La cafetière - huile s/toile - 100x80 - 19 février 2008
Alain Robbe-Grillet a disparu : pas de l’Académie Française dont il était sans y être jamais,
mais il est mort, bêtement, comme tout le monde.
Il me doit les pires moments de gêne que j’ai jamais connus.
J’étais interne dans un Collège très fermé deFranciscains, maisle titulaire de rhéto - à fleuret très moucheté s’entend – nous ouvrait les yeuxsur un monde de culture, de nouveautés et d’invention : le Nouveau – Roman venait d’éclore, et nous étions dans l’euphorie –en pareil endroit, cela avait un sel un peu surréaliste – de cette littérature puissamment nouvelle, et nous avions un réel plaisir de faire se chevaucher sous la houlette éclairée de cet aristocratique Franciscain raffinéles textes de Thucydides, Platon, Tacite, Giraudoux, Saint-John –Perse, Ionesco, Joyce, Nathalie Sarraute et Robbe-Grillet.
J’avais ainsi, fort de cetteculture avant-gardiste dont je me sentais un peu le dépositaire et qui à 17 anslégitimait toute forme d’audace, emmené mon Oncle au cinéma voir « Trans-Europ-Express « de Robbe-Grillet. Je savais peu du film, si ce n’est l’essentiel, savoir qu’ilétait du pape du Nouveau-Roman et qu’il était donc « spécial « - donc, à voir.
Mon oncle en savait encore moins que moi, puisqu’il n’ne savait rien du tout.
Nous voici donc embarqués , moi sortant de mon internat pour de courtes vacances, et lui dans le rôle d’un accompagnateur de totale bonne volonté mais à l’époque assez hermétique à toute forme d’avant-garde.
Trans-Europ-Express est un film noir et blancoù, horreur, s’étalent de façon décousue les fantasmes de Robbe-Grillet…Et quand je dis s’étaler, je dis bien : je reverrai toujours cette séquence ( entre autres ) d’une longueurinterminable où une femme nue, assise àgenoux sur un plateautourne lentement pendant qu’autour d’elle s’enroule une chaine aussi grosse qu’une chaîne d’amarrage…interminable etglaçant. Je neme suis jamais senti aussi mal à l’aise, ni pendantni après, et je n’ai jamais été aussi hors d’un film que ce soir-là, tant j’étais pétrifié, plus bien entendu par la présencesilencieuse à mes côtés, que par les images.
Je sais en tous cas que je m’étais guéri, ou qu’en tous cas que j’avais recherché la guérison un peu comme on peutchercherà se racheter une conduite, par la lecture d’un essai satirique sur le Nouveau-Roman qu’avait à l’époque publiél’élégant Pierre de Boisdeffre, de l’Académie Française ( ? ) , essai dont le titre ironique était « La Cafetière est sur la table « . J’avais trouvé le titre fort amusant, mais le café un peu tiède….
La cafetière est sur la table
Alain Robbe-Grillet n’est plus.
Alain Robbe-Grillet a disparu : pas de l’Académie Française dont il était sans y être jamais,
mais il est mort, bêtement, comme tout le monde.
Il me doit les pires moments de gêne que j’ai jamais connus.
J’étais interne dans un Collège très fermé de Franciscains, mais le titulaire de rhéto - à fleuret très moucheté s’entend – nous ouvrait les yeux sur un monde de culture, de nouveautés et d’invention : le Nouveau – Roman venait d’éclore, et nous étions dans l’euphorie – en pareil endroit, cela avait un sel un peu surréaliste – de cette littérature puissamment nouvelle, et nous avions un réel plaisir de faire se chevaucher sous la houlette éclairée de cet aristocratique Franciscain raffiné les textes de Thucydides, Platon, Tacite, Giraudoux, Saint-John –Perse, Ionesco, Joyce, Nathalie Sarraute et Robbe-Grillet.
J’avais ainsi, fort de cette culture avant-gardiste dont je me sentais un peu le dépositaire et qui à 17 ans légitimait toute forme d’audace, emmené mon Oncle au cinéma voir « Trans-Europ-Express « de Robbe-Grillet. Je savais peu du film, si ce n’est l’essentiel, savoir qu’il était du pape du Nouveau-Roman et qu’il était donc « spécial « - donc, à voir.
Mon oncle en savait encore moins que moi, puisqu’il n’ne savait rien du tout.
Nous voici donc embarqués , moi sortant de mon internat pour de courtes vacances, et lui dans le rôle d’un accompagnateur de totale bonne volonté mais à l’époque assez hermétique à toute forme d’avant-garde.
Trans-Europ-Express est un film noir et blanc où, horreur, s’étalent de façon décousue les fantasmes de Robbe-Grillet…Et quand je dis s’étaler, je dis bien : je reverrai toujours cette séquence ( entre autres ) d’une longueur interminable où une femme nue, assise à genoux sur un plateau tourne lentement pendant qu’autour d’elle s’enroule une chaine aussi grosse qu’une chaîne d’amarrage…interminable et glaçant. Je ne me suis jamais senti aussi mal à l’aise, ni pendant ni après, et je n’ai jamais été aussi hors d’un film que ce soir-là, tant j’étais pétrifié, plus bien entendu par la présence silencieuse à mes côtés, que par les images.
Je sais en tous cas que je m’étais guéri, ou qu’en tous cas que j’avais recherché la guérison un peu comme on peut chercher à se racheter une conduite, par la lecture d’un essai satirique sur le Nouveau-Roman qu’avait à l’époque publié l’élégant Pierre de Boisdeffre, de l’Académie Française ( ? ) , essai dont le titre ironique était « La Cafetière est sur la table « . J’avais trouvé le titre fort amusant, mais le café un peu tiède….