blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

21 février 2011

PICASSO HAUSSE LE TON – Museo Picasso de Malaga

 

 

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PICASSO  HAUSSE  LE  TON

Accrochage nouveau au Museo Picasso de Malaga.

 

 

Picasso avait 15 ans  ( ou peut-être 10 ? )  lorsqu’il quitta Malaga où il naquit.

Il suivait sa famille à Barcelone où son père avait été nommé professeur de dessin, après la fermeture à Malaga de l’Académie où il enseignait.

 

Il n’y retourna jamais plus.

 

J’ai cherché,  et ce blog s’en est fait l’écho, où pouvaient se trouver  les racines de Picasso en Andalousie ou plus exactement si  Picasso  présentait des racines andalouses, les revendiquait.

 

L’amour de la corrida et la passion du toro ?

Cela ne me paraît pas ressortir spécifiquement à l’âme andalouse : les aficionados sont répartis dans toute l’Espagne et…dans le sud de la France où, je crois, furent du reste pris la majorité des clichés célèbres montrant Picasso assistant aux Corridas,  en Arles par exemple en compagnie de Cocteau ou  de Luis Miguel  Dominigin .

 

Ce que l’on appelé la     Minotauromachie   ( contraction des termes Minotaure et tauromachie )  ne me paraît pas davantage ressortir à l’esprit  ou  l’âme typiquement andalouse car il y a là, de même que  pour le thème de la  Crucifion et la corrida, lesquels   me paraissent relever d’ une vision artisitique et plastique, une veine créatrice féconde, qui est l’apanage de Picasso en tant que créateur universel, plutôt que relever de la marque de l’origine andalouse de Picasso.

 

Picasso est  pourtant né à Malaga  d’un père et d’une mère andalouses.  

 

Jusqu’à l’âge de  10 – 15 ou 17 ans  - pas facile de le déterminer et les chiffres varient selon les sources, de même que les calculs sont malaisés en raison de certaines contradictions dans les données disponibles  -  , il est resté à Malaga ; enfant ,  il a joué Plazza de la Merced à Malaga, couru derrière les pigeons, accompagné son père à la Malagueta, la Plaza de Toros de Malaga. Il y fut scolarisé.

 

Que reste-t-il de ces années de naissance,  enfance et  prime-adolescence en Andalousie, de ce lien du sang,  qui  laisseraient  traces dan son œuvre ?

 

Je n’en vois pas.

 

Ce n’est pas force de regarder.

 

Force d’avoir cherché encore dans le tout dernier accrochage du Museo Picasso de Malaga.

 

Le Musée Picasso de sa ville natale ( Malaga a  du reste bien tardé à célébrer Picasso, son Musée ne fut inauguré qu’en 2003…) a jadis présenté des accrochages peu représentatif de l’œuvre – pour rester dans un euphémisme  poli.

 

Le  présent accrochage est cette fois exceptionnel.

 

265 œuvres annonce le Musée ( je ne les ai pas comptées mais cela paraît beaucoup, sauf par exemple à compter tous les croquis d’un carnet dont seules deux pages sont visibles…), certaines majeures et inconnues.

 

43 d’entre elles  sortent  de la Fondation  Almine et Bernard Ruiz-Picasso, avec laquelle un accord de prêt de 15 ans a été conclu ( in   Pablo Picasso – 43 obras,   page 11 ) .

 

Quelles œuvres souligner parmi ces 43 œuvres  sortant de la Fondation Bernard Picasso ?

 

Inutile malheureusement d’aller sur le site du Musée :

http://www2.museopicassomalaga.org/00_oframeset.htm?00_obras.cfm

 aucune d’entre elles n’y est reproduite…

 

Il n’est pas interdit de penser qu’il y a là-dessous une sombre ( forcément ) histoire de droits d’auteur et de reproduction,  que le mécénat a ses limites…

 

 

Un très grand moment d’émotion :  Suzanne et les Vieillards,  toile de 80 x 190 cm peinte à Nice en 1955 ( Picasso avait 74 ans ) , phénoménal portrait de femme,  nue,  couchée,  enduite d’une  peinture proche des couleurs  métallisée ,  ocre et blanc, de carosserie si ce n’est celle du papier glacé..avec   en apothéose  une cuisse droite lacée de fil jaune  dérivant  d’une pièce appliquée au genou.

 

Au prix du billet de Ryanair, cette peinture à elle seule vaut l’aller-retour à   Malaga.

 

 

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photo JVL - févr 11 - éponge et détergent - ts droits réservés.
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11 octobre 2010

hommage au Jambon , jamon de pata negra

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai longtemps résisté à l’évidence, inacceptable pour un pur, farouche et revendicatif ardennais que je suis,  évidence selon laquelle, en matière de Jambon, il fallait accepter que le Jambon d’Ardenne n’était pas le meilleur du monde.

 

Combat d’autant plus difficile que le Jambon d’Ardenne, il faut le redire,  n’existe plus ou quasiment, dans la tradition de fabrication qui a fait sa renommée…

 

J’ai battu villes, villages et campagnes à sa recherche :

Bastogne, qui se prétend capitale de l’ardenne et conservatrice des bonnes façons en matière de Jambon d’ardenne : j’en ai fait tailler des tranches dans plusieurs boucheries qui se réclament de la vraie tradition  et j’ai ramené les petits paquets chez moi pour les déguster au calme et dans la concentration   - nul, hélas, ce jambon trop salé, pas assez fumé, trop maigre…

 

La Roche, ah La Roche…ses boucheries-charcuteries-salaisons qui encombrent la grand rue jusqu’à la souiller ( si la chose était encore possible…), et  après échanges avec les uns et les autres, discussions, questions-réponses, j’en ai acheté un, entier, à l’os évidemment  – pas fameux, manque de fumé, trop maigre lui aussi.

Explication du maître-jambonneur : impossible aujourd’hui de trouver des cochons gras. Il faut du light, y compris dans le lard fumé et le jambon.

 

Un mot sur la recette quand même. J’ai vu, chez moi, quand j’étais enfant, des jambons de cochons fermier qui macéraient dans la saumure laquelle était dans un saloir lequel consistait en une barrique de vin ( 320 l )  sciée en deux. Un vigneron luxembourgeois avait conseillé d’ajouter à la saumure qui contenait déjà pas mal d’aromates, quelques verres de Kirsch ( luxembourgeois, c’est-à-dire un alcoll rugueux, sans finesse, qui est à l’eau-de-vie d’Alsace ce que ma peinture est à de Staël ) . Et va donc pour quelques petits verres dans la saumure à la santé du jambon qui allait en sortir.

Il y restait plusieurs semaines, et le gros sel avait donné son jus en retirant  bénéfiquement celui du jambon.

Venait alors l’opération de séchage et de fumage : les jambons sortis du saloir séchaient un nombre de jours et semaines déterminés , mais je pense que c’était surtout une question de savoir faire ou d’intuition – cela se voit ou cela doit se  voir, tout de même,  lorsque le jambon est suffisamment séché-   et il passait alors au fumoir : une cheminée sous laquelle un feu fumant était entretenu; feu de copeaux de hêtres, épicéa, chacun   sa recette j’imagine ;

Une fois fumé, le jambon était encore mis à sécher, puis venait le moment , toujours solennel – dans mon souvenir en tous cas – où il était  entamé et tranché …Opération menée par mon Père, qui expliqua une fois, une seule,  la manière et  l’endroit  pour entamer le jambon – il y en a une , une seule, vous vous en doutez, et je souris toujours lorsque chez l’un ou chez l’autre, je le vois entamer son jambon de la mauvaise façon…aaah le cancre, l’inepte, le mal-faisant, bricoleur, inventeur sous-doué, le syndroné des jambes sans repos, le bon-blagueur, l’intuitif manqué, le faux-inspiré, le bien-pensant…

 

Pérégrinations un peu désespérées que j’ai donc menées chez les fabricants/producteurs  ardennais  de jambon dit ardennais : Bastogne, puis la Roche, puis St-Hubert où hélas vient de fermer sans doute le moins mauvais de tous les producteurs  de jambon d’ardenne. Vous pensez , monsieur, des jambons à l’os , on n’en faisait déjà plus qu’une dizaine par ans…les gens  maintenant veulent du jambon sans os pour pouvoir  le couper à la machine…

 

Misère de misère, car justement  l’opération de désossage   du  jambon à l’os,  une fois découvert  cet os énorme qu’il faut enlever pour pouvoir retourner le jambon d’un quart de tour et poursuivre alors son débitage en le tranchant à la perpendiculaire ( d ‘ où l’importance de l’entamer au départ du bon côté… ) , l’opération de désossage disé-je donc, est la pire opération qui soit,  mais essentielle d’où son incontournable épreuve, où l’on risque de se perforer l’abdomen avec un couteau qui glisse, où l’on risque de casser la table sur laquelle on tente de réaliser l’opération tant il faut à un moment tordre en tous sens  le jambon pour tenter d’arracher à  l’os  ses ligaments qui le retiennent malgré que l’on ait dégagé au mieux  tout le pourtour et que l’on ait taillé au-delà du raisonnable en tranchant dans la chair rose et tendre ( tout près de l’os le sel et la fumée ont peu  atteint la chair ), opération périlleuse donc, car l’os, il faut le sortir, et une fois sorti le promettre à quelque soupe rapidement mise au feu, soupe de gros légume, ou mieux, mais vraiment mieux, soupe  de  pois secs, ou de potimaron…de ces soupes où la cueillère tient debout sans tomber sur le bord de la casserole…

 

Pérégrinations donc dans les villes, villages et campagnes d’ardenne à la recherche du bon jambon…recherche désespérée, qui s’est avérée finalement inutile : le bon jambon d’ardenne n’existe plus, malgré le label instauré il y a quelques années, et malgré une littérature à vocation touristique qui chante en vain les mérites d’un produit qui a disparu au profit d’un erzatz qui prolifère… 

Il ne faudrait cependant  pas déduire de ce que c’est la constatation de la perte du jambon d’ardenne qui, par jeu de substititution en quelque sorte, m’aurait conduit à reconnaître dans le jamon andalou, de pata negra, jamon d’Aracena, mais aussi tous les Jamones  » ibericos  » qu’ils viennent d’Andalousie ou d’Extremadura, une qualité incomparable même s’il s’agit de Jamon qui ne sont pas fumés, Jamones alors qui ne doivent leur gout qu’à leur…goût, c’est-à-dire celui de l’animal élevé dans des conditions de semi-liberté, profitant par dessus-tout des glands produits par les petits chênes qui poussent dans les Sierras où ils courent, et courent d’ailleurs comme des sangliers, farouches ou peureux, mais galopant en poussant des  cris dés qu’ils sont dérangés….

 

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 jambon d’ardenne

 

 

 

 

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 jambon d’ardenne

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 idem…

 

 

 

 

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6 mars 2010

Trois ou quatre vues sur Séville

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La femme de ménage achève de mettre la chambre en ordre ; elle passe un jet d’aérosol derrière elle ( le propre, contrairement à l’argent  a une odeur )  et, avant de quitter la pièce, ferme les fenêtres et rabat les persiennes. Il est midi,  l’air est bon dehors mais il est interdit, la lumière d’hiver dehors est douce mais elle est interdite de séjour…
…Sevilla, ou une certaine vision de l’air et de la lumière.

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L’ancien Maire de Sevilla, avocat et professeur de droit administratif, el Senor Luis URUNUELA   a publié son opinion dans le journal ABC, édition andalouse, à propos du projet de construction d’une bibliothécaire universitaire  dans le parc du Prado : il commence par un jugement sévère :

 Comencemos por la conclusión para que todo quede muy claro desde el principio: a mi juicio dar marcha atrás, a estas alturas, a la Biblioteca universitaria sería un despropósito y una nueva frustración a añadir a las ya numerosas que padece Sevilla.

 Il faut savoir que le Prado est un parc de petite dimensión, rectangulaire, hors du centre de Sevilla, et qu’il était le lieu où se tenait la Feria jusqu’à ce que celle-ci, il y a quelques années, dut migrer victime de son succès et de son déveleppoment.

La construction d’une biobliothèque universitaire dans le parc a provoqué des actions judiciaires de la part des riverains qui eurent gain de cause : la construction commencée s’arrêta et l’on peut voir actuellement sur le site de curieuses pièces métalliques sortant du sol qui laisse augurer une construction assez singulière. L’affaire vest actuellement en Cassation; on attend l’arrêt.

Mais ce n’est pas cela qui retient l’attention del Senor URUELA . Après avoir affirmé en préambule que construite à une telle hauteur la bibliothèque constituerait une nouvelle frustration à ajouter à celles qui entachent tout Séville, l’ancien Maire, qui est pourtant et il le rappelle un ardent défenseur du parc du Prado, conclut à ce que ce bâtiment doit être construit car Seville a besoin d’une bibliothèque universitaire.

Il oublie de prendre en compte un tout petit détail  : cette  honorable personnalité qui a travaillé à la grandeur de Séville et qui y reste fort attaché, n’a pas relevé que l’argument essentiel en faveur de la construction du bâtiment tel que projeté, est qu’il est l’oeuvre de l’un des plus fameux architectes de notre temps, une femme, Madame Zaha Hadid dont les bâtiments sont l’orgueil des cités qui les recueillent…

…Sevilla, où l’air et la lumière confinés peuvent donner des vues étroites.

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                            ortho - neige - photo jvl - 7 mars 10
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                              huile s/toile - jvl - 2 février 10

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Un Collège du centre ville le jour de la Fête de l’Andalousie.

Des avis aux valves rappellent les petits travaux aptes à réveiller ou entretenir l’esprit patriotique andalou ( connaître les paroles de l’hymne et le chanter, choisir un grand homme et résumer sa vie et son oeuvre , porter dans les cheveux le ruban vert et blanc etc). Les parents ont apporté tous les plats dont les portions vont être vendues au profit d’une association d’Amérique latine : on y trouve le catalogue de toute la gastronomie de comptoir andalouse. Les parents et les professeurs serevnt au bar, distribuent les tapas. Il pleut. La salle de gym résonne de tous les cris des élèves enfermés. Le professeur de philo, qui doit avoir 25 ans, a amené des amis qui jouent de la guitare en utilisant de mauvais ampli; le son résonne, se déforme un peu. Les airs de guitare, comme guidés par une main ancestrale ( oui, il faut bien dire ancestrale, se mue en une danse à trois temps, à six temps; d’un seul coup les bras se lèvent, les mains s’agitent, on dirait de loin de petites mains massées sur le bord d’un quai qui font  des signes d’adieu à un convoi fantôme qui s’ébranlerait. Avec une synchronisation parfaite et émouvante, gamins, petitres filles, garçons et grandes filles, par couples improvisés, ondulent, avancent, passent, repassent et tournent : c’est la  Sévillanne, cette danse que les mamans apprennent à leurs filles qui les apprendront à leurs propres filles. Aucune, dans cette salle de gym à la sono si pourrie, ne danse bien , mais l’ensemble bouge avec candeur, avec ferveur, il n’y a personnepour regarder, personne pour voir, et tous dansent avec leur coeur, un coeur aux rubans vert et blanc.

Séville, la sévillanne se danse yeux dans les yeux : que vous la dansiez avec un inconnu, avec votre frère, votre père, un autre inconnu que vous ne verrez jamais plus une fois la danse achevée, la sévillanne se danse yeux rivés aux yeux de l’autre, frime et pas frime, vérité imposible…

…Séville, vue étroite, fenêtres closes, persiennes tirées, yeux dans les yeux, pourtant.

 

 2 versions sévillanes du sabre et du goupillon

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2 janvier 2008

Picasso et Malaga

Classé dans : commentaires, compte-rendus, expo, peintres — Mots-clefs :, , , , , , — jvl @ 17:48

 

Depuis relativement peu de temps, Malaga a compris le parti qu’elle pouvait tirer de Picasso, qui y est né et y a passé sa prime enfance.
En octobre 2OO3 s’ouvrait en grandes pompes, en présence du Roi, le Museo Picasso.
La maison natale de Picasso fait désormais partie des circuits recommandés, l’un des paseos maritimos de Malaga porte son nom, et un peu partout dans la ville de très grands panneaux de tissus reproduisent les tableaux célèbres du peintre, dont les Demoiselles d’Avignon ( qu’ont-elles à faire là ? ) et une vue de Cannes entre autres…

Picasso, c’est vrai, n’a rien peint de Malaga, ni d’Andalousie.

C’est vrai qu’il quitta très tôt le pays de sa naissance…mais est-ce une explication suffisante ? Il aimait l’Espagne pourtant et il a semble-t-il toujours gardé pour elle un attachement très fort . Il avait exporté avec lui en Arles ou à Nîmes l’amour-passion de la corrida, il peignit le Nord de l’Espagne : Hurta de San Juan, Gosol…Mais rien, sauf erreur, ni sur Malaga, ni sur l’Andalousie.

Collons à la vérité historique : à l’âge de 10 ans, il part avec sa famille à la Coruna, extrême Nord de l’Espagne ( Nord Ouest qui plus est ) où son père, prof de dessin, a obtenu un poste ; reviendra à Malaga en famille pour les vacances d’ été, puis repartira dans le Nord, Barcelone cette fois où son père a obtenu un noveau poste, et où pour lui les choses sérieuses vont commencer, et puis Paris, en 1900 alors qu’il a 19 ans.

Je me pose depuis longtemps la question des racines profondes de Picasso, et particulièrement la question de savoir s’il a de vives et réelles racines andalouses. Je dis andalouses et non pas espagnoles, parce que d’une part Picasso est né et a grandi en Andalousie de parents tous deux andalous, et d’autre part parce que l’Andalousie est une terre forte, très marquée ( donc marquante) ,dont la culture et la tradition sont très vivantes, culture métissée ( l’art mudéjar est par essence métissage, et le Flamenco – dont cependant les origines sont discutées - l’est sans doute aussi de même que, c’est une tautologie, la musique arabo-andalouse).

Il faut bien entendu éviter les clichés stupides : oui, Picasso est bien andalou par son côté macho, son amour des toros, son regard noir que ses amis photographes ont su si bien exploter…Je connais bien des belges, wallons surtout, et des français aussi, qui correspondent à ce profil caricatural et qui n’ont jamais mis les pieds en Andalousie.

Il y a un an environ, au Musée Picasso à Paris, fut montrée une exposition « Picasso et Carmen « , Carmen étant l’archétype, surtout pour les gens du Nord que nous sommes, de la femme andalouse, virevoltante, féminine et passionnée…Mais, j’ai ressenti surtout, en parcourant cette exposition, l’allusion au mythe plutôt que l’illustration d’une réalité.

Tout petit enfant, il est établi que Picasso était conduit aux Arènes par son père, lequel passait pour un véritable aficionado.

La passion de Picasso pour les toros et les corridas est réelle et l’a nourri pendant toute sa vie, personne ne la mettra en doute, et il est intéressant de lire ce qu’en dit par exemple son épouse Françoise Gillot *.

Mais cet élément – que d’autres, qui ne sont pas nés en Andalousie, peuvent partager tout autant , et qui d’autre part peut être commun à toute l’Espagne et non à la seule Andalousie même si c’est là que serait née la tauromachie et qu’elle y prend, c’est vrai, un tour tout à fait spécial – n’est pas suffisant pour expliquer, illustrer ou justifier l’existence ou non de racines andalouses.

Cette question qui reste pour moi sans réponse m’a poursuivi pendant mon dernier séjour à Malaga cet hiver , et j’ai ressenti avec un certain embarras les tentatives faites par la Ville de Malaga pour y faire vivre ou revivre la présence de celui qui, peut-être, ne s’y est jamais senti chez lui : j’ai parlé plus haut de cette espèce de campagne d’affiches géantes reproduisant des toiles de Picasso qui n’ont aucun lien ( ! ) avec Malaga, de la mise au devant de la scène de sa maison natale, et de son Musée, Musée que Picasso lui-même aurait voulu ( ? ) - rappelle un texte gravé sur les murs d’entrée.

Le Musée Picasso n’a que 4 ans ; il est abrité dans le très beau Palacio de Buenavista qui date du XVIème siècle, lequel a été agrandi à l’arrière ( il faut en effet aller vers le teatro romano, juste derrière, pour apprécier les beaux volumes de la construction moderne qui prolonge le Palacio et abrite les expositions temporaires ).

A l’intérieur, l’on est frappé par deux choses : la monacalité absolue des murs blancs des halls d’accueil, caisse, vestiaire et patio lui-même lesquels préparent ( ce fut en tous cas à la fois mon ressenti et mon attente ) ou devraient préparer à l’explosion des formes et des couleurs que l’on imagine imminente, et d’autre part, l’absence totale, dans les salles d’exposition elles-mêmes, d’ouverture et d’utilisation de la lumière naturelle.

La lumière de Malaga, la lumière d’Andalousie, la lumière du Sud, la lumière, justement, de l’enfance de Picasso.
Absente, chassée, bannie.

Que l’on n’objecte pas que, justement, c’est parce qu’elle est trop vive qu’elle ne peut être utilisée : il existe évidemment, et je ne suis pas architecte, quantité de façon de la réduire, l’adapter, la domestiquer, pour qu’elle donne là le meilleur d’elle-même, à tous moments du jour et des saisons, et qu’elle participe, en quelque sorte, à la couleur locale…

Il y a beaucoup à dire sur l’Andalousie, sa lumière et la façon dont les andalous ( les Sévillans surtout ) la fuient et la combattent, désemparés qu’ils sont quand le soleil ne brille pas mais s’ingéniant, quand il est là, à le combattre…et ce n’est pas seulement pour la chaleur dont la lumière est souvent synonyme, c’est plus compliqué que cela…compliqué au point que les andalous s’en défendent farouchement et donnent d’ailleurs des explications simplettes dont un enfant – me semble-t-il – pourrait lui-même percevoir l’ineptie.

J’y reviendrai sans doute un jour.

Le Musée Picasso donc : le fond permanent contient exactement un total de 15O oeuvres, provenant de la donation de sa belle-fille  Christine, et du fils de celle-ci Bernard.

15O œuvres comprenant aussi des gravures, dessins, céramiques, et quelques peintures : quelques œuvres vraiment mineures, quelques-unes sans beaucoup d’ intérêt, et quelques chefs d’œuvre ( ( ( Suzanne et les vieillards, 2 dessins de femme nue allongée, une série de 5 dessins guéridon et guitare ).

Actuellement, et jusqu’au 28 janvier 2008, exposition « Picasso – objet et image «

qui illustre la relation qu’établit l’artiste , par son regard et par son travail, entre l’objet et l’image que l’objet peut donner ( revoir ici dans ce blog « le ready-made d’Ardalès…). L’on y voit des pièces sortant de collections privées ( le bronze de la femme enceinte, 1er état ; le buveur d’absinthe de 1914… ), des céramiques, une peinture sur une brique de construction, des études sur l’amphore-femme, des linos… bref un univers ludique, hétéroclite , sensible , jamais chaotique, attachant, surprenant, déroutant, salutaire…

En cherchant Picasso dans Malaga, je l’ai plus trouvé, m’a-t-il semblé, sur les gradins vides de la Plaza de Toros ( la Malagueta ), dont on a une vue plongeante, émouvante et très impressionnante depuis le belvédère situé dans la colline en face, à côté du Parador, que partout ailleurs : quelques pigeons, au soir tombant, volaient en cercle au-dessus de la Plaza vide, et assis sur les gradins déserts, face à l’arène de sable jaune et froid, un petit garçon qui les regardait battre des ailes.

 

 

Françoise GILLOT, vivre avec Picasso, éd.10/18, p. 243 et svtes : « …pour lui, la définition d’un parfait dimanche était celle du dicton espagnol : messe le matin, corrida l’après-midi, bordel le soir. Il se passait sans difficulté de la première et la dernière partie du programme, mais les courses de taureaux étaient une de ses plus grandes joies «

 

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