photo de jacques V. Lemaire - déc 10 - tous droits réservés
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Le talon d’Achille Berlusconi
Thémis, la déesse de la Justice, est comme on le sait, représentée les yeux bandés.
Je n’ai pas l’intention de brocarder ici cette représentation.
Disons qu’elle a les yeux bandés pour symboliser l’impartialité, impartialité qui était la qualité dominante de cette déesse, première épouse de Zeus .
Lorsque Thémis plongea le petit Achile Berlusconi dans la marmite du pouvoir *, elle dut le tenir pour qu’il ne s’y noie pas, et le retint ainsi par son talon.
L’indéboulonnable cuirassé qu’est Berlusconi , qui a réussi jusqu’ici à échapper à toutes poursuites judiciaires, va peut-être succomber – enfin - pour une ou des affaires le liant à des jeunes filles trop jeunes et des affaires de moeurs .
On sait que l’opinion publique ( italienne en particulier ? Pas sûr…) ne déteste pas voir son charismatique leader renforcé dans un rôle macho que sont amenés à souligner, en passant, quelques scandales au Profumo di Donna…
Le journal CORRIERE DELLA SERA du 14 janvier 2011 titre :
ESCLUSIVO – ipotesi di reato per il premier: «concussione» e «prostituzione minorile»
Caso Ruby, il pm: Berlusconi a processo Invito a comparire tra il 21 e il 23 gennaio
Sul pc di Ruby foto e video delle feste con il premier in Sardegna. Perquisizioni negli uffici di Nicole Minetti. La marocchina si sarebbe recata «più volte» nella villa
Je n’aime pas trop faire les poubelles…
Mais là,
Je prends.
Je prends parce qu’enfin, le voici-le-voilà-le-voilou pincé, ou presque…
Je prends parce que toutes les autres tentatives, y compris les plus opiniâtres, fines et les plus recherchées ( en janvier 2011, la Cour Constitutionnelle, dans un Arrêt fort attendu, n’est réussi qu’à écorner seulement l’immunité du Cavaliere ) ont toutes échoué jusqu’ici.
Je prends parce qu’il y a quelque chose de jubilatoire de trouver enfin chez lui le jusqu’ici trop bien caché / talon d’Achille, là où les plus fins juristes, les plus zélés constitutionnalistes, les avocats les plus brillants se sont heurtés au mur infranchissable de son insupportable pouvoir , un talon d’Achille qui s’appelle en toute simplicité affaire de mœurs, goût pourles Femmes – et de jeunes paraît-il, justement trop jeunes.
*on sait en effet que Berlusconi se présenta au suffrage des Italiens, et fut élu député, pour échapper aux poursuites judiciaires qui venaient d’être entamées contre lui du chef je pense de fraude fiscale : en 1994, alors que les premières poursuites judiciaires sont engagées contre lui, il crée le Parti « Forza d’Italia « .
Cette histoire des achats par Gulbenkian des chefs d’œuvre du Musée de l’Ermitage me tarabuste .
( voir article précédent ).
120 x 18O - huile s/toile - JVL - janvier 2008
Essayons de résumer, sur base essentielle de l’étude citée précédemment d’Elena A. Osokina * parue dans Cahiers du monde russe, 41/1:
1/ Le Plan quinquennal de Staline avait prévu que le financement de l’industrialisation de l’URSS se ferait notamment par la vente massive d’antiquités et d’objets d’art ( en réalité, il semble que la vente à l’étranger des trésors russes n’aient pas attendu Staline puisqu’elles ont été entreprises dés l’arrivée des Bolcheviks ).
A ce stade, et même encore en 1928, il n’entrait pas dans l’intention de l’Etat de se défaire des chefs d’œuvre de ses Musées : Le projet du
VneÒtorg
fut approuvé par le
Sovnarkom
et le STO
de l.URSS le 23 janvier 1928 avec une modification interdisant la vente « d.objets
d.art et d.antiquités provenant des principales collections des musées ». .
2/ Calouste Gulbenkian va mettre la situation à profit pour franchir ce pas en demandant aux autorités de l’Antiquariat à pouvoir acheter des tableaux se trouvant au Musée de l’Ermitage.
Dans l’ambiance délétère qui prévaut alors ( que Rembrandt aille se faire voir, déclarait un membre du politburo, tandis qu’un autre, dans un rapport adressé à l’antiquariat depuis Paris,confondait Van Dyck et Van Eyck, les nommant indistinctement car il ne s’était pas rendu compte qu’il s’agissait de peintres diffréents…), Gulbenkian n’eut guère de mal à convaincre les autorités soviétiques à vendre les œuvres de l’Ermitage.
Les Soviétiques tenaient en effet en Gulbenkian une personnalité de choix : non seulement, en tant qu’amateur d’art passionné, il disposait de moyens énormes pour procéder à des achats importants, mais en plus les Soviétiques comptaient sur son entregent pour leur faciliter l’accès au marché international des produits pétroliers et accréditer certains arrangements financiers internationaux.
Gulbenkian aurait ainsi, par l’initiative qu’il provoqua, la responsabilité de la mise en vente des chefs d’œuvre de l’Ermitage, initiative dont il profita le premier, etqui profita ensuite à d’autres amateurs.
3/ Gulbenkian revendiqua et obtint, pendant un temps, d’être le seul à pouvoirnégocier les achats des toiles de l’Ermitage ; certains dirigeants soviétiques regrettaient cette situation et auraient préféré le mettre en concurrence avec d’autres acheteurs qui commençaient à se manifester car ,rapidement semble-t-il,des fuites survinrent et l’on c ommença à apprendre l’existence de ce marché ( des amateurs américains notamment en la personne de Andrew Mellon, qui achètera un peu plus tard au moins 21 toiles de l’Ermitage, mais aussi, notamment, la Galerie Berlinoise Mathiesen qui devint elle aussi cliente des soviétiques ) .
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4/ Gulbenkiannégocia âprement le prix des toiles, dans le contexte politique et économique que l’on sait ( les soviétiques liant apparemment l’aide qu’ils espéraient obtenir de Gulbenkiandans l’exploitation du pétrole etdans certains financements internationauxà certaines facilités pour obtenir certains tableaux de l’Ermitage ( op.cit. – p.29 ), mais il est clair – c’est mon commentaire personnel, qu’ilacquit toutes ces œuvres pour lui-même et certainement pasdans le cadre d’un legs futur à l’Etat portugais…
C’est donc en tant que collectionneur privé que Gulbenkian procéda à ces achats, certains documents nous apprenant par ailleurs qu’il lui arriva de revendre à d’autres certains tableaux achetés dans le cadre de ces marchés…
5/ Gulbenkian ne pouvait pas ne pas savoir que sur un plan éthique de tels achats étaient condamnables.
L’apparence de légitimité que lui donnait la qualité des vendeurs (les responsables politiques de l’Antiqvariat ) ne suffisaitévidemment pas, cela tombe sous le sens, pour justifier l’opération.
Quelle serait aujourd’hui la réaction de l’opinion publique internationale si un chef d’Etat autorisait la vente à un collectionneur particulier de tels chefs d’œuvre contenus dans un de ses Musées ???La chose paraît aujourd’hui proprement impensable.
Certes, les mentalités ont évolué, la conscience collective de la notion de patrimoine de l’humanité s’est développée et fait à présent partie de notre culture mais Gulbenkian n’ignorait pas que de telles œuvres devaient être considérées comme inaliénables, hors commerce.
Il le savait si bien qu’il l’écrivit explicitement aux autorités soviétiques , une fois obtenues les œuvres qu’il avait convoitées. Cette lettre, d’une rare hypocrisie, est reproduite dans mon article précédent, tiré de l’étude précitée d’ Elena A. Osokina parue dans Cahiers du monde russe, 41/1 :
« ...Vous savez que j.ai toujours estimé que des objets qui sont longtemps restés
dans les collections de vos musées ne devaient pas être vendus. Ils font non
seulement partie du patrimoine national, mais ils représentent également une
grande source de culture et un sujet de fierté nationale ( … ).Vendez ce que vous voulez, mais pas des objets provenant des musées… »
Ilflotte une petite odeur de soufre dans ( presque ) tous les Muséesdu monde …
Je ne peux pas commencer ici un relevé de tout ce qui peut présenter une origine suspecte voire illicite dans les musées du monde, je n’en ai ni les compétences ni les connaissances, mais de nombreux exemples viennent immédiatement à l’esprit.
Les frises du Parthénon sculptées par Phidias, par exemple, qui sont au British Museum etdont la Grèce réclame actuellement la restitution à la Grande Bretagne.
Mais aussi :certains chefs d’œuvre de la culture NOK qui sont au Musée du Quai Branly et qui ont défrayé la chronique il y a quelques annéeslorsqu’ils étaient au Louvre car ils semblaient avoir quitté illégalement le Nigeria…
De grandes œuvres ont été offertes ( je ne parle donc pas ici de toutes celles qui ontété volées ou spoliées pour fait de guerre par exemple – les exemples foisonnent )par des autorités locales ( de l’Egypte par exemple ) à Napoléon ou àd’autres ; elles n’ont été ni dérobées, ni détournées mais – dans le meilleur des cas – le donateur avait-il qualité pour déposséder l’Egypte deces richesses qui font à présent, au détriment du peuple égyptien , l’orgueil du Louvre , de la Place de la Concorde ou de la Piazza del Populo à Rome ?
Quantités d’œuvres importantes d’art africain ont été collectées aux XIXème et XXème siècles ( c’est le terme officiellement utilisé – et avec quelle hypocrisie ) par des missions belges, françaises ou allemandes etfont la fierté des musées bruxellois, parisiens ou berlinois…
Que l’on n’aille pas si loin : il y a quelques années, un mandataire communal liégeois avait proposé la vente d’un tableau de Picasso que la Ville possédait pour trouver de quoi équilibrer le budget…Il y eut débat, le projet fut refusé mais la proposition fut néanmoins faite !!!!
Et en poussant un peu plus loin, on peut dire que le caractère inaliénable d’une œuvre peut trouver une forme d’application lorsqu’il s’agit de la donner en location – ce que fait Le Louvre actuellementdans sa politique nouvelle de location en faveur de Musées d’Arabie :cette façon de « faire de l’argent « avec une œuvre d’art en la donnant en location ( opération qui n’est évidemment pas sans risque pour l’œuvre elle-même ) peut effectivement poser problème – et cette notion ‘ d’inaliéanabilité, au sens large, n’ en est pas tout à fait absente.
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* Elena A. Osokina est membre de l’académie d’Histoire de Moscou ; elle contribue régulièrement aux « Cahiers Russes « .
Elle cite dans son étude précitée une courte bibliographied’ourages en anglais et un en portugais.
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NB : » …M. Berlusconi avait été précédé à Benghazi par l’arrivée par avion militaire de la Vénus de Cyrène, magnifique statue sans tête du IIe siècle après JC découverte en 1913 par des archéologues italiens sur le sol libyen. Le chef du gouvernement italien doit la restituer, conformément à une décision de la justice italienne. Transportée dans une caisse en bois, la pièce a été accueillie par des youyous et des applaudissements à l’aéroport Benina de Banghazi. « - Journal LE MONDE, 3O août 08
Sur la question des négociations ou procès en cours concernant les restitutions d’oeuvres d’art entre pays,
voy. notamment : http://yoshino.wordpress.com/2007/05/28/restitution-a-la-lybie-de-la-venus-de-cyrene/