blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

3 octobre 2009

HOMO SPECTATOR ou l’homme qui a vu son image

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L’ Homo spectator, de  Marie-Josée MONDZAIN , éd. Bayard.

 

 

 

 

Sur la couverture du livre , une main préhistorique en négatif.

Je ne sais plus de quelle grotte elle est tirée : les mains, négatives ou positives, existent dans de très nombreuses grottes ( Sahara, Borneo, Bush australien, Patagonie argentine, et en France : grottes COSQUER   (2) et grotte de GARGAS ( 3)  notamment  pour lesquelles elles sont attribuées au gravettien càd environ -27.000 ans avant le présent  ).

J’ai eu le livre en main lors de sa parution, mais ne l’ai pas acheté car je me suis rendu compte que la partie de l’ouvrage consacrée au dessin préhistorique, à l’origine du dessin et de la peinture,  était assez réduite et que le propos du livre dépassait largement le cadre de la question de la  naissance de la peinture.

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Grotte CHAUVET – main négative

 

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50×50- 13 aout 09 – huile s/toile – JVL

 

Un  ami  m’a récemment envoyé un large extrait de l’ouvrage, celui-là  même qui traite de la naissance de la peinture. J’ai donc pu le  lire.

 

Philosophe,  directrice  de recherche au CNRS, membre du centre Marcel Mauss de l’EHESS Paris, Marie-José Mondzain développe  depuis des années une réflexion sur les différents régimes de l’image dans divers contextes historiques.

D’où l’essentielle  et passionnante question de ses origines.

 

Homo spectator, c’est l’homme qui le premier, dans l’obscurité d’une caverne, a inscrit une trace hors de lui, écrit l’éditeur dans la présentation du livre.

 

PAIR NON PAIR       ( Gironde ) a été gravé à la lumière du jour fournie par un oculus au-dessus des gravures aurignaciennes ( de -33 à – 26. Avant JC, soit de -35 à – 28.  du présent ).

A l’entrée de la grotte HORNO DE LA PENA ( Cantabria ) se trouve un cheval gravé datant  du paléolithique , gravé à la lumière du jour.

 

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50x50 - 5 juin 2009 - huile s/toile - JVL
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 50x50-6 juin 2009 - huile s/toile - JVL

 

 

 

Dans le cadre de l’examen  que va tenter MONDZAIN de la question de la naissance du dessin et de la peinture , la seule hypothèse  qu’elle retiendra est celle de l’homme , pour ce faire, s’enfonçant dans les ténèbres de la grotte ( p. 26 )

 

Elle ajoute ( ibid.) ces lieux sont choisis pour les images et souvent pour le culte des morts.

-         L’homme dans les entrailles de la terre : on comprend que cette image est nécessaire à MONDZAIN, pour ce que cela  va lui permettre d’en tirer, mais cette image comme la seule qui a pu permettre le dessin ou la représentation,   est erronnée.   

L’ idée de sanctuaire profond comme seul lieu des premières représentations humaines , séduisante évidemment parce qu’il y a les ténébres, la matrice etc…  est une thèse qui a dû être abandonnée  récemment avec la découverte de sanctuaires paléolithiques en plein air  (  Foz Coa  au Portugal ) .

Il n’en reste pas moins vrai que des peintures ont été faites dans des   sanctuaires profonds   mais ceux-ci n’ont pas l’exclusivité dont le caractère – erroné malheureusement – plaît tant à l’auteure.

 

-         ces lieux sont choisis pour les images et souvent pour le culte des morts : non, les grottes ornées, sanctuaires profonds,  n’ont pas servis, du moins au paléolithique, pour le culte des morts.

 

-         Le dessin des mains comme premier dessin de l’humanité  :  c’est l’hypothèse que MONDZAIN retient du moins implicitement.

Je suis moi-même à la recherche de ce qui a bien pu être la première représentation ou dessin fait par l’homme.

Les seules traces que l’on connaît sont celles présentes sur les parois ( les plus anciennes : env. -34.000 ans sur base de la science actuelle ) , mais rien n’indique que ce serait la représentation  sur paroi   ( 1  )  qui serait  la première manifestation de ce genre , et rien ne permet non plus  d’affirmer que  représentations  de  mains serait la première manifestation. Par exemple, les mains négatives de GARGAS ou de COSQUER sont datées du gravetien, soit env. -27.000 avant le présent, alors que, par exemple, les datations effectuées en 1995 dans la grotte  CHAUVET révèlent que  certains dessins remontent à – 32.400 .

Il paraît donc certain , au stade des découvertes actuelles, que les mains négatives ou positives, ne constituent pas la première représentation réalisée par l’homme.

 

-         L’utilisation de pigments   mis en bouche  et soufflés et projetés sur la paroi   :

là aussi, on comprend combien l’auteur aime cette image ( en soi pas inexacte , car il est vraisemblable que ce procédé a été utilisé )  pour tout le parti qu’elle va pouvoir en tirer. Deux critiques historiques :  il n’est pas absolument certain ( mais seulement hautement probable )  que cette technique ait   bien été utilisée ; plus certaine paraît  la technique utilisant la bouche mais seulement pour le souffle qu’elle produit dans une espèce de paille qui envoie  l’air sur les pigments lesquels atterrissent sur la paroi. Ne parler que de la technique du pigment dans la bouche , semble bien là aussi privilégier une hypothèse pour tout le suc qu’elle contient , mais au détriment de la vérité historique ( laquelle n’est du reste pas fixée ).

 

 

 

 

 

-         La différenciation sexuelle dans la représentation :

j’ai vu de mes yeux  en de nombreux endroits ce que les guides appellent des dessins vulvaires, ou mieux encore ( grotte des Combarelles ) la gravure d’un triangle percé en quelque sorte par un double trait : aucun doute pour le guide, qui le tient de paléontologues, il s’agit-là d’un dessin vulvaire et d’un pénis le pénétrant.

Je suis toujours resté assez sceptique sur l’attribution formelle donnée par la plupart de ce qu’il s’agissait bien de représentation d’organes tantôt féminins, tantôt masculins.

Quand on voit, à travers l’Europe, la diversité et la richesse des signes ( aviformes, tectiformes , campaniformes …etc :   pour les   classer  - puisqu’il faut classer, nommer, énumérer.. ! –    on leur a  attribué  des parentés avec  quelque chose de connu : un oiseau, un toit, une cloche… etc ), de signes totalement incompréhensibles, genre de rateau, de rectangle avec traits divers, de traits plus ou moins rangés en séquences, de ponctuations  - quand on voit donc la diversité et la richesse des signes dessinés sur les parois ( début d’un certain langage écrit ? ) , il me paraît audacieux d’ affirmer , face à une espèce de triangle barré verticalement par un trait,  qu’il s’agit là de la représentation du sexe féminin.

 

Mme MONDZAIN, qui n’est ni historienne, qui  délaisse la critique historique, qui n’est pas paléontologue, mais qui est philosophe – et c’est heureux -, utilise donc pour  sa brillante monstration des  éléments qu’elle tient définitivement  pour  simplement  avérés, alors qu’ils  ne le sont pas et se voient pour certains  régulièrement remis en cause par exemple par de nouvelles découvertes archéologiques -.

Et lorsque l’on se rend compte de cela, on  éprouve une certaine méfiance à l’égard d’une auteur et d’un texte construit comme pour le plaisir de son auteure qui a trouvé dans la préhistoire des éléments dont elle a bien senti  avant même de les organiser entre eux comme elle le fait, qu’ils allaient magnifiquement  la servir.

 

Voilà donc ce qui gâche mon plaisir face à un texte qui va loin dans l’analyse, et qui reste pertinent sur l’essentiel (  « … mais vient alors le troisième acte : l’acte décisif : c’est le geste de retrait.Il faut que la main se retire. Le corps se sépare de son appui.Mais ce n’est pas sa main maculée de pigments que ml’honne regarde car apparaît devant les yeux l’image, son image, telle qu’il peut la voir parce que sa main n’est plus là (…) Se retirer pour produire son image et la donner à voir aux yeux comme une trace vivante mais séparée de soi  -  ibid.p.29  )    malgré la coupable faiblesse qu’a eue son auteure qui  a monté une belle construction  ( comme telle, elle reste belle – mais cela s’apparente alors plus à  exercice de style ) sur des bases malheureusement mouvantes et, pour certaines, inexactes…

 

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(1)     On considère assez généralement que la pratique de la  peinture corporelle serait bien antérieure à l’utilisation de cette peinture pour la représentation pariétale ; de même, rien ne permet d’exclure que des motifs de représentation ornassent des éléments mobiliers, bien avant la peinture pariétale ( os, pierres, bâton ) , et ce serait alors à la pérennité seule possible pour les parois de certaines grottes que nous devrions aujourd’hui de considérer que les premières manifestations d e peinture seraient  pariétales.

(2)      Grotte COSQUER ( près de Marseille ) : plus de 50 mains y sont représentées  avec la particularités qu’à     toutes il manque des phalanges – alors qu’à ce jour aucun squelette du paléolithique supérieur ne présente des phalanges manquantes ( Jean CLOTTES )

(3)      

Grotte de GARGAZ ( Pyrénées orientales ) : environ 200 mains négatives dont la moitié présente des phalanges incomplètes.

Les mains dans ces deux grottes sont datées  du gravettien soit env. – 27.000 avant le présent.

 

 

 

 

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2 octobre 2009

L’ agnus dei de PAIR NON PAIR

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La grotte de PAIR NON PAIR ( côte de Bourg, Gironde ) a été découverte  en 1881 par un natif de Bourg, François DALEAU.

 

L’une des plus belles gravures ( elles sont toutes aurignaciennes, càd -30.000 ans  env. avant le présent ) , face à l’entrée, à droite, est un cheval tournant la tête vers l’arrière à 180 degrés, encolure en parfait arc de cercle.

 

On connaît cette figure biblique de l’agnus dei, mouton cette fois puisqu’il s’agit d’un  » agnus  » , représenté maintes fois en peinture, par les dits Primitifs flamands notamment ( mais je viens d’aller vérifier : l’agnus dei de VAN EYCK, dit l’Agneau Mystique, est un agneau bien droit sur ses pattes, la tête dressée tournée vers le spectateur qui le découvre de face ).

 

En allant à PAIR NON PAIR, je suis passé par TAURIAC, petit village  dont  la France  a le secret,  et me suis arrêté tant le soleil du petit matin rasant l’égl!ise romane à peine visible à travers les arbres de la petite place, me faisait une invitation forte.

Ai donc pris quelques photos de cette église romane, chef d’oeuvre silencieux dans la campagne déserte, et surtout une photo du tympan droit.

 

Le guide de PAIR NON PAIR, à qui je parlais de ma découverte à Tauriac me demanda si j’avais vu l’agnus dei sur le tympan droit de l’église. Je lui répondis que je ne l’avais pas formellement vu mais qu’il devait être sur l’une de mes photos. 

 

Ce matin-là, parce que j’étais fort en avance sur l’horaire ( les visites ne commençaient qu’à 10h ) , et parce que j’avais sympathisé avec cette personne par ailleurs responsable des lieux, le guide me proposa une visite  pour moi seul. C’est le genre de situation qui s’est déjà produit ailleurs, et ce sont pour moi, chaque fois, des moments privilégiés.

 

Nous voici donc face au cheval retourné :

 

 

Et le guide m’expliquer que sur le tympan droit de la façade de l’église de TAURIAC, se trouve un agnus dei, auquel DALEAU s’est référé lorsqu’il a découvert le cheval de PAIR NON PAIR.

 

 

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Eglise romane de Tauriac, tympan droit.

 

 

 

 

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ARCHITECTURE CONTEMPORAINE A PAIR NON PAIR

 

 

 

 

 La grotte de PAIR NON PAIR ( Gironde ) a été découverte en 1881 par DALEAU, historien et paléontologue né à Bourg ( Gironde ).

 

L’ histoire de la datation des gravures découvertes est intéressante : la grotte était remplie quasi jusqu’au plafond de terres que DALEAU dégagea progressivement, procédant par méthode stratigraphique avant la lettre. Il découvrir ainsi du matériau ( os, objets divers ) qui purent être datés avec certitude comme étant de l’époque aurignacienne ( – 30.000 environ avant le présent ). Au fur et à mesure de ses déblaiements, il mettait à jour  les gravures lesquelles, bien entendu, ne pouvaient être postérieures à l’époque des objets découverts dans les terres dégagées.

Ces gravures, qui font l’objet d’autres publications sur ce blog -  ( voir p.ex. l’Agnus Dei ),  remontent donc à l’aurignacien.

 

Un bâtiment contemporain vient d’être construit pour accueillir les visiteurs, inauguré en 2008.

Il est dû à l’architecte bordelais Patrick HERNANDEZ qui réussit là un pari ingénieux, par le choix des matériaux ( des madriers de bois )  et l’image générale du bâtment dont le péristyle ( madriers dressés ) est reliée à l’idée de mégalithes.

 

 

L’entrée des visiteurs est à droite; la fenêtre que l’on voit, sans chassis, donne sur un patio.

 

à gauche, de petits escaliers mènent les visiteurs vers l’entrée de la grotte.

 

 petit patio à gauche en entrant.

 

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couloir d’entée : à droite, la caisse, librairie et acceuil

 

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au bout du couloir, l’un des éléments les plus intéressants de l’ensemble : une porte, constituée de ces madriers de bois que l’on trouve partout dans le bâtiment, pivotant sur un axe décentré.

 

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le côté du péristyle faisant couloir menant à la sortie vers la grotte.

 

 

Il n’y paraît pas sur ces photos mais tout est en bois : les sols, les plafonds.

Le bâtiment suit la légère déclivité du terrain, collant à lui puisqu’il est sensé sommer la grotte, et ce détail, à peine perceptible, indique combien l’architecte a  respecté des lieux.

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Il vous reste à suivre les panneaux…

 

 

 

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