blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

7 octobre 2011

LA VENUS DE LAUSSEL – ou Venus à la corne – ou encore la Venus entre Lune et Taureau.

.

 

 

 

.

 

 

VENUS   DE   LAUSSEL        –            la Venus  entre Lune et Taureau

 

 

 

Ce qui m’a le plus frappé dans la VENUS  DE  LAUSSEL  n’est point qu’il s’agisse d’un des  rares bas-reliefs  du paléolithique ( Gravettien, -25.000 à dater du présent ) , je n’arrive jamais à retenir ce qu’est un bas-relief et je l’ai appris des dizaines de fois, comme je ne retiens pas  ce qu’est exactement la tempera en peinture, ou  taille-douce en gravure,  ou l’appareil qui est ajouté à la purée pour en faire la pomme duchesse, mais ce qui m’a le plus frappé dans cette Venus que nous montre le Musée d’Aquitaine à Bordeaux ( entrée gratuite ) est qu’elle fut sculptée sur un bloc de calcaire dont la partie naturelle la plus convexe ( proéminente )   fut choisie pour être exactement  l’emplacement du centre du ventre de la Venus.

 .

.

Et quand on sait la place du ventre dans la convention de  la représentation  archétypale des figures féminines à partir de cette époque,  on peut mesurer  toute  l’astuce ( le clin d’œil existait-il ? ) dont fit preuve le sculpteur ou la sculptrice…

 .

 

profil de la Venus de Laussel, tel que présenté au Musée d'Aquitaine de Bordeaux

.

.

 

 

Venus…Venus…La déesse de l’amour  et de la beauté de l’antique Méditerranéenne  semble aussi éloignée de cette iconographie que l’est  une pomme  d’un pommier  mais, comme souvent, ce terme est apparu gratuitement pourrait-on dire,  dans la bouche d’un découvreur  * d’une statuette en ivoire d’époque magdaléenne   en 1864 à Laugerie-Basse, et ce vocable fit florès puisque l’on  nomma ainsi toutes les statuettes représentant la femme.

 

.

 

.

Un fait remarquable : les représentations féminines aurignaciennes et gravettiennes ( -30 à -20.000 ans ) , on en répertorie actuellement  un total de 112 à 120 selon les sources, ont été retrouvées en Europe occidentale certes, mais aussi et surtout en Europe centrale ( Danube ) et jusqu’en Sibérie. Il semblerait  ( ce n’est évidemment pas moi qui l’ai trouvé…) qu’elles aient surgi en Europe centrale et se soient disséminées alors en Europe de l’Ouest d’une part, puis en Europe de l’est jusqu’en Asie d’autre part.

 

Je souhaite parler ici de la Venus de Laussel   parce qu’avec Ryan Air vous y êtes en une  grosse heure, mais je ne résiste pas au plaisir de vous montrer une autre  de ces Venus, trouvée en Dordogne dans l’ornière d’un chemin en 1900 , la statuette de Sireuil,  9cm de haut, qui se trouve plus près encore de nous, au Musée National de St-Germain – mais là, attention, se renseigner : moulages…moulages…( Voy. La chronique sur ce blog La Damme de Brassempouy est en chewing-gum ).

 

.

                               statuette de SIREUIL 
.

Elle est datée  du gravettien ( -29 à 20.000 ) :  je reste quant à moi confondu devant l’audace du dessin, la solution technique, hautement gracieuse,  apportée par son auteur au traitement du bassin et des cuisses…Inévitablement  le regard et l’esprit se portent sur d’autres arts premiers  – africains ceux-là  -   où se retrouvent cette manière de solutionner en le synthétisant  le rapport hanche/cuisse. L’art africain, tiens-tiens,  mais l’Afrique n’est-elle pas justement  le berceau de notre ancêtre le sapiens-sapiens… comme la digression est tentante, je me fais violence – je ferme cette ouverture à double-tour, en attendant un prochain post… 

 

Revenons à   Laussel,  Commune de Dordogne ( Vallée de la Beune, pas loin de Bernifal…ah Bernifal…),  et sa Venus à la corne.

Bas-relief de calcaire : la Venus a été sciée sur place pour la détacher  du gros bloc de calcaire lui-même déjà détaché ( éboulé ) de la paroi, puis transportée  dans la collection personnelle du commanditaire des travaux, le dr Lalanne de Bordeaux ,  puis donnée au Musée d’Aquitaine à l’ouverture de celui-ci, par les héritiers du découvreur.

 

La plaque de calcaire ainsi sciée mesure environ 54 cm et la venus mesure 47 cm de haut, sa corne ( car c’est une corne, du moins il y a unanimité à présent, car certains ont voulu y voir un calendrier lunaire, ou malgré ses 13 incisions, oui 13, un calendrier obstétrical )  sa corne de bovidé ( unanimité également ) mesure 11 cm.

 

C’est dire que l’on n’est pas en face d’une œuvre de petite dimension, contrairement à la plupart de celles qui existent, et qui peuvent être minuscules ( la dame de Brassempouy, en ivoire, a quelques cm ;  la Venus de Lespugue – autre chef d’œuvre – mesure 14.7cm ; la Dame de Monpazier culmine à 5.5cm une bonne part de sa stature étant prise par ce que l’on appelle l’héroïsme de sa vulve , etc ) .

 

La Venus à la corne  a été enduite à l’origine d’une couleur ocre rouge, il en reste des fragments infimes dans certains entailles.

 

Le visage semble n’avoir jamais été gravé : les chercheurs considèrent en effet que le derme de la pierre à l’endroit du visage est la paroi naturelle. A l’époque toutefois, si l’on excepte le masque de BERNIFAL ( voy. Chronique danbs ce blog )  qui me paraît ( qui suis-je n’est-ce pas pour émettre pareille hypothèse .. ?) suspect, la représentation du visage n’est pas rare.

Par exemple dans ce même Musée d’Aquitaine mais les exemples ailleurs sont nombreux, vous pourrez voir un galet rond comme un poisson lune, dans lequel sont finement gravés les traits humains de deux yeux, un nez et une bouche.

La Venus de laussel présente donc un visage de trois-quart, tourné vers la corne qu’elle tient dans la main droite, sa chevelure ( ? ) tombant sur l’épaule  gauche.  Le chemin est encore long jusqu’à la Femme au Miroir de Titien mais la voie est ouverte.

 

A côté de la Venus de laussel, une autre Venus, exceptionnelle elle aussi mais pour d’autres raisons,  que l’on appelle la Venus à tête quadrillée : corps sans tête ou  presque , aux formes extraordinairement dessinées   qu’un pré-cubiste n’aurait pas reniées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 _____________________________________________________________

* Paul de Vibraye, en 1864 à Laugerie-Basse près des Eyzies qui appela sa découverte la Venus Impudique

 

 

 

 

 

+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ 

23 septembre 2009

ESSAI SUR LE BRAME DES CERFS

.

 

 

.

 

 

.

70×70 – huile s/toile – 19 septembre 2009 – JVL

.

.

.

 

Nous avons tous, à un moment ou à un  autre de notre vie, pensant déjà savoir que  le cerf bramait en automne, ce qui est déjà une erreur, pensé que le cerf bramait le soir, la nuit et le matin. Pour certains,  ce moment ou un autre aura duré la vie entière. Ce n’est pas très grave. Non, le cerf brame de la mi septembre à la mi-octobre environ, et ce du soir au matin mais, c’est comme pour le rossignol qui ne chante pas que la nuit, c’est la nuit que l’on entend le mieux. Enfin, entendait ( cf infra ).

Pourquoi du 15 au 15 ? Parce que sa durée d’activité sexuelle est d’un mois environ.

Tremblez,  pourfendeur de sexisme !   la duré de vie sexuelle de la biche, et donc ses appétits, dure d’une journée à une demi-journée. Cela s’appelle ne pas être gâtée  par la nature laquelle pourtant d’habitude se montre si généreuse..  Pensez-y si vous dites à quelqu’un qu’elle a des yeux de biche.

 

Tout ceci explique déjà beaucoup de choses.

 

Cherchez sur Google brame du cerf  et vous obtiendrez 79.000 résultats, la plupart des videos, et vraiment aucun article qui va vous éclairer vraiment. La plupart disent en d’autres mots , et parfois même pas : les reprennent, ce que disent les autres. Exemple : il y a 3 sortes de brame. Je passe. Autre exemple : pendant cette période, le cerf est agressif même envers les humains – je passe aussi, mais souligne le site de la Ville d’Arlon par exemple qui va qualifier d’ «  intrépides «  tous ceux qui du 15 au 15 vont s’aventurer dans les bois. Manière pour Arlon d’attirer les chalands en manque d’adrénaline et de décerner a priori la médaille communale du courage.

 

Tapez sur Google sexe, et vous aurez 41.500.000 résultats.

 

Tapez copulation du cerf et vous aurez «  n’est-ce pas population du cerf que vous cherchez « ?

 

Alors je vous livre quelques piste sérieuses, quelques réponses fiables. Je ne suis pas guide- nature, j’aurais voulu l’être, mais il m’arrive d’être sur le terrain, et d’ouvrir de bons livres.

 

Ce que vous pouvez oublier, même si c’est vrai – et ce l’est en l’occurrence mais c’est du people -   : les cerfs perdent jusqu’à 20 kg pendant cette période d’activité, dans le silence de la nuit les bois des cerfs qui se battent se heurtent dans un fracas assourdissant ( çà c’est inexact évidemment ) , les cerfs se blessent et meurent parfois d’épuisement d’être restés embroqués ( ce mot n’existe pas, mais il sonne si bien ).

 

En revanche, quelques  clefs plus sérieuses :  

 

Pendant l’année, les cerfs vivent entre mâles. Pas de femelles, pas de rejetons dans les sabots. Ils vivent ensemble de façon hiérarchisée : les jeunes font allégeance aux plus vieux lesquels les protègent  et les instruisent.

 

A l’approche du rut ( montée de la testostérone )  les dominants  vont rejoindre leur harde, c’est-à-dire les groupes de femelles lesquelles, avec leur jeune, vivaient séparément. Les autres cerfs, trop jeunes ( daguets ) ou trop faibles ou  trop moches vont errer plus ou moins seuls et viendront d’ailleurs tenter leur chance auprès des hardes dés que les vieux dominants seront fatigués , donc moins performants.

 

A ce stade, intervient une donnée curieuse, savoir que les cerfs, ou en tous cas certains d’entre eux,  qui se retrouvent  sans  femelles, peuvent parcourir de longues distances pour rejoindre les zones de rut  ( df p.ex. : http://www.weyrich-edition.be/fr/catalogue/auteur.php?A_ID=52 -  ,  Jean-Luc Duvivier de Fortemps, Seul parmi les cerfs, 2001 :  dans les grands territoires de chasse, les cerfs ont, d’instinct, des lieux de prédilection pour passer le rut, de même qu’ils en ont pour jeter leurs mues puis refaire leurs bois.

 

Cf également « Les habitudes du gibier » d’André Chaigneau,  Edition Payot, qui écrit :

« …il n’est pas rare de voir u cerf étranger venant de très loin pour monter les biches. Il s’agit souvent de mâles provenant de massifs pauvres en femelles ou trop riches en mâles et ne pouyvant se satisfaire, ces mâles font parfois, 50, 100 km et plus encore puis, satisfaits, reviennent au lieu de départ pour revenir l’année suivante… »

 

 

 

Il est  aisément vérifiable  - et une simple observation le renseigne  – que le brame se déroule toujours dans les mêmes zones ( par exemple, pour la Haute Ardenne, les lieux de brame, toujours les mêmes,  sont de 5 ou 6 ).  Mais il est vrai également ( je l’ai constaté, notamment ce 21 septembre 2009 ) qu’un cerf coiffé avec plusieurs biches  puisse reste dans une zone qui n’est pas une zone de brame, et que l’on peut ainsi dire qu’à tout le moins, tous les cerfs et biches ne vont pas tous vers les mêmes zones de brame répertoriées.

 

Dans les dites zones de brame, ( et certaines nuits  j’ai entendu jusqu’à 20 ou 30 cerfs  bramant tous azimuts ) , la densité de gibier est parfois fort élevée : biches et faons de l’année d’un côté, mâles de l’autre, chaque harde se déplaçant du reste dans les forêts ( mais restant semble-t-il dans un certain périmètre )  . Non seulement il est possible, en suivant le déplacement du bruit,  de  suivre le brame de tel cerf qui se déplace mais, avec un peu de chance et surtout beaucoup de persévérance et d’astuce  , on peut observer  de visu un groupe de biches et de faons évoluer dans la forêt de cache en cache et parcourir certaines distances, toujours  à proximité relative de leur mâle. Le b rame n’est donc pas un théatre statique d’acteurs plus ou moins  figés .

 

Au contraire : les animaux sont   extrêmement nerveux. Les biches sont farouches comme jamais, flanquées pour la plupart de leur jeune d e l’année qui a alors la taille d’un chevreuil.

Et les cerfs doivent être dans un état d’hystérie :  ils doivent tout à la fois protéger leur harde de départ, essayer de  conquérir l’une ou l’autre  biche supplémentaire,  défendre  ses biches contre  les cerfs errants qui n’ont pas de harde et, bien entendu, saillir à la demande, c’est-à-dire chaque fois que nécessaire ( et cela doit parfois aller très vite puisque la période de fécondation de la biche peut être d’une demi-journée seulement )  - tout cela en bramant sur tous les tons , sans prendre le temps ou presque ni de boire ni de manger ni de dormir…Autant dire que lorsque commence la chasse  (1 ) , à la fin du brame, les cerfs sont plutôt efflanqués…quand ils n’ont pas leurs bois cassés, un œil borgne, et des blessures qui cicatrisent toujours…

 

J’oubliais deux choses : la bagarre et la chandelle.

 

La bagarre, c’est le choc des mâles qui se ruent l’un sur  l’autre ; avant d’en arriver à cet affrontement viril, il leur arrive de se poursuivre sur quelques  dizaines de mètres, ; ils s’observent, se hument, évaluent… Il paraît qu’après le combat,  le vainqueur pousse  un brame qui est le plus beau de tous, le brame du vainqueur, avec à la clef toute la harde à couvrir…mais rien n’est moins sûr car une heure plus tard, un jour après, deux jours ou plus, peuvent arriver d’autres cerfs errants qui viendront le défier dans le même but,  ou encore d’autres dominants qui cherchent à acquérir quelques biches voire une harde supplémentaire.

 

Le vaincu, comme pour  les vaches d’Evolène  ( Valais suisse ) , est celui qui se détourne, s’en va.

Mais avant cela, le choc des bois : ce bruit, entendu dans le silence de la nuit, que j’ai pu entendre  il y a quelques jours venant de l’intérieur d’un boqueteau d’épiceas    à quelques dizaines de mètres de moi, est indescriptible. Les bois quand ils s’entrechoquent – et le choc est violent, on perçoit bien cette violence -  forment un bruit sourd assorti d’une légère musicalité plus douce et d’une douce résonnance. Et surtout l’on devine : l’on devine entre deux chocs,  dans  l’intervalle  mort qui suit, les deux animaux qui reculent, suant et soufflant,  se jaugeant encore, baissant la tête et fonçant à nouveau l’un sur l’autre.

Le dernier combat que j’ai entendu très clairement dans la nuit a duré plus d’une minute et moins de deux ; pendant ce temps, je voyais dans le contre-jour du soleil finissant, quelques-unes des biches de la harde, à quelques dizaines de mètres du combat qui curieusement semblaient peu concernées puisqu’elles broutaient .

 

 

La chandelle, enfin.

C’est cette curieuse et spectaculaire ruade que fait le cerf pour se dégager de la biche lorsque l’accouplement est terminé ; bien souvent sous la violence de cette ruade, la biche est projetée vers l’avant.

Raison de cette ruade ? Mystère. Que les biologistes peut-être ont déjà percé, s’il s’agit,  par exemple, d’une particularité anatomique chez l’un ou l’autre qui oblige pour le descellement un coup  de rein aussi violent. 

 

La biche est considérée comme l’animal incarnant la douceur ( Walt Disney…) et l’innocence martyrisée – ceci est peut-être expliqué par cela, mais en ce cas, est-on si sûr que la chandelle soit une épreuve douloureuse pour elle ? N’est-ce pas faire vite en appliquant aux animaux des données  explicatives purement humaines ?

 .

 

 

 

 

.

 

 

 

 

 

Le cerf est un animal mythique : déjà représenté au paléolithique ( Lascaux, pour ne citer qu’elle )  et de manière ininterrompue jusqu’au néolithique où le cerf est ramené schématiquement à un rectangle sur pattes sommé d’une courbe elle-même barrée de hachures horizontales censées représenter la ramure

.

cueva  de rosa – oxyde de fer – photo jvl

, puis le général romain Placide qui deviendra St-Eustache, puis plus près de nous Hubert qui deviendra St-Hubert …

 

 

 

 

———————————————————————————————————————————–

En réalité, et c’est scandaleux, sauf à considérer qu’il s’agit alors de tirs bien ciblés, des tirs de sélection en quelque sorte , la chasse au cerf a déjà commencé lorsque le rut commence : cf  Arrêté  du Gouvernement Wallon  , 

Art. 4.

Les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse à tir à l’espèce cerf sont fixées comme suit :

1° cerf boisé :

a) à l’approche et à l’affût : du 1er octobre au 31 décembre. Toutefois, la chasse à l’approche et à l’affût du grand cerf portant à chaque perche un minimum de trois andouillers au dessus de l’andouiller médian est autorisée dès le 21 septembre;

b) en battue et au chien courant : du 1er octobre au 31 décembre;

 

.

 

.

=================================================================== 

 

28 septembre 2008

Et si l’OMBRE projetée était à l’origine de l’art….

Classé dans : commentaires, paléolithique, peintres — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 22:29

 

Si je suis à ce point passionné par  l’art rupestre et pariétal paléolithique , c’est pour de nombreuses raisons dont la principale est  qu’il s’agit là ( vers 30.000 ou 34.000 d’ans d’ici ) de la toute première manifestation de l’homme visant à créer une image  qu’elle soit figurative  comme la représentation d’un animal ou non figurative  comme les signes, lesquels semblent être apparus tous deux en même temps ou presque .

 

Les premières représentations  semblent être la représentation des mains, en négatif ou en positif, par le système consistant à enduire l’intérieur de la main de pigments puis à l’appliquer sur le rocher à la manière d’un tampon ( main positive ), ou de poser la main à plat sur la paroi puis souffler ( certains pensent qu’ils crachaient le pigment qu’ils s’étaient mis en bouche, d’autres pensent qu’ils soufflaient  les pigments  avec une tige creuse à la manière d’un tube ( mains négatives ).

 

Ces mains apparurent un peu partout vers 30 à 34 000 ans d’ici, en Europe ( on en voit en Dordogne, en Espagne notamment ) mais aussi en Asie ( Indonésie notamment ) à la même époque .

La question de savoir pourquoi les hommes  et les femmes se sont mis, un jour, à créer des images est passionnante, et  ce d’autant plus que la réponse scientifique ne sera sans doute jamais acquise.

 120x180-26-sept08-blog.jpg

120x180 - huile s/ toile - JVL - 26 septembre 2008

Si l’on veut essayer de répondre à cette question, il faut donc, avec les moyens dont on dispose, élaborer des théories, lesquelles seront plus ou moins susceptibles de contenir la vraie explication selon que l’on aura pu mettre en œuvre, pour y arriver, des moyens et des connaissances approfondis. Ce n’est pas mon cas, mais j’ai ma petite idée là-dessus…

 

Dés qu’il y a lumière, il y a ombre.

L’ombre au sol de l’homme qui marche.

Ce phénoméne a dû être perçu par l’hominidé  dés qu’il en eut les moyens, et petit à petit, de mille ans en mille ans, l’ombre , qui était devenue banale dans sa perception, a dû faire l’objet d’attention à défaut de réflexion.

 

Il est indéniable qu’à un moment l’hominidé s’est rendu compte que l’ombre, sa propre ombre mais aussi toutes les ombres – celle des arbres, des montagnes, d’une feuille – constituait le double de lui-même : un double tout plat, sans couleur, mais l’exacte reproduction, en mouvement si le sujet était lui-même en mouvement, de son corps, de l’arbre au soleil, d’un rocher sous la pleine lune.

 

L’hominidé s’est  bien rendu compte que l’ombre était rigoureusement attachée  au sujet qui la produisait et qu’elle n’existait pas en elle-même,  qu’elle en suivait en quelque sorte tous ses faits et gestes, et qu’il était impossible de l’en dissocier.

 

A l’ombre, il faut ajouter le miroir : l’eau qui renvoit l’image et qui la dédouble.

Le visage de l’homme qui se penche sur l’eau ou encore  le paysage qui est renvoyé en double par la surface d’un lac.

 

Le soleil et la lune ont donné l’ombre statique.

Le feu donnera l’ombre animée à cause du mouvement des flammes.

150x150-23-sept08-blog.jpg

 150x150 - huile s/ toile - JVL - 23 septembre 2008


L’époque de la domestication du feu est discutée : certains prétendent pouvoir la faire remonter à 600.000 ans ( grotte de l’Escale à Saint-Estève-Janson, dans les Bouches-du-Rhône, tout près du Luberon  )  mais plus généralement on considère que  le feu a été domestiqué  il y a environ 450.000 ans (   voir notamment :   http://www.musee-terra-amata.org/  ….Alors que les premiers outils en pierre remontent à 2,5 millions d’années, les plus anciennes structures de combustion datent d’environ 450 000 ans. La grotte de Menez-Dregan, dans le Finistère, a livré plusieurs foyers dont le plus ancien remonterait à cette époque. Dans le gisement de Terra Amata (Alpes-Maritimes), plusieurs foyers (datés de 380 000 ans) étaient aménagés dans de petites fosses ou sur des dallages de galets.
A partir de 350 000 ans, les traces de domestication du feu sont de plus en plus probantes et nombreuses. Par la suite, la fréquence des foyers augmente encore nettement, à tel point que, dans les habitats bien conservés, c’est leur absence qui paraît étonnante…

Les premières peintures – connues à ce jour – remontent  tout au plus à  30 ou 34.000 ans d’ici ( Grotte Chauvet  par exemple ).

Il aura ainsi  fallu à l’hominidé, dans l’état actuel de nos découvertes,  400.000 ans  pour prendre conscience de l’ombre projetée  et arriver   à  la dissocier de sa source,  la rendre autonome.

Lorsque le chasseur  ( c’est un cliché évidemment : ce peut-être la chasseresse, ou n’importe qui  s’est éloigné de l’abri et qui y rentre…)  revenait le soir  vers la grotte dont l’entrée servait  d’habitation, les feux allumés  lui renvoyaient sur la paroi des rochers, en les grossissant, les personnages et les scènes qui se jouaient autour des feux allumés. Le chasseur qui rentrait le soir pouvait, de loin déjà, voir les scènes et les personnages animés, les ombres parfois difformes sur le relief des parois

L’ombre animée, visible parfois de loin alors que le sujet qui la provoquait était peut-être hors de la vue,  dut petit à petit gagner son autonomie :  petit à petit, l’homme fut amené à la dissocier de celui qui la provoquait et petit à petit, l’homme put la considérer comme chose à part entière.

Cette – oserais-je dire – prise de conscience dut intervenir dans l’apparition du dessin, de la peinture, de cette image à ce point autonome qu’elle pouvait être créée de toute pièce par un geste sur la paroi…

Dans ce cas, l’image dessinée un jour par l’homme,  ne fut devenue possible que dans la mesure où l’hominidé put la dissocier de son modèle :  l’image devrait en cette hypothèse  son existence  à l’autonomisation  du reflet ou de l’ombre.

150x150-28-mars-au-17sept-blog.jpg

 150x150 - huile s/toile -  JVL  -  17 septembre 2008



En disant cela, je ne dis rien, bien entendu, de l’ extraordinaire phénomène qui conduit l’homme, un jour, au besoin de dessiner, de porter hors de lui et de mettre sur une paroi rocheuse, au moyens de pigments naturels,  des images qui lui étaient familières  ( des animaux par exemple ) et en quelque sorte, dans un but qui restera sans doute à jamais ignoré, de rendre potentiellement  public* , c’est-à-dire visible par tous,  des choses qui étaient visibles dans la nature environnante.

180x180-16-sept08-blog.jpg

 180x180 - huile s/toile  -  JVL -  16 septembre 2008

Dans la grotte de Font-de-Gaume  j’ai pu me retrouver un jour seul avec un guide, et nous avons visité, à mon rythme, divers endroits de la grotte. Le guide allumait  et  éteignait sa torche ; à un moment, elle  l’alluma à un certain endroit, au pied de la paroi, et l’ombre projetée plus haut sur la paroi ( à cause du profit d’une petite crète rocheuse à l’avant-plan )   représentait un bison…un bison qui bougeait avec la lampe qui bougeait…pareille scène a du se produire, il y a 34.000 ans, lorsque l’homme était dans la grotte avec sa torche ou, plus vraisemblablement,  avec sa lampe à graisse…

 

 

 

*même si, on le sait bien, la plupart des dessins, gravures et peintures  étaient réservés aux endroits précisément peu accessibles :  le fond des grottes que l’on appelle aujourd’hui les sanctuaires profonds.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Propulsé par WordPress