blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

17 novembre 2011

SCENE A DEUX PERSONNAGES

 

 

 

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La scène à deux personnages, telle qu'elle est présentée au Musée d'Aquitaine à Bordeau.

 

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Il s’agit d’une gravure pariétale remontant au Gravettien ( env. -29 à – 20.000 ans BP ) obtenue par piquetage.

Elle fut découverte à LAUSSEL ( Dordogne ) en 1911  pratiquement en même temps que la Venus à la Corne  dont question dans le post précédent.

Cette scène est gravée sur un bloc, lequel s’est sans doute détaché de la paroi :  il s’est détaché avant ou après qu’il ait été gravé ? La question a toute son importance, comme on le verra ci-après  – elle est même pour moi, dans ma tentative d’interprétation, tout à fait primordiale.

 

Si le bloc a été gravé sur la paroi, le sens ( haut et bas ) n’est pas discutable .

Encore que.…  – ainsi qu’on le verra infra.

Si la bloc a été gravé après s’être détaché, rien ne permet de savoir à coup sûr où se trouve le haut et où se trouve le bas du motif gravé par le sculpteur.

Il existe en ca cas  ipso facto  une liberté de regarder le bloc dans un sens ou dans l’autre, en le faisant pivoter à 180 °, bref en lui mettant la tête en bas, même si on ne sait pas exactement où est la tête.

 

 

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Que montre cette scène ?

 

Apparemment deux personnages figurés tête-bêche associant une figure que l’on tient communément pour féminine et, à l’inverse, un buste plus sommaire.

 

C’est là la définition officielle donnée par le Musée d’Aquitaine de Bordeaux qui héberge le chef d’œuvre, relayant en cela l’acception donnée par le monde scientifique.

 

Que l’on y voit un buste manifestement féminin ne pose guère de doute.

 

Mais que l’on prétende sans réserve  qu’il s’agit d’un tête-bêche me laisse pantois.

 

Un motif dans le style des cartes à jouer, gravé au Gravettien ( env. 25.000 ans d’ici ) , requiert une faculté d’abstraction peut-être inédite à cette époque, sans doute inédite, puisqu’il s’agirait là de la représentation d’un motif purement construit, que la réalité ne livre pas comme tel, bref que l’esprit humain doit inventer et construire préalablement à son exécution. En d’autres mots encore, les têtes-bêches ne se promenant pas à l’air libre, même au Gravettien, le sculpteur a dû faire un curieux exercice mental avant de  se mettre à l’ouvrage, pour livrer ensuite aux siens médusés ( les contemporains de Picasso le furent moins lorsqu’il leur présenta ses Demoiselles  d’Avignon ) un motif incompréhensible,  l’œuvre d’un fou, œuvre  qui cependant, on doit bien l’admettre en la contemplant aujourd’hui, ne fut pas détruite mais laissée au vu de tous…

 

Curieuse aventure.

Elle est évidemment extrêmement alléchante cette idée d’un l’artiste qui, en ces temps reculés proprement inimaginables , 1/  ait réussi l’exploit tout à la fois intellectuel  2/ puis artistique de créer une telle scène purement imaginaire, 3/ puis de l’imposer à sa communauté. C’est BRETON je pense, l’ami de PICASSO, qui a dit qu’il avait craint retrouver PICASSO pendu derrière ses Demoiselles d’Avignon tant avait été grande pour lui la désillusion née de l’incompréhension de ses proches.

 

Lorsque je peins, je mets le chassis successivement sur ses quatre côtés, le faisant ainsi tourner au gré du rythme de la construction, jusqu’à ce qu’il tienne et se tienne sur chaque face. Cela m’amène en général à trouver des correspondances et des liens ( chacun expliquant et enrichissant l’autre ) entre lignes, masses et couleurs, et doit en principe contribuer à l’équilibre de l’ensemble.

 

J’ai donc mis la Scène tête en bas à 18O degrés par rapport au sens montré dans le Musée et dans les livres où la gravure est reproduite , et là, surprise, c’est un personnage féminin, et un seul, qui apparaît.

Jugez-en :

 

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Tête, cou creusé, seins lourds, pointus et moins ptosiques que ceux de sa sœur de Laussel trouvée à quelques mètres d’elle.

Vue ainsi, cela ne semble faire aucun doute : la scène tête-bêche tellement impossible disparaît totalement au profit d’une figuration répondant aux archétypes en vigueur ( et quelle vigueur…) alors.

 

Cette thèse cependant n’est tenable que si la sculpture fut réalise sur le bloc détaché de la paroi – dans le cas contraire en effet, on peut difficilement imaginer que le sculpteur ait réalisé son œuvre perché sur la paroi tête en bas.

Quoi que…cette  hypothèse-là  elle-même est tenable : j’ai perdu les références précises, mais nombre de gravures, dans des grottes, se présentent à l’envers, la plupart située à hauteur d’homme mais certaines ( des bisons à Font de Gaume ? Je ne sais plus ) bien au-dessus de la taille humaine si bien que pour les réaliser le sculpteur a dû s’accrocher en hauteur et travailler la tête en bas.

 

Mais enfin, dans le cas qui nous occupe, si l’on peut donc  théoriquement accepter le fait que le sculpteur ait  pu graver  la Scène la tête en bas  sur la paroi-même, puisque la chose se faisait alors, on se retrouve devant le mystère du sujet  ( une scène tête-bêche ) tel qu’évoqué ci-dessus ( comment imaginer au Gravettien la conception, puis la réalisation, puis l’acceptation par tous ensuite de l’œuvre ).

 

Toutes ces difficultés d’explications sont évacuées si l’on peut retenir l’hypothèse que le sculpteur a sculpté directement un personnage féminin et non cette scène à deux personnages , et ce parce que le bloc était déjà détaché de la paroi lors du travail , ce qui lui permettait de sculpter un motif qui était à 180 degrés de celui que l’on prétend trouver aujourd’hui devant ce même fragment de paroi.

 

 

Question : bloc déjà éboulé ou sculpture sur la paroi ?

On sait que les fouilles à LAUSSEL furent réalisées par le dr LALANNE de Bordeaux, ou plus exactement en ses absences fréquentes, par ses ouvriers lesquels ne  tenaient pas de journal de fouille.

La Scène fut la 1ère découverte sur le site de LAUSSEL, avant la Venus à la Corne, entre mars et avril 1911. Dans sa 1ère publication, le Dr LALANNE écrivit qu’elle provenait de l’assise inférieure du Solutréen, càd vers le milieu de l’abri où sont localisées les deux couches solutréennes. Par la suite, il a dit que la Scène provenait des éboulis sur lequel reposait la couche solutréenne.

 

La Venus à la Corne a été trouvée un peu plus tard gravée sur un énorme bloc de plus de 4m3 éboulé au pied de la falaise ; la partie sculptée, qui faisait environ 54 cm, a été sciée sur place pour être transportée à Bordeaux ( voir le précédent post sur ce blog ).

 

Rien de  tel pour la Scène qui nous occupe : je n’ai rien trouvé en tous cas ( recherches sommaires il est vrai…) qui plaidât pour une opération tant soit peu similaire, avec sciage d’un gros bloc où se fut trouvée gravée la Scène.

 

Il me semble donc raisonnablement acquis que la scène a été trouvée sur un bloc de petite dimension, parmi les éboulis  -  pour reprendre les termes exacts utilisés par le Dr LALANNE .

 

Ainsi , tout est simple et clair : nous avons ici sous les yeux  non cette scène tête-bêche qui graphiquement constituerait une avant-garde plastique de plus  20.OOO ans qui est proprement inimaginable  parce que rompant avec tous les codes prévalant alors , mais tout simplement  un personnage féminin  sculpté au Gravettien  sur un bloc éboulé …

 

Introduisant un subtil changement d’angle de vue  -   ah ce si précieux procédé qui nous fait à nous dans la vie quotidienne déjà si souvent défaut -   LEROI-GOURHAN a très finement suggéré que le second personnage aurait été introduit dans la scène plus tard et qu’en quelque sorte cette œuvre aurait été sculptée en deux fois.

Que n’a-t-il été plus loin, alors que ce faisant comme il l’a fait, il avait accompli le plus difficile : sortir de l’idée d’un tête-bêche et décomposer la réalisation en deux temps chronologiques, ce qui rejoignait d’ailleurs une manière de faire bien connue consistant à revenir sur un élément déjà gravé pour y ajouter d’autres éléments au fil des temps. 

 

Une fois brisé comme il le faisait le carcan de la vision imposant le tête-bêche, LEROI-GOURHAN n’aurait-il pu songer à donner au bloc 180 °, et n’y aurait-il pas vu alors ce qu’il s’imposait de voir  : un personnage féminin bien de son temps ?

 

 

 

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28 février 2011

JEAN-MICHEL ALBEROLA expose à LA LOUVIERE

 

 

 

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Jean-Michel Alberola, 1953, expose ses estampes à La Louvière, Centre de la Gravure et de l’image imprimée :

http://www.centredelagravure.be/

Il faut y aller  ( le Grand Hornu est à 30 km, le Musée de la Photographie de Mont sur Marchienne est à 30 km : joli triplé ).

 

 

Depuis 20 ans, je suis ALBEROLA  à la trace, depuis que j’ai découvert son travail sur le corps , huile et fusain,  dans un opus intitulé Etudier le Corps du Christ,  qu’il présenta entre autres au Centre Pompidou en  1993 dans une exposition elle-même intitulée   Avec la main droite  *

 

Je ne suis pas fanatique de sujets religieux, certes, mais le thème de la Crucifixion par exemple est l’un  des sujets l »e plus susceptible d’ évoquer  ou de provoquer  un éventail rare de sentiments qui peuvent aller  de l’horreur à la contemplation mystique avec entre les deux une déclinaison infinie de sensations et sentiments intermédiaires. La Crucifixion traverse l’histoire de l’art et la Peinture tout entière, depuis toujours, et ( parenthèses ) j’ai vu il y a quelques années à Paris une exposition sur ce thème   ( cette image ? ) avec entre autres, les crucifixions de Picasso, mais aussi Sutherland et Bacon.

 

Je ne sais qui a dit que si un extra terrestre après destruction de notre planète revenait sur terre et voyait un peu partout des milliers ( des millions ? ) de crucifix, devrait se faire une idée atrocement inexacte de notre civilisation.

 

ALBEROLA : il y a quelques années à Paris, je suis allé comme hanté les couloirs de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts ( rien que pour y prendre les odeurs, cette incursion vaut le détour…) à la recherche du cours de JM Alberola. Je n’ai eu de cesse, errant dans les étages sans demander un quelconque chemin – comment trouver si l’on demande ? comment trouver si l’on regarde un gps ? – jusqu’à trouver l’étiquette de JM ALBEROLA assez sommairement fichée près d’une porte fermée que je n’ai bien entendu pas poussée.

Ce fut une belle journée au bord de la Seine.

 

 J’ai sous les yeux, écrivant ce post, un lexique rédigé par ALBEROLA  et   M.L BERNADAC  et doit résister à vous donner quelques définitions : allez, juste une :

 

Béquille  ( et immédiatement ce mot renvoit douloureusement à l’oeuvre de l’andalou Pepe ESPALIU dont j’ai déjà souvent parlé ici sur ce blog )  : voici ce qu’en dit ALBEROLA

La béquille est la moitié graphique d’une croix. C’est vsur elle qu’ALBEROLA s’appuie pour étudier le corps du Christ. Par ailleurs il est dit que le Christ orthodoxe a une jambe plus courte que l’autre pour signifier encore plus son imperfectibilité. Je ne suis jamais à la bonne vitesse, toujours à marche droit alors que je ne marche qu’en boitant…La dissymétrie est l’axe de composition de la plupart des dessins de crucifixion : moitié gauche ou moitié droite du corps, de la croix. Comment joindre les deux bouts ? Ou l’équilibre du déséquilibre.

 

ALBEROLA aime les mots, les idées, les textes, La Boétie.

Peut-être l’avez-vous entendu dans un court entretien diffusé ce lundi 28 février au matin par Radio 3 ?

Nous avons besoin de chiens d’aveugle : mes estampes c’est un vide qui ,permet d’avancer…il faut passer du pratique au politique…je vends des médicaments, vous nêtes pas obligés de les prendre; je suis peut-être pharmacien, il y a trop d’images autour de nous, des virus internes se développent, il faut les débusquer, il faut être attentif..comment vaujourd’hui rendre la pensée meilleure, une pensée qui devienne et qui soit critique…

 

ALBEROLA le plasticien, peintre et graveur, dessinateur, porteur de mots aussi, passeur d’idées, philosophe, brasseur de textes…

 

Il faut aller à LA LOUVIERE : une quarantaire de lithos sont exposées.

Ses expositions sont rares.

 

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Ceux qui batissent des églises -  1989/1990 - Centre Pompidou, achat en 1991
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* J’ai compris ce titre plus tard, en lisant des écrits et entretiens avec ALBEROLA, qui aime les mots et les textes.  Dans les gravures, explique-t-il, la main qui dessine est la droite, celle qui incise est la gauche puisque le travail se fait à l’envers.

 

 

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21 février 2011

PICASSO HAUSSE LE TON – Museo Picasso de Malaga

 

 

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PICASSO  HAUSSE  LE  TON

Accrochage nouveau au Museo Picasso de Malaga.

 

 

Picasso avait 15 ans  ( ou peut-être 10 ? )  lorsqu’il quitta Malaga où il naquit.

Il suivait sa famille à Barcelone où son père avait été nommé professeur de dessin, après la fermeture à Malaga de l’Académie où il enseignait.

 

Il n’y retourna jamais plus.

 

J’ai cherché,  et ce blog s’en est fait l’écho, où pouvaient se trouver  les racines de Picasso en Andalousie ou plus exactement si  Picasso  présentait des racines andalouses, les revendiquait.

 

L’amour de la corrida et la passion du toro ?

Cela ne me paraît pas ressortir spécifiquement à l’âme andalouse : les aficionados sont répartis dans toute l’Espagne et…dans le sud de la France où, je crois, furent du reste pris la majorité des clichés célèbres montrant Picasso assistant aux Corridas,  en Arles par exemple en compagnie de Cocteau ou  de Luis Miguel  Dominigin .

 

Ce que l’on appelé la     Minotauromachie   ( contraction des termes Minotaure et tauromachie )  ne me paraît pas davantage ressortir à l’esprit  ou  l’âme typiquement andalouse car il y a là, de même que  pour le thème de la  Crucifion et la corrida, lesquels   me paraissent relever d’ une vision artisitique et plastique, une veine créatrice féconde, qui est l’apanage de Picasso en tant que créateur universel, plutôt que relever de la marque de l’origine andalouse de Picasso.

 

Picasso est  pourtant né à Malaga  d’un père et d’une mère andalouses.  

 

Jusqu’à l’âge de  10 – 15 ou 17 ans  - pas facile de le déterminer et les chiffres varient selon les sources, de même que les calculs sont malaisés en raison de certaines contradictions dans les données disponibles  -  , il est resté à Malaga ; enfant ,  il a joué Plazza de la Merced à Malaga, couru derrière les pigeons, accompagné son père à la Malagueta, la Plaza de Toros de Malaga. Il y fut scolarisé.

 

Que reste-t-il de ces années de naissance,  enfance et  prime-adolescence en Andalousie, de ce lien du sang,  qui  laisseraient  traces dan son œuvre ?

 

Je n’en vois pas.

 

Ce n’est pas force de regarder.

 

Force d’avoir cherché encore dans le tout dernier accrochage du Museo Picasso de Malaga.

 

Le Musée Picasso de sa ville natale ( Malaga a  du reste bien tardé à célébrer Picasso, son Musée ne fut inauguré qu’en 2003…) a jadis présenté des accrochages peu représentatif de l’œuvre – pour rester dans un euphémisme  poli.

 

Le  présent accrochage est cette fois exceptionnel.

 

265 œuvres annonce le Musée ( je ne les ai pas comptées mais cela paraît beaucoup, sauf par exemple à compter tous les croquis d’un carnet dont seules deux pages sont visibles…), certaines majeures et inconnues.

 

43 d’entre elles  sortent  de la Fondation  Almine et Bernard Ruiz-Picasso, avec laquelle un accord de prêt de 15 ans a été conclu ( in   Pablo Picasso – 43 obras,   page 11 ) .

 

Quelles œuvres souligner parmi ces 43 œuvres  sortant de la Fondation Bernard Picasso ?

 

Inutile malheureusement d’aller sur le site du Musée :

http://www2.museopicassomalaga.org/00_oframeset.htm?00_obras.cfm

 aucune d’entre elles n’y est reproduite…

 

Il n’est pas interdit de penser qu’il y a là-dessous une sombre ( forcément ) histoire de droits d’auteur et de reproduction,  que le mécénat a ses limites…

 

 

Un très grand moment d’émotion :  Suzanne et les Vieillards,  toile de 80 x 190 cm peinte à Nice en 1955 ( Picasso avait 74 ans ) , phénoménal portrait de femme,  nue,  couchée,  enduite d’une  peinture proche des couleurs  métallisée ,  ocre et blanc, de carosserie si ce n’est celle du papier glacé..avec   en apothéose  une cuisse droite lacée de fil jaune  dérivant  d’une pièce appliquée au genou.

 

Au prix du billet de Ryanair, cette peinture à elle seule vaut l’aller-retour à   Malaga.

 

 

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photo JVL - févr 11 - éponge et détergent - ts droits réservés.
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2 décembre 2010

PICASSO – croûtes ou trésor ?

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, — jvl @ 9:37

 

 

 

 

 

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Fin novembre 2010 : le journal français LIBE révèle la découverte de 271 chefs- d’œuvre inconnus de PICASSO, détenus jusqu’ici par un ancien électricien de Picasso qui prétend les avoir reçus à l’époque de la dernière épouse d e  celui-ci.               

La Presse tout entière ( je n’ai lu que la presse francophone ), écrite et audio  – la chaîne télé France 24  fut championne à cet égard –  relaie abondamment l’information, en en faisant ses gros titres, et en répétant la chose tout au long de la journée du 29 novembre, tout insistant sur le fait qu’il s’agit de chefs-d’œuvre, notamment des collages de la période cubiste.

 

J’ai vu certains de ces «  chefs-d’œuvre «  car le journal français LIBE en a publié une dizaine.

Sur base de ce que j’ai vu, il s’agit pour la plupart de véritables croûtes, à l’exception peut-être d’un collage cubiste qui semble avoir quelque intérêt.

 

 

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Photo Journal Libération-édition 29 novembre 2010 

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Au point que la 1ère question qui m’est venue à l’esprit, étant entendu en toute hypothèse qu’il ne s’agit certainement pas de «  chefs d’œuvre « , est celle de leur authenticité.

Je dois cependant mettre un bémol, car je ne suis pas expert, certes,  surtout que «C’est d’une importance inouïe pour le patrimoine artistique», a confirmé la présidente du musée Picasso, Anne Baldassari  -  ainsi que le rapporte LIBE.

 

Si ces œuvres sont des authentiques, alors, c’est vrai, leur intérêt est énorme : elles montrent que PICASSO était un homme ( presque ) comme les autres, et qu’il devait remplir des poubelles de papiers  avant de pouvoir en retenir un seul.

 

Le lendemain déjà, 30 novembre, la presse ne parlait plus de que 270 œuvres et non chefs d’œuvre, et le lendemain encore, 1er décembre, on ne trouvait quasiment plus aucune trace nulle part, d’infos concernant cette découverte qualifiée d’historique (  les superlatifs manquaient souvent ) le premier jour.

Actuellement, saisie d’une plainte pour recel par la famille PICASSO, la Justice va devoir trancher entre le don ( allégué par l’électricien ) et le recel ( soupçonné par la famille PICASSO )  – mais la question de leur authenticité, qui tout de même me paraît centrale, y compris pour la Justice, ne semble plus évoquée….

 

 

 

 

 

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30 novembre 2010

LE LOUVRE INVITE CHEREAU

 

 

 

 

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du 04-11-2010 au 31-01-2011

 

Le Louvre invite Patrice Chéreau

 

 

Je ne connais pas particulièrement le metteur en scène  Patrice Chereau, ni sa personnalité ni son œuvre, mais de savoir que LE LOUVRE lui avait donné carte blanche pour présenter dans ses murs  entre autres une exposition de tableaux tirés de ses collections mais aussi de celles d’ORSAY ou de POMPIDOU, avait de quoi allécher.

Savoir qu’il avait pu puiser où bon lui semblait, et faire venir dans son espace des stars  aussi vénérables  que TITIEN, COURBET, REMBRANDT, PICASSO, BACON,

 

Prendre connaissance du titre de son accrochage  – les visages et les  corps  – , et apprendre que l’accrochage avait été fait serré, bord à bord, pour créer de nouvelles intimités entre des tableaux qui jusque là s’ignoraient entre eux,  avait achevé de me convaincre qu’il était nécessaire de faire les files à l’entrée, aux caisses, puis d’arpenter sans trop fléchir ( les tentations sont nombreuses ) les longs couloirs et salles de cette aile interminable du Louvre qu’est l’aile SULLY qui abrite la peinture française ( mais toute la peinture française ! de Ph.de Champaigne à  INGRES,  en passant  par LE BRUN, de la TOUR,           WATTEAU, BOUCHER,  DAVID …) pour arriver, tout au bout, à la salle RESTOUT qui est celle qui abrite habituellement l’œuvre de RESTOUT et de JOUVENET   ( ils sont cachés mais pas décrochés  derrière des panneaux dressés  pour les besoins de l’accrochage de CHEREAU ).

 

Le fil de l’accrochage est bien entendu le corps à corps voulu par CHEREAU, qui explique avoir pris en main les tableaux comme il le fait pour ses acteurs lors de mises en scène, mais aussi l’ordonnancement articulé autour de la photographe Nan GOLDIN à qui il a emprunté 5 ou 6 photos couleurs ramenées ou tirées à des dimensions semblables à celles de tous les tableaux présents, et qui rythment le parcours proposé à travers la peinture choisie par CHEREAU, qui est plutôt ancienne, les seuls moderne – et c’est précisément leur choix qui constitue pour moi la seule critique que je peux faire d e l’exposition -  étant un portrait de BACON, et le couple de PICASSO venant de l’Orangerie où il aurait pu rester plutôt que d’être accroché ici, en-dessous d’un gisant du Christ de Ph. De CHAPAIGNE, deux tableaux exceptionnels mais pour lesquels l’intimité voulue ici par Chéreau est à la fois trop facile – ou gratuite ? -  et sonne un peu faux.

Tous les tableaux présentés, y compris les photos de Nan Goldin, sont de format quasi similaires  et l’on  est donc d’emblée pris par une sensation de grande homogénéité car tous les tableaux accrochés forment sur  les murs une onde  en ruban continu.

 

J’ai lu la presse, et j’ai trouvé quelques critiques négatives, comme celle de la Tribune de Genève qui met en avant le fait que de bons tableaux ne fait pas une bonne exposition – c’est vrai, mais cela ne s’applique pas ici.

 

Autre petit miracle de l’expo : alors que la plupart des toiles, prises une à une, constituent  des portraits, ce ne sont plus les portraits qui sont vus ici, mais de la peinture comme telle, de la belle et haute peinture dont chaque élément ( chaque tableau ), à part quelques exceptions légères, renforce les autres.

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Sur un même pan de mur, quelques femmes seules :  la BETHSABEE de REMBRANDT, accrochée tout à côté de BONNARD, lequel jouxte VAN LOO, lequel frôle FAUTRIER.

Cela fonctionne parfaitement, et chacune de ces femmes, qui n’ont vraiment aucune raison de se connaître et donc de se fréquenter, captivent nos regards , entament  ici un dialogue ou  s’enferment dans un certain silence  -  ce qui revient pour nous au même – , bref  sont forcées à se supporter  l’une l’autre  malgré leur grande rivalité, la préséance de certaines sur d’autres due à leur rang ou  leur ancienneté…

 

Ailleurs, trois portraits d’homme côté à côté dans une scénographie parfaite : à gauche, l’ homme au gant de TITIEN  , au milieu un COURBET , et à droite Ph. de CHAMPAIGNE, tous trois parfaitement à leur aise dans un dialogue évident,  calme , continu et élégant.

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A l’entrée, vous accueillant, un autoportrait de BONNARD en boxeur malingre, qui rappelle à tous que l’art est un combat, mais plutôt, à ce que je crois, que les tableaux de l’exposition sont des corps à corps   – mouchetés, certes, pas des portraits mais des visages mis en rapport forcé, et forcés à la cohabitation pour notre plus grand plaisir d’esthète et d’amateur  de bonne  peinture ( je reprends à dessein ce qualificatif car CHEREAU raconte qu’enfant son père l’emmenait souvent au Louvre pour lui montrer la bonne et  lui apprendre à la distinguer de la mauvaise  ) , et directement à gauche en entrant,

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un duo qui est pour moi le plus expressivement réussi : un académique portrait de la fille de CHASSERIAU par son père…et une photo de nan Goldin montrant une femme nue dans l’eau de son bain : un plan perpendiculaire suivi d’un plan horizontal, deux femmes aux visages fraternellement  unis.

Le chou-chou de CHEREAU  : Hippolythe FLANDRIN, peintre reconnu de son vivant mais laissé dans l’ombre du XIXème qui en peinture reste un siècle, pas toujours à tort, mail-aimé.

FLANDRIN donc, dont Chereau a sorti d’ORSAY trois ou quatre tableaux dispersés dans l’accrochage : peinture un peu froide, mais excellemment réalisée :  souffle contenu , poésie , dessin parfait .

FLANDRIN  au milieu de deux surprenants et méconnus portraits de Luca GIORDANO, FLANDRIN en-dessous de pieds d’ INGRES,  FLANDRIN en jeune femme penchée vers une photo de Nan GOLDIN  représentant un lit à la mesure de la 1ère nommée, à peine défait :

 

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AU  LOUVRE donc, jusqu’au 31 janvier 2011.

 

 

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Courbet, Nan Goldin et Tintoret.
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