La première se trouve dans la Cueva del Castillo ( à PUENTE VIESGO – Cantabria ) : il s’agit d’une stalagmite isolée dans une grande salle de la Cueva , présentant un tour de taille impressionnant, environ 2m de haut, rien au-dessus d’elle ( je ne me souviens pas d’une stalactite correspondante ) , une base large, et sur 80 cm de sa hauteur environ, tout à la fois dessiné et sculpté, un bison paléolithique dressé sur ses pattes de derrière. L e dos est un trait vertical assez large, couleur noire, la tête est entièrement incluse dans un relief ( en creux ) de la pierre, les cornes sont parfaitement dessinées ( dessinées, pas gravées ) et le plus surprenant est constitué par cette fine gravure de mollet humain qui surmonte les sabots des pattes arrière … certains voient là la représentation d’un sorcier humain qui se serait recouvert d’une dépouille de bison, interprétation qui sur le plan purement formel – tant le dessin et la sculpture sont parfaits – est tout à fait plausible : du sorcier l’on ne verrait ainsi que les pieds, le talon, le mollet, et tout le reste du corps de cet homme debout serait recouvert par la dépouille du bison …Les tenants de la théorie du chamanisme ( en tant qu’explication des peintures et gravures pariétales et rupestres ) voient dans cette image l’illustration de leur thèse ( comme le serait le Sorcier de la Grotte des Trois-Frères dans les Pyrénées ou le Sorcier gravé de Hornos de la Pena en Cantabria , à 15 km de Puente Viesgo ).
Sorcier ou pas, il n’en reste pas moins vrai que les sabots des pattes arrière de ce bison remarquable sont équipés d’un talon humain( le dessin en est parfait, je l’ai bien observé d’autant qu’il se trouve à hauteur d’homme et que l’on peut s’approcher tout près ), d’un mollet ensuite parfaitement dessiné lui aussi et d’un début de jambe : ces éléments sont gravés d’un trait assez fin, et unique, sans reprise…L’on peut penser qu’ils n’ont pas été surajoutés postérieurement…Et si cette image n’est pas l’image d’un sorcier revêtu de la dépouille d’un bison ( car effectivement j’ai un peu de mal à adhérer à la théorie chamanique ) , pourquoi ce bison – parfaitement bison si ce n’étaien t ce talon et ce mollet – serait pourvu des ces attributs humains qu’incontestablement en effet il exhibe ?
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La seconde stalagmite se trouve dans La Cueva de la Pileta ( BENAOJAN, Andalucia ), dans la salle du Poisson. Je connais trois guides à la Pileta, et parmi eux le propriétaire de la Cueva : ce ne fut qu’avec lui que je vis cette petite stalagmite, car les autres ne la montrent pas. Elle est assez isolée dans cette grande salle prestigieuse où se trouvent, outre le fameux poisson, quantité de groupe de signes, et aussi plusieurs représentations d’un personnage ailé, dont l’un est surnommé « icare « .
Cette petite stalagmite dont je parle ici, qui n’a pas 1m50 de hauteur, présente un petit cerf, peut-être 20 cm de long, orienté de gauche vers la droite, sur une oblique ascendante, et qui est un petit chef d’œuvre paléolithique. Je reproduis ici une photo de la stalacmite, puis un détail, surlequel j’ai surligné en pointillé le tracé de ce petit cerf.
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J’ouvre ici une paratenthèse : nous sommes le 31 janvier, le vent souflle sur l’ardenne, la neige s’est mis à tomber, la température malheureusement – comme c’est trop souvent le cas quand il commence à neiger – est d’un tout petit peu plus que zéro dégré, c’est-à-dire un degré de trop… depuis mon bureau, juste au-dessus de l’écran de mon ordinateur, je regarde la campagne avec des jumelles; la vue est étendue; depuis lematin très tôt la harde de 14 biches et deux cerfs est revenue; elle se déplace de pâtures en patures, restant à la limite des bois de sapins qui, d’ici, ferment l’étendue des champs; dans les verres grossissant, je vois parfaitement les deux cerfs, paisibles, balançant leurs bois altiers au gré de leurs broutements; cette vision à travers les jumelles m’isole du contexte et crée une proximité, cette même proximité que l’on retrouve dans les grottes, les cuevas, celle que j’avais en face du petit cerf de la Pileta et de tous les autres, cette même proximité qu’avaient ( et recherchaient ? Etait-ce pour cette raison aussi qu’ils se sont mis à les peindre ? ) les hommes de la préhistoire…et dans les verres grossissant, les flocons sont plus denses, la neige fait des traits, comme les traits de calcite sur les parois des grottes…Décidément…
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Mais j’en arrive à la troisième stalagmite dont je voulais parler ici.
Elle se trouve dans la Cueva Hornos de la Pena à TARRIBA ( non loin de PUENTE VIESGO , en Cantabria ).
Ce matin-là de septembre 2007, je m’y suis retrouvé seul avec le guide Ludovico Rodriguez Liano ( lequel occupe le temps que lui laissent les trop peu nombreux visiteurs à fouiller le sol à la recherche d’oxyde de fer et de manganèse dont il retire les pigments de rouges et de noirs avec lesquels, à l’aquarelle, il peint sur papier des motifs que lui inspire l’art paléolithique ).
La Cueva Hornos de la Pena est un long couloir assez étroit et bas ; j’ai dû y cheminer le plus souvent plié en deux, prenant garde à ne toucher les parois ni à gauche ni à droite. Ludovico tenait une petite lampe de poche qu’il éteignait parfois en cours de route pour mieux entendre le silence et mieux voir le noir absolu.
A quelques dizaine de mètres du fond de la grotte ( tout au fond se trouve le fameux « sorcier « ), alors qu’à cet endroit le boyau est particulièrement étroit et de très faible hauteur, Ludovico m’a fait asseoir sur une espèce de tabouret naturel qui s’avéra être une stalagmite de 50cm de haut environ. Assis là, je pouvais voir un petit cheval gravé à moins d’un mètre en face de moi , à hauteur d’yeux . En un instant je me rendis compte que j’étais dans l’exacte position de celui ou celle qui avait réalisé cette gravure 15.000 ans plus tôt. Lui comme moi avait dû sentir sous lui , de l’exacte et même façon, les bosses et les fosses de ce moignon de stalagmite où il s’était nécessairement assis pour exécuter sa gravure ; il n’aurait pas pu faire autrement vu l’étroitesse des lieux et le positionnement de la gravure. En un instant et ce fut vertigineux, je me sentis intimement et physiquement relié à la genèse de l’œuvre et à tous les gestes de celui qui 15.000 ans plus tôt avait exécuté ce dessin dans l’exacte position où moi aussi je me trouvais, dans le strict même environnement extrêmement confiné, intime, dans un espace qui était exactement celui qu’il avait occupé aussi entièrement que je l’occupais moi-même . En un instant alors, et le vertige s’accrut, je me rendis compte que l’ espace était aboli, te temps annulé, et que l’humanité tout entière se retrouvait là soudée - soudée dans ce que je percevais bien comme étant le souffle primal de l’homme, dans ce que l’homme avait au plus profond de lui, depuis toujours et pour toujours : l’expression artistique , l’art, l’expression de la spiritualité.

