blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

16 janvier 2008

LES MOTS

Classé dans : commentaires — Mots-clefs :, , , — jvl @ 13:02

Les mots et la mode.

Arrivent ainsi, souvent par la voie des ondes qui les répercute, des mots nouveaux ou des mots anciens avec un sens nouveau.

Ainsi : communiquer, citoyen et citoyenne, l’horizon, emergent..

On a ou on n’a pas une attitude citoyenne, on vous demande un acte citoyen…même si c’est pour la planète, car – c’est vrai – l’on est citoyen du monde. Mais le sens de cet adjectif est devenu celui de civique , que du coup l’on n’utilise plus et qui devient ainsi démodé. L’adjectif citoyen, tel qu’on l’utilise aujourd’hui pour civique est un adjectif inconnu du Petit Robert.

L’horizon, lui, s’est élargi : il devient synonyme d’ échéance, de terme, d’objectif. Ainsi votre banquier vous dira ( à vous, pas à moi ) que ce titre est un bon placement à l’horizon 2010. Selon la réglementation européenne, la masse d’eau devra être assainie à l’horizon 2015. Il ya là de la poésie, c’est sûr : on voit bien, à cette évocation, les regards se poser loin devant, sur des lignes nécessairement bleues comme tout lointain ( je parle ici des bleus d’ardenne, bien conus des poètes, des peintres et de certains indigènes, qui est la couleur des lointains au-dessus des collines, à l’horizon physique ).

Emergent. L’ émergent, lui, touche à tout : à la finance, l’économie, la culture les arts, les sociétés.

Votre banquier, le même que tout à l’heure, vous parlera des marchés émergents , et vous devrez comprendre qu’il s’agit des marchés financiers asiatiques – tiens, les pays justement du soleil levant ! – ce qui vous fera rentrer immédiatement dans le cénacles des initiés. L’art émergent, comme son nom l’indique, est toute forme d’art qui ne serait pas encore consacrée, ou qui n’aurait pas encore ses aficionados. En ce sens, il faut bien admettre que ce ne serait pas synonyme d’avant-garde, car l’avant-garde, elle…

L’utilisation quant à elle que l’on fait de plus en plus du mot communiquer est beaucoup plus sournoise, et me dérange.

Ce mot, comme tel, dans sa racine latine et dans l’acception que l’on lui donne habituellement, est sans doute de ceux qu’il faudrait le moins galvauder ou dénaturer, tant il recouvre un élément capital à la vie puisqu’il s’agit de communiquer avec l’autre, communiquer avec les autres. Si capital, si difficile, si nécessaire.

De plus en plus, communiquer est utilisé de façon intransitive pour informer.

Non, désolé, l’Elysée n’entend pas communiquer sur l’existence d’une éventuelle relation du président avec Mme Larousse. Ou encore : le 1er Ministre communiquera sur ce sujet dans les prochains jours.

D’autres usages, d’autres mots…j’y reviendrai, avec une nouvelle fournée.

20 novembre 2007

LES MOTS – de Hodler à de Staël

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , , , , , — jvl @ 23:09

Lorsque je me suis décidé à peindre, il y a 12 ou 14 ans, ce jour-là, précisément ce jour-là, juste avant de pousser sur les tubes pour faire sortir la pâte, j’étais allé plusieurs fois à la Bibliothèque des facultés à Namur, fébrilement, regarder un ouvrage consacré à de Staël, un méchant petit livre maigre où les reproductions étaient toutes en noir et blanc. Une seule chose m’intéressait : voir, revoir, revoir plusieurs fois comme si d’une fois à l’autre je l’avais déjà oublié, tout cela en une demi-journée puisque je me suis à peindre le soir-même, voir donc un endroit précis de la toile, du paysage marin peint par de Staël : l’espace extrêmement ténu mais vibrant qui se situait entre le bord du ciel , et la ligne d’horizon de la mer. Cet espace minuscule pris en tenaille entre le ciel bas et large, et la mer large et puissante. Un tout petit espace d’apparence insignifiant. Mais je voyais bien que c’était là que tout se jouait : le sens de la peinture, son langage, son mystère – là où les choses semblaient tirer toute leur force, qui était gigantesque, du fait de ne pas se toucher, mais seulement se frôler, se sentir, se mesurer, se taire et conjuguer. Entre les deux ourlets qui se toisaient, il y avait le secret des lèvres entrouvertes, le secret des mots bloqués dans la gorge.

Oui, je peindrais comme de Staël, je parlerais donc comme lui.

Il n’en a rien été.

Ferdinand HODLER, dont j’ai déjà dit quelques mots autour de l’exposition présentée à Orsay, et dont quelques oeuvres seront toujours visibles car accrochées habituellement au Musée d’Orsay, avait continué inlassablement jusqu’à la fin de sa vie à peindre les paysages, presque toujours les mêmes ( et en écrivant ces mots, j’en mesure en meme temps toute l’énormité, car c’est bien dans l’apparente répétition d’un même thème qu’a pu surgi toute la puissance créatrice du peintre ) , savoir des montagnes, le Lac de Genève qu’il voyait de son appartement, les montagnes encore, la ligne d’horizon, les nuages.

Peu de temps avant de mourir, il avait lui-même qualifié ces paysages de  » paysages planétaires « , tant il avait senti qu’ils traduisaient le sentiment d’une harmonie cosmique entre l’homme et la nature.

Il écrivait, parlant de la ligne de l’horizon, et sans aucun doute de cet espace sacré dont je dis ici que tout s’y joue , il écrivait donc tout à la fin de sa vie :  » … voyez-vous comme tout se résout là-bas en lignes et en espace ? N’avez-vous pas le sentiment de vbous tenir au bord de la terre et de commencer librement avec le Tout ? « .

Vous n’avez pas les larmes aux yeux, vous ?

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