blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

15 octobre 2010

DE TOUT , UN PEU – Metz-Basse

 

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METZ   BASSE

 

DE  TOUT  UN  PEU

 

 

ABUS  DE  CHEFS  D’ŒUVRE

 

 

Le Musée Beaubourg de Metz, pour son exposition inaugurale qui est prolongée jusqu’ au 17 janvier en 2011 et qui porte le titre de «  Chefs- d’œuvre « , 

aborde plus la question de ce qu’est le chef d’œuvre, qu’il n’en montre.

 

D’où ce jeu de mots facile de ma part,  que vous ne me reprocherez pas   - Metz Basse  – ,  moi en effet qui attendais  un florilège genre Grand-Metz.

 

D’emblée,  je vous livre ce qui pour moi  constitue de véritables perles :

 

Un tryptique nommé BRAQUE :

-          Un Fauve somptueux dans un encadrement de bois blond :  petite alcove derrière un Simon Hantaï rouge ;

-          Un Braque des années 33 : piano, deux personnages, dans un salon embourgeoisé qui est sauvé de la vulgarité par la cassure médiane et surtout par l’emploi de  jaunes impossibles  et de verts kaki pour quatre panneaux constituant le mur ou les murs du fond ;

-          Un Braque des années 60, un an avant sa mort : un   oiseau de paix  dans un empâtement propre à l’époque qui vit fleurir les matiéristes.

 

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Un Nu nommé Matisse :

années 31 et 32 sauf erreur, ce nu insolent, travaillé et retravaillé, laissant voir en transparence les histoires des errements de Matisse,  est resté dans l’atelier de matisse jusqu’à la mort de celui-ci.

Cela en dit long sur ce que pouvait représenter ce tableau pour Matisse, et vous n’en serez qu’à moitié surpris tant à vous-même, dans la première vision de sa découverte déjà, il s’est imposé à vous, avec force et douceur, autorité et humilité, justesse de ses traits compliqués, à-propos des couleurs…

Extrêmement intéressant : des photos, nombreuses, prises par Matisse lui-même,  relatant les avancées successives dans la réalisation du tableau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Giuseppe PENONE - détail de son installation ( tronquée malheureusement ) 

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MATISSE, et son Nu  - au fond, l'installation de Giuseppe PENONE. 

 

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L’ensemble de  l’accrochage  ( évitez de vous demander le pourquoi de la présence de telle toile et, surtout, la raison de son accrochage à côté ou en face de telle autre ) donne une agréable sensation de De tout un peu , et  parfois ( c’est le cas au second, là où se trouve emmêlé avec d’autres œuvres qui feraient fuir les amateurs d’une vente publique, un NU  de MARQUET , format carré, modèle frontal, arrogance éteinte, chaînettre au cou et pendants d’oreilles, cheveux courts, pose étudiée pour éviter une redite de l’origine du Monde ) doucereusement bric-à-brac impertinent, acidulé comme l’est la présence, à divers endroits,  de Martial RAYSSE au mieux de sa forme.

 

Un bémol : un accrochage malheureux pour ce qui est de plusieurs œuvres importantes :

-          l’écriture rose  de Simon HANTAI,  est plantée juste avant louise Bourgeois, mais surtout sur un pan de mur étriqué, de plus dans un environnement sonore ( videos mal contrôlées à proximité relative ) iconoclaste.

-          L’installation de PENONE, feuilles de lauriers  dans des treillis, percée de part en part parce que se trouvant dans le sas d’entrée du second étage, est totalement défigurée ;

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 DERAIN - mais c'est à BRAQUE que l'on doit le plus beau Fauve.

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Un tableau de la fin du XiXème S. incontestablement Pompier, d'une grande qualité formelle, 
et qui qui repose la question de l'oubli
frappant des peintres adulés de leur vivant.

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Une enfilade nommée POLLOCK, ERNST, PICASSO, ARP, GIACOMETTI                , BRANCUSI , DUCHAMP.

Scénographie parfaite pour cette enfilade de chefs d’œuvre :

-          Un Jean ARP exceptionnel , encadré à  droite de GIACOMETTI, et à gauche d’un POLLOCK de 49 blanc, gris et noirmonumental ,

-          Suivi d’un bronze de max ERNST lequel est suivi d’un PICASSO digne d’un grand musée ;

-          Plus loin, BRANCUSI, et une tête de  DUCHAMP.

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Jean ARP, flanqué de Giacometti, et d'un POLLOCK de 1949

 

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Bronze de Max Ernst, et Picasso 

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 DUBUFFET  et la  vue sur Metz

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 Rodin

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D’autres œuvres, plic ploc ,  à épingler dans cet aimable fouillis :

-          Deux collages ( à des étages différents  )  de Juan GRIS, qui rappellent que cet artiste, mort à 40 ans, possédait une créativité maîtrisée d’un niveau que peu ont atteint dans cette forme d’expression ( SCHWITTERS peut-être, du reste absent de cette exposition ) mais selon moi ni BRAQUE, ni PICASSO.

-          Un portrait de  LATOUR, qui jouxte un RIBERA, juste  avant  que vous ne soyez  confronté  avec un portrait de la Reine de France par  NATTIER laquelle lorgne vers un MARAT ASSASSINNé, peint à l’identique par un  disciple de DAVID.

 

 

 

 

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3 juin 2010

L ‘ art d’aujourd’hui est-il toujours contemporain

 

L’œuvre d’art et la création contemporaine

Louise BOURGEOIS vient de décéder.

Un  monument  de la création contemporaine.

Celui qui ne sait que sa mère travaillait les tissus, et que son père  montrait à la petite Louise, en pelant une orange, qu’elle avait un zizi (  c’est Louise Bourgeois elle-même qui le dit dans une video que j’ai vue il y a peu lors de la rétrospective à POMPIDOU , en pelant à son tour l’orange comme son père la faisait ) saisira moins facilement le comment et le pourquoi d’une grande œuvre.

Curieusement, et cela soulage un peu, personne ne s’est jamais demandé à son propos si elle faisait de l’art contemporain ou non.

Elle faisait, c’est tout  .

Sa riche, complexe, insatiable, prolifique  et féconde personnalité faisait – mais toujours rebattait les mêmes souvenirs, les mêmes blessures.

Il est de bon ton – et c’est heureux aussi, tout est heureux – de se demander, car notre époque aime à réfléchir, du moins à poser des questions, beaucoup de questions, et donner la parole à beaucoup de gens, beaucoup de monde, lequel non seulement prend cette parole mais se plait à disséquer car aujourd’hui beaucoup savent disséquer, voire disserter, et quelque fois les propos sont pertinents  – il est de bon ton donc, aujourd’hui, de se demander ce qu’est l’art contemporain et surtout d’apporter une réponse qui le plus souvent – c’est cela qui est un peu crispant, l’univocité de la réponse –  celle-ci : l’art contemporain, l’artiste contemporain est celui qui interroge la société dans laquelle il vit.

 

Il y a quelques variantes à cette réponse, mais majoritairement, chez les décideurs culturels, c’est cette réponse qui prévaut.

La question a toujours été posée : Duccio était-il contemporain ?  Et Rops – oui Rops était contemporain , dit-on, car il dessinait les travers de son époque. Ah bon ?

Ambiguité déjà : est-on, quand on est artiste, contemporain parce que l’on prend en compte l’époque dans laquelle on vit,  ou parce que l’on interroge et se place dans les problèmes  de son époque, dans sa sensibilité.

Et les grands mots sont lâchés.

Je me perds déjà , évidemment que je me perds : comment faire tenir un tel sujet en une page, alors que des bibliothèques ne cessent aujourd’hui de s’ajouter aux bibliothèques existant déjà  sur le sujet.

L’exposition  CANVAS COLLECTIE-COLLECTION RTBF  au Bozar  vient de donner de beaux éclairages sur le sujet  – de futiles aussi.

Finement, la question  y  était posée non de ce qu’était une oeuvre d’art contemporaine, et donc un artiste contemporain ou de son temps, mais bien ce que l’on avait à rechercher  dans une oeuvre d’art.  Et posée à des critiques d’art, directeur de musées, curateur d’art contemporain, historien d’art ou directeur d’école, cette question visait rien moins que tendre ( toujours cette obsession récurrente ) à obtenir une définition d e  l’art contemporain, de la création contemporaine.

Heureusement, certaines réponses ont un clacissisme apparent qui rassure totalement et permettent, avec le consensus qu’elles  peuvent  dégager,  de  vider la polémique.

Ainsi,  Carine FOL, directrice du Musée Art et Images dira  ce que je recherche dans une œuvre c’est la profondeur humaine, l’intériorité ; la nécessité d’exprimer quelque chose « .

 

Exit la question, posée comme telle, de ce qu’est une œuvre d’art contemporaine,  question qui parait alors oiseuse, mais simplement ce qu’est une œuvre d’art.

Personne  ne se demandera   ( mais bien entendu faites-le si vous voulez, personne ne vous empêche…)  si Louise Bourgeois était une artiste à l’œuvre contemporaine : tout le monde le sait confusément, le sent bien.

Mais tous  aussi nous sentons bien que la question n’est pas là. Seule l’œuvre compte, in se.

 

Il semble assez évident, car Louise Bourgeois a beaucoup parlé, et ses propos sont enregistrés, que Louise BOURGEOIS ne s’est pas inquiété de la société dans laquelle elle vivait, que son art en tous cas n’en est pas nourri ; il semble assez évident que Louise Bourgeois se s’est pas interrogé à propos de la société dans laquelle elle vivait .

 

Qu’a-t-elle fait alors ? Elle a passé sa vie à refaire son enfance, à exorcicer ses drames intérieurs liés à son enfance, à l’absence de sa mère trop vite disparue, à la présence d’un père auquel elle n’a pas pu donner sa place.

Toute son œuvre est faite de fils : les fils qu’elle n’a cessé de nouer et de dénouer ( surtout tenter de les dénouer, tel semble bien son travail exclusif ) , fils de laine tissés ou non, pendants, accrochés, soutenant des poupées, tendus, distendus, des tissus, des morceaux de laine, des mers d’étoffes, des poupées encore accrochées à un ventre plus gros qu’elles ou gisantes telles des pantins. L’araignée enfin, omniprésente : il ne faut pas chercher loin, inutile de sonder profond, de convoquer Jung et les autres – m’araignée est la mère, la faiseuse de fils, la tisseuse, la tisserande et l’on revient au personnage de la mère, au personnage car ce n’est pas la personnalité de sa mère quelle inclut dans l’araignée pour la faire apparaître, c’est la faiseuse de fils , avec ce qu’elle a nécessairement d’inquiétant. Et puis le marché de l’art et les réseaux ont fait le reste : l’araignée, surdimensionnée a fait plusieurs fois le tour de la planète des Grands : Paris, Londres, New-York, Venise, Bilbao et j’en oublie.

Louise Bourgeois a créé par nécessité ; on qualifie assurément sa création de contemporaine, mais pourtant elle renvoie aux éléments éternels, impérissables, reproduits comme l’est la cellule vivante c’est-à-dire sans arrêt.

Sa création, et donc son art, n’est pas inscrit dans le temps où elle a émergé.

Prenons Picasso.

Quel intérêt à se demander si sa création, son art, est ou non contemporain ( concomitant  à l’époque de son émergence ).

La question paraît idiote ; mais posons-là – car la réponse est difficile.

Picasso a traversé un siècle. Il a traversé ( je n’ose pas écrire :il a vécu ) des évenements capitaux, socio-éconimico-politico.

Il a dépasssé sans cesse ce qui se faisait en inventant sans cesse ( cubisme etc ).

Mais il est resté en même temps  imperméable à des mouvements importants qui naissaient autour de lui : le surréalisme par exemple.

Il me semble aussi que Picasso est resté assez insensible aux événements qui l’entouraient.

Et GUERNICA, direz-vous.

Certes, mais GUERNICA, il ne faut l’ oublier à aucun prix, est une commande qui lui a été passée après le bombardement par les Républicains.

Que serait GUERNICA si la commande n’en avait pas été faite à PICASSO ?

On voit certes dans l’œuvre de PICASSO certains échos, parfois très forts, des événements qu’il vivait ( la toile bleue consécutive au suicide de son ami, les portraits directs ou indirects des femmes qu’il connut, son petit-fils jouant etc ) mais ce sont des pages intimes de sa vie qui transpirent…Où est la guerre de 40, le fascisme, mai 68, le Viet-Nam, la Baie des Cochons, la décolonisation de l’Afrique – cette Afrique qui lui a tant donné - ? Où sont  les répressions staliniennes, les goulags, l’avénement puis la chute du communisme  – lui qui pourtant fut un temps, mais un temps très bref, affilié au Parti Communiste français - ?

Picasso avait son génie en étendard, et un étendard  est toujours devant.

Qui prétendra pourtant que son oeuvre n’est pas contemporaine ? Qui osera ? Et pourtant…

 

 

 

 

 

120x120- huile s/toile - 31 mai 2010 - jvl
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