L’œuvre d’art et la création contemporaine
Louise BOURGEOIS vient de décéder.
Un monument de la création contemporaine.
Celui qui ne sait que sa mère travaillait les tissus, et que son père montrait à la petite Louise, en pelant une orange, qu’elle avait un zizi ( c’est Louise Bourgeois elle-même qui le dit dans une video que j’ai vue il y a peu lors de la rétrospective à POMPIDOU , en pelant à son tour l’orange comme son père la faisait ) saisira moins facilement le comment et le pourquoi d’une grande œuvre.
Curieusement, et cela soulage un peu, personne ne s’est jamais demandé à son propos si elle faisait de l’art contemporain ou non.
Elle faisait, c’est tout .
Sa riche, complexe, insatiable, prolifique et féconde personnalité faisait – mais toujours rebattait les mêmes souvenirs, les mêmes blessures.
Il est de bon ton – et c’est heureux aussi, tout est heureux – de se demander, car notre époque aime à réfléchir, du moins à poser des questions, beaucoup de questions, et donner la parole à beaucoup de gens, beaucoup de monde, lequel non seulement prend cette parole mais se plait à disséquer car aujourd’hui beaucoup savent disséquer, voire disserter, et quelque fois les propos sont pertinents – il est de bon ton donc, aujourd’hui, de se demander ce qu’est l’art contemporain et surtout d’apporter une réponse qui le plus souvent – c’est cela qui est un peu crispant, l’univocité de la réponse – celle-ci : l’art contemporain, l’artiste contemporain est celui qui interroge la société dans laquelle il vit.
Il y a quelques variantes à cette réponse, mais majoritairement, chez les décideurs culturels, c’est cette réponse qui prévaut.
La question a toujours été posée : Duccio était-il contemporain ? Et Rops – oui Rops était contemporain , dit-on, car il dessinait les travers de son époque. Ah bon ?
Ambiguité déjà : est-on, quand on est artiste, contemporain parce que l’on prend en compte l’époque dans laquelle on vit, ou parce que l’on interroge et se place dans les problèmes de son époque, dans sa sensibilité.
Et les grands mots sont lâchés.
Je me perds déjà , évidemment que je me perds : comment faire tenir un tel sujet en une page, alors que des bibliothèques ne cessent aujourd’hui de s’ajouter aux bibliothèques existant déjà sur le sujet.
L’exposition CANVAS COLLECTIE-COLLECTION RTBF au Bozar vient de donner de beaux éclairages sur le sujet – de futiles aussi.
Finement, la question y était posée non de ce qu’était une oeuvre d’art contemporaine, et donc un artiste contemporain ou de son temps, mais bien ce que l’on avait à rechercher dans une oeuvre d’art. Et posée à des critiques d’art, directeur de musées, curateur d’art contemporain, historien d’art ou directeur d’école, cette question visait rien moins que tendre ( toujours cette obsession récurrente ) à obtenir une définition d e l’art contemporain, de la création contemporaine.
Heureusement, certaines réponses ont un clacissisme apparent qui rassure totalement et permettent, avec le consensus qu’elles peuvent dégager, de vider la polémique.
Ainsi, Carine FOL, directrice du Musée Art et Images dira ce que je recherche dans une œuvre c’est la profondeur humaine, l’intériorité ; la nécessité d’exprimer quelque chose « .
Exit la question, posée comme telle, de ce qu’est une œuvre d’art contemporaine, question qui parait alors oiseuse, mais simplement ce qu’est une œuvre d’art.
Personne ne se demandera ( mais bien entendu faites-le si vous voulez, personne ne vous empêche…) si Louise Bourgeois était une artiste à l’œuvre contemporaine : tout le monde le sait confusément, le sent bien.
Mais tous aussi nous sentons bien que la question n’est pas là. Seule l’œuvre compte, in se.
Il semble assez évident, car Louise Bourgeois a beaucoup parlé, et ses propos sont enregistrés, que Louise BOURGEOIS ne s’est pas inquiété de la société dans laquelle elle vivait, que son art en tous cas n’en est pas nourri ; il semble assez évident que Louise Bourgeois se s’est pas interrogé à propos de la société dans laquelle elle vivait .
Qu’a-t-elle fait alors ? Elle a passé sa vie à refaire son enfance, à exorcicer ses drames intérieurs liés à son enfance, à l’absence de sa mère trop vite disparue, à la présence d’un père auquel elle n’a pas pu donner sa place.
Toute son œuvre est faite de fils : les fils qu’elle n’a cessé de nouer et de dénouer ( surtout tenter de les dénouer, tel semble bien son travail exclusif ) , fils de laine tissés ou non, pendants, accrochés, soutenant des poupées, tendus, distendus, des tissus, des morceaux de laine, des mers d’étoffes, des poupées encore accrochées à un ventre plus gros qu’elles ou gisantes telles des pantins. L’araignée enfin, omniprésente : il ne faut pas chercher loin, inutile de sonder profond, de convoquer Jung et les autres – m’araignée est la mère, la faiseuse de fils, la tisseuse, la tisserande et l’on revient au personnage de la mère, au personnage car ce n’est pas la personnalité de sa mère quelle inclut dans l’araignée pour la faire apparaître, c’est la faiseuse de fils , avec ce qu’elle a nécessairement d’inquiétant. Et puis le marché de l’art et les réseaux ont fait le reste : l’araignée, surdimensionnée a fait plusieurs fois le tour de la planète des Grands : Paris, Londres, New-York, Venise, Bilbao et j’en oublie.
Louise Bourgeois a créé par nécessité ; on qualifie assurément sa création de contemporaine, mais pourtant elle renvoie aux éléments éternels, impérissables, reproduits comme l’est la cellule vivante c’est-à-dire sans arrêt.
Sa création, et donc son art, n’est pas inscrit dans le temps où elle a émergé.
Prenons Picasso.
Quel intérêt à se demander si sa création, son art, est ou non contemporain ( concomitant à l’époque de son émergence ).
La question paraît idiote ; mais posons-là – car la réponse est difficile.
Picasso a traversé un siècle. Il a traversé ( je n’ose pas écrire :il a vécu ) des évenements capitaux, socio-éconimico-politico.
Il a dépasssé sans cesse ce qui se faisait en inventant sans cesse ( cubisme etc ).
Mais il est resté en même temps imperméable à des mouvements importants qui naissaient autour de lui : le surréalisme par exemple.
Il me semble aussi que Picasso est resté assez insensible aux événements qui l’entouraient.
Et GUERNICA, direz-vous.
Certes, mais GUERNICA, il ne faut l’ oublier à aucun prix, est une commande qui lui a été passée après le bombardement par les Républicains.
Que serait GUERNICA si la commande n’en avait pas été faite à PICASSO ?
On voit certes dans l’œuvre de PICASSO certains échos, parfois très forts, des événements qu’il vivait ( la toile bleue consécutive au suicide de son ami, les portraits directs ou indirects des femmes qu’il connut, son petit-fils jouant etc ) mais ce sont des pages intimes de sa vie qui transpirent…Où est la guerre de 40, le fascisme, mai 68, le Viet-Nam, la Baie des Cochons, la décolonisation de l’Afrique – cette Afrique qui lui a tant donné - ? Où sont les répressions staliniennes, les goulags, l’avénement puis la chute du communisme – lui qui pourtant fut un temps, mais un temps très bref, affilié au Parti Communiste français - ?
Picasso avait son génie en étendard, et un étendard est toujours devant.
Qui prétendra pourtant que son oeuvre n’est pas contemporaine ? Qui osera ? Et pourtant…
120x120- huile s/toile - 31 mai 2010 - jvl
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Baltazar GARZON – suite au post du 8 avril 10
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La Presse belge de ce matin 25 avril 10 titre :
Le magistrat, qui avait notamment fait arrêter l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, est inculpé pour avoir outrepassé la loi d’amnistie couvrant les atrocités de la guerre civile espagnole et les premières années du franquisme. ( La Libre Belgique ).
Voilà enfin un titre correct.
GARZON, il faut le répéter, n’est pas poursuivi parce qu’il a essayé de faire le procès des crimes du franquisme, mais il est poursuivi pour avoir, dans le cadre de sa mission de juge, refuser de tenir compte de l’existence d’une Loi du Peuple Espagnol, laquelle loi s’impose bien entendu à tous tant qu’elle n’a pas été ( le cas échéant ) abrogée ou modifiée par le Pouvoir Législatif, en Espagne les Cortès.
Dans la Presse française, Le Monde persévère dans ses erreurs :
le 21 avril, il titre et écrit : «Le magistrat est poursuivi pour avoir voulu enquêter sur les crimes du franquisme. Baltasar Garzon fait ses cartons. Le célèbre magistrat espagnol s’apprête à quitter son bureau, le cabinet d’instruction numéro 5, qu’il occupe depuis vingt-deux ans à l’Audience nationale, la plus haute instance…
Que la Vox populi, Almodovar en tête, prétende que GARZON est harcelé par l’Audience Nationale parce qu’il gêne – passe encore, mais passons vraiment.
Que d’autres prétendent encore ( notamment l’association humanitaire AVAZ qui multiplie les pétitions qu’elle envoie par mail au monde entier ) que les règles de droit international concernant l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité permettaient à GARZON de recevoir la plainte des cet familles victimes du Franquisme et d’instruire cette plainte, devient gênant dans la mesure où cet argument prend des allures de vérité péremptoire difficilement vérifiable sur le fond .
Il faudrait au plus vite que dans les médias le point soit clairement expliqué.
Oui ou non les règles humanitaires d’aujourd’hui permettent – elles à GARZON de recevoir la plainte et d’agir comme il l’a fait, c’est-à-dire de tenir pour inexsitante la loi d’amnistie , qui existe bel et bien, et qui n’a pas été abrogée ni modifiée ?
Il s’agit d’une question de droit, qui n’est pas susceptible d’interprétations diverses.
Alors, qu’attend-on pour la fournir à l’opinon pblique ?
Peur de la décevoir et , pour les Journaux et la Presse en général, de ne plus avoir de matière sensationnelle à éditer ?
Felipe GONZALEZ, socialiste et chef du 1er Gouvernement socialiste d’Espagne dans les années 80, a déclaré il y a quelques jours que s’il fallait accepter de considérer que la loi d’amnistie est devenue sans effet ( obsolète ), alors la Constitution espagnole serait immédiatement vidée de substance et immédiatement l’ Espagne serait sans Constitution.
Personnellement j’ajouterais, pour faire simple, que si effectivement il fallait tenir pour de facto abrogée cette loi d’amnistie ( ce que prétendent les défenseurs de GARZON, mais ce que n’ose pas proclamer GARZON sauf erreur ) alors d’un seul coup des millliers de poursuites pénales pourraient être immédiatement engagées tant contre des anciens franquistes que contre des anciens républicains, puisqu’aussi bien l’amnistie réconciliait toute la population jusqu’alors atrocement déchirée en empêchant la possiblité de la moindre poursuite ar quiconque tant contre les uns que contre les autres….
Un Professeur de Droit Pénal, Jésus Maria Silva Sanchez , publie ce dimanche 25 avril 10 dans le journal ABC ( étiquetté de droite ) un article sous le titre una Ley con plena vigencia – que l’on peut traduire par « une loi avec pleins effets « , répond à cette question en disant en substance :
- les Traité ratifiés par l’Espagne l’ont été postérieurement à la Loi du 77. Le principe de la non -rétroactivité de la loi pénale, consacré par l’article 25.1 de la Constitution espagnole, empêche une quelconque modification de cette loi de 77 ( sous-entendu : par les traités signés postérieurement ).
Sur un plan technique et pratique, scientifique et juridique, mais fondamental dans un Etat de Droit, la Loi de 77 aparaît bien comme faisant partie intégrante des lois du Peuple Espagnol, et doit donc être respectée.
Elle ne le serait pas en autorisant les actes posés par GARZON, et, en ce cas, fût-ce par les poursuites que des milliers de gens pourraient immédiatement entreprendre contre tous les anciens acteurs, de gauche comme de droite, de la Guerre Civile, mettrait immédiatement l’Espagne à feu et à sang.
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Tableau commandé en 1937 à Picasso par les Républicains.
Ce tableau, par la volonté de Picasso, est resté au Moma, jusqu’après la mort de FRanco.
Il est revenu à Madrid, au Prado, en 1981.
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