Musiciens deVAN EYCK, la Vierge des Pélerins de CARAVAGGIO, un contre-jour de fougères au couchant, la calotte rouge anglais de la linotte, le dôme velouté du bolet bai, les tridacnés phéniciens, les portraits du Fayoum, les pincks  ladies de DE  KOONING ,  les rouges de ROTHKO, les rennes affrontés de Font de Gaume,  les annonciations deFILIPPO  LIPPI et celles de Dirk Bouts et de van der Weyden, les prédelles de DUCCIO le Christ à la  Colonne  d’ ANTONELLO da  MESSINA,  les houles de NOLDE,   le Lac de Thoune et le Niesen de HOLDER,  les croupes ropsiennes,  les  grincements deSHCIELE,  le brâme du cerf,  la cosmogonie d’Anselm KIEFFER, le regard chez REMBRANDT, les avions de GASIAROWSKI, Achille pleurant la mort de Patrocle de TWOMBLY,  l’écriture rose de HANTAI, les voutes ogivales  de Saint-Séverin, les bébés de Marlène DUMAS,  les Tricheurs de DE LA TOUR, les ostraca  égyptiens, la Fille rousse de MODIGLIANI, la Porte-fenêtre à Collioure  de MATISSE, les dessins photographiques de Roni HORN…

 

Picasso avait en lui la Maja Desnuda, les Ménines, la fureur des bombes tombant sur Guernica.

Il les possédait, comme aucun musée ne les possède, et c’est en cela que le propos de l’exposition est insupportable : montrer l’évidence me fait – à moi – toujours mal.

Et montrer l’immontrable, pire encore.

 

Les amateurs de show seront donc comblés.

Ceux qui ont besoin de démonstration clinquante  aussi.

Les curieux aussi, les autres – qui pensent qu’il  est tout de même préférable de faire partie de ceux qui ont vu plutôt que rester dans les limbes de ceux qui n’y sont pas allés.

Tous ceux qui vont faire l’expo. Nous, ce w.e. nous avons fait Picasso et les Maîtres…il y avait un monde…un monde…

Le battage médiatique est exceptionnel, le budget publicité est  phénoménal. Il existe un box-office des entrées, comme au ciné, au théâtre. Anselm Kieffer au Grand palais a fait 120.000 entrées. Picasso fera le double, le triple. On pondérera alors suivant le facteur durée : des mois pour Picasso, 3 semaines pour Kieffer, mais quand même….

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 Portraits du Fayoum, 2ème siècle


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Cet été je n’ai pas fait le Grand Canyon, je n’ai pas fait BALTHUS à Gianadda, mais j’ai fait du vélo, des pizzas au céleris rave et  au  gingembre    , et bientôt je ferai MANTEGNA au Louvre, çà oui, je vous le jure,   je vais me faire MANTEGNA…

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