blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

17 novembre 2011

SCENE A DEUX PERSONNAGES

 

 

 

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La scène à deux personnages, telle qu'elle est présentée au Musée d'Aquitaine à Bordeau.

 

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Il s’agit d’une gravure pariétale remontant au Gravettien ( env. -29 à – 20.000 ans BP ) obtenue par piquetage.

Elle fut découverte à LAUSSEL ( Dordogne ) en 1911  pratiquement en même temps que la Venus à la Corne  dont question dans le post précédent.

Cette scène est gravée sur un bloc, lequel s’est sans doute détaché de la paroi :  il s’est détaché avant ou après qu’il ait été gravé ? La question a toute son importance, comme on le verra ci-après  – elle est même pour moi, dans ma tentative d’interprétation, tout à fait primordiale.

 

Si le bloc a été gravé sur la paroi, le sens ( haut et bas ) n’est pas discutable .

Encore que.…  – ainsi qu’on le verra infra.

Si la bloc a été gravé après s’être détaché, rien ne permet de savoir à coup sûr où se trouve le haut et où se trouve le bas du motif gravé par le sculpteur.

Il existe en ca cas  ipso facto  une liberté de regarder le bloc dans un sens ou dans l’autre, en le faisant pivoter à 180 °, bref en lui mettant la tête en bas, même si on ne sait pas exactement où est la tête.

 

 

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Que montre cette scène ?

 

Apparemment deux personnages figurés tête-bêche associant une figure que l’on tient communément pour féminine et, à l’inverse, un buste plus sommaire.

 

C’est là la définition officielle donnée par le Musée d’Aquitaine de Bordeaux qui héberge le chef d’œuvre, relayant en cela l’acception donnée par le monde scientifique.

 

Que l’on y voit un buste manifestement féminin ne pose guère de doute.

 

Mais que l’on prétende sans réserve  qu’il s’agit d’un tête-bêche me laisse pantois.

 

Un motif dans le style des cartes à jouer, gravé au Gravettien ( env. 25.000 ans d’ici ) , requiert une faculté d’abstraction peut-être inédite à cette époque, sans doute inédite, puisqu’il s’agirait là de la représentation d’un motif purement construit, que la réalité ne livre pas comme tel, bref que l’esprit humain doit inventer et construire préalablement à son exécution. En d’autres mots encore, les têtes-bêches ne se promenant pas à l’air libre, même au Gravettien, le sculpteur a dû faire un curieux exercice mental avant de  se mettre à l’ouvrage, pour livrer ensuite aux siens médusés ( les contemporains de Picasso le furent moins lorsqu’il leur présenta ses Demoiselles  d’Avignon ) un motif incompréhensible,  l’œuvre d’un fou, œuvre  qui cependant, on doit bien l’admettre en la contemplant aujourd’hui, ne fut pas détruite mais laissée au vu de tous…

 

Curieuse aventure.

Elle est évidemment extrêmement alléchante cette idée d’un l’artiste qui, en ces temps reculés proprement inimaginables , 1/  ait réussi l’exploit tout à la fois intellectuel  2/ puis artistique de créer une telle scène purement imaginaire, 3/ puis de l’imposer à sa communauté. C’est BRETON je pense, l’ami de PICASSO, qui a dit qu’il avait craint retrouver PICASSO pendu derrière ses Demoiselles d’Avignon tant avait été grande pour lui la désillusion née de l’incompréhension de ses proches.

 

Lorsque je peins, je mets le chassis successivement sur ses quatre côtés, le faisant ainsi tourner au gré du rythme de la construction, jusqu’à ce qu’il tienne et se tienne sur chaque face. Cela m’amène en général à trouver des correspondances et des liens ( chacun expliquant et enrichissant l’autre ) entre lignes, masses et couleurs, et doit en principe contribuer à l’équilibre de l’ensemble.

 

J’ai donc mis la Scène tête en bas à 18O degrés par rapport au sens montré dans le Musée et dans les livres où la gravure est reproduite , et là, surprise, c’est un personnage féminin, et un seul, qui apparaît.

Jugez-en :

 

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Tête, cou creusé, seins lourds, pointus et moins ptosiques que ceux de sa sœur de Laussel trouvée à quelques mètres d’elle.

Vue ainsi, cela ne semble faire aucun doute : la scène tête-bêche tellement impossible disparaît totalement au profit d’une figuration répondant aux archétypes en vigueur ( et quelle vigueur…) alors.

 

Cette thèse cependant n’est tenable que si la sculpture fut réalise sur le bloc détaché de la paroi – dans le cas contraire en effet, on peut difficilement imaginer que le sculpteur ait réalisé son œuvre perché sur la paroi tête en bas.

Quoi que…cette  hypothèse-là  elle-même est tenable : j’ai perdu les références précises, mais nombre de gravures, dans des grottes, se présentent à l’envers, la plupart située à hauteur d’homme mais certaines ( des bisons à Font de Gaume ? Je ne sais plus ) bien au-dessus de la taille humaine si bien que pour les réaliser le sculpteur a dû s’accrocher en hauteur et travailler la tête en bas.

 

Mais enfin, dans le cas qui nous occupe, si l’on peut donc  théoriquement accepter le fait que le sculpteur ait  pu graver  la Scène la tête en bas  sur la paroi-même, puisque la chose se faisait alors, on se retrouve devant le mystère du sujet  ( une scène tête-bêche ) tel qu’évoqué ci-dessus ( comment imaginer au Gravettien la conception, puis la réalisation, puis l’acceptation par tous ensuite de l’œuvre ).

 

Toutes ces difficultés d’explications sont évacuées si l’on peut retenir l’hypothèse que le sculpteur a sculpté directement un personnage féminin et non cette scène à deux personnages , et ce parce que le bloc était déjà détaché de la paroi lors du travail , ce qui lui permettait de sculpter un motif qui était à 180 degrés de celui que l’on prétend trouver aujourd’hui devant ce même fragment de paroi.

 

 

Question : bloc déjà éboulé ou sculpture sur la paroi ?

On sait que les fouilles à LAUSSEL furent réalisées par le dr LALANNE de Bordeaux, ou plus exactement en ses absences fréquentes, par ses ouvriers lesquels ne  tenaient pas de journal de fouille.

La Scène fut la 1ère découverte sur le site de LAUSSEL, avant la Venus à la Corne, entre mars et avril 1911. Dans sa 1ère publication, le Dr LALANNE écrivit qu’elle provenait de l’assise inférieure du Solutréen, càd vers le milieu de l’abri où sont localisées les deux couches solutréennes. Par la suite, il a dit que la Scène provenait des éboulis sur lequel reposait la couche solutréenne.

 

La Venus à la Corne a été trouvée un peu plus tard gravée sur un énorme bloc de plus de 4m3 éboulé au pied de la falaise ; la partie sculptée, qui faisait environ 54 cm, a été sciée sur place pour être transportée à Bordeaux ( voir le précédent post sur ce blog ).

 

Rien de  tel pour la Scène qui nous occupe : je n’ai rien trouvé en tous cas ( recherches sommaires il est vrai…) qui plaidât pour une opération tant soit peu similaire, avec sciage d’un gros bloc où se fut trouvée gravée la Scène.

 

Il me semble donc raisonnablement acquis que la scène a été trouvée sur un bloc de petite dimension, parmi les éboulis  -  pour reprendre les termes exacts utilisés par le Dr LALANNE .

 

Ainsi , tout est simple et clair : nous avons ici sous les yeux  non cette scène tête-bêche qui graphiquement constituerait une avant-garde plastique de plus  20.OOO ans qui est proprement inimaginable  parce que rompant avec tous les codes prévalant alors , mais tout simplement  un personnage féminin  sculpté au Gravettien  sur un bloc éboulé …

 

Introduisant un subtil changement d’angle de vue  -   ah ce si précieux procédé qui nous fait à nous dans la vie quotidienne déjà si souvent défaut -   LEROI-GOURHAN a très finement suggéré que le second personnage aurait été introduit dans la scène plus tard et qu’en quelque sorte cette œuvre aurait été sculptée en deux fois.

Que n’a-t-il été plus loin, alors que ce faisant comme il l’a fait, il avait accompli le plus difficile : sortir de l’idée d’un tête-bêche et décomposer la réalisation en deux temps chronologiques, ce qui rejoignait d’ailleurs une manière de faire bien connue consistant à revenir sur un élément déjà gravé pour y ajouter d’autres éléments au fil des temps. 

 

Une fois brisé comme il le faisait le carcan de la vision imposant le tête-bêche, LEROI-GOURHAN n’aurait-il pu songer à donner au bloc 180 °, et n’y aurait-il pas vu alors ce qu’il s’imposait de voir  : un personnage féminin bien de son temps ?

 

 

 

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10 mai 2010

METISSAGE entre cro-magnon et néanderthal

 

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LES    1ers   PEINTRES  NE   SONT   PAS   CEUX   QUE   L’ON  CROYAIT….

Cà jasait depuis un certain temps mais à présent la nouvelle est enfin officielle : la femme de Néanderthal a couché avec l’homo sapiens-sapiens, et le contraire aussi.

Petit retour en arrière : Néanderthal occupait nos régions depuis -400.000 ans environ.

Arrive l’homo sapiens-sapiens, vers -40 ou -60.000 ans.

Comme on sait que Néanderthal a disparu vers  -40.000 ans, tout le monde s’accordait à dire que Néanderthal avait cohabité, de près ou d e  loin, avec homo sapiens, mais aucune trace nulle part de cette cohabitation qui, par exemple en termes culturels, aurait pu donner un hybride intéressant.

Qu’ont-ils donc pu faire pendant cette cohabitaion laquelle s’est terminée, autre mystère, par la disparition brutale, radicale et définitive de Néanderthal vers -40.000 ans ?

Mystère pensions-nous jusqu’ici.

Néanderthal commençait  depuis peu à  redorer son blason : de la brute épaisse pour  laquelle il passait  jusque là , il fallut  bien admettre ( ? ) lorsqu’on découvrit au Proche-Orient  des  sépultures néanderthaliennes,  que des hominidés  comme eux capables d’enterrer leurs morts ne pouvaient qu’ étaient habités par une forme de spiritualité.

Les voici un peu plus tard face aux homo sapiens-sapiens, beaucoup plus évolués  -   cause  sans doute de la disparition plus tard des Néanderthal.

Jusqu’il y a peu ( mais c’est à vérifier car je dis de mémoire ) l’on affirmait mordicus qu’il n’y avait pas la moindre trace dans nos gènes de ceux de Néanderthal : ouf, on respirait, nous descendions  donc de ces élégants gentleman sapiens-sapiens, et n’avions  rien en partage avec les rustauds très préhistoriques de Néanderthal.

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On a terminé il y a peu le génome de Néanderthal.

Des anthropologues ont découvert  il y a très peu de temps ( un an ? )  que vu le positionnement de son larynx, le Néanderthal était construit pour émettre des sons et , théoriquement, était capable de parler, c’est-à-dire de communiquer.

Il y a quelques jours tombait la nouvelle   

http://www.sciencemag.org/special/neandertal/

que  tous espéraient en secret : oui,  c’est à présent officiel,  on peut cesser les commérages,  lors de leur cohabitation forcée bien connue déjà depuis des décennies,   les néanderthaliennes ont bien couché avec les sapiens-sapiens, et vice-versa,  et   ils  eurent tellement d’enfants,  tellement et encore tellement, que nous-mêmes, en nous regardant désormais dans la glace, allons pouvoir désormais  trouver qu’effectivement  nous venons d’Afrique et que nos ancêtres sont venus ici ( à Virton, à Sevilla ou à La Roche en ardenne…) soit en passant Gibraltar, soit en passant par l’Asie.

Voir , paru ce lundi 10 mai, le numéro de Science  et Vie    :    http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/archeo-paleo/20100506.OBS3562/il-y-a-un-peu-de-neandertal-en-nous.html

On voit désormais les choses autrement, non ?

C’est donc certain : La comparaison des ADN montre que (… ) 1 à 4 % du génome humain actuel pourrait provenir des néandertaliens, Nous pouvons maintenant dire que, selon toute probabilité, il y eu un flux de gènes de Néandertal à l’homme moderne», a déclaré Richard E. Green  ( Université de caliufornie, auteur de l’étude publiée au début dans  le  prestigieux   SCIENCE.
Ils ont calculé que cet apport génétique des néandertaliens à Homo sapiens a du se produire 50 à 80 000 ans en arrière.
Les chercheurs ont également identifié plus de 70 évolutions du génome de l’homme moderne qui n’existent pas chez néandertal. Ces gènes sont impliquée dans le développement du cerveau, de la peau, des os et la cognition.

 

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Pour moi, avec mes modestes moyens d’écolier dissipé, je vois surtout une chose, qui me semble difficilement contestable :   

-         les plus anciennes peintures , dessins et gravures pariétales sont d’environ -34.000 ans  à  – 32.000 ans ( Chauvet ) .

-         Les noces néandertalo-sapiens sont forcément antérieures à -40.000 puisque c’est vers cette époque que se situe l’extinction des néandertaliens.

-         Leurs enfants ( et là, je suis sérieux )  peuvent alors être ceux qui  sont les 1ers peintres de l’humanité.

-         Les premiers peintres   ( Grotte CHAUVET , peintures datées d’il y a 34.000 ans ) , jusqu’ici farouchement considérés comme des homo sapiens-sapiens, seraient en réalité ( au moins pour une partie d’entre eux ) le fruit du métissage néanderthalien/sapiens.

Métissage, métissage :  dans la nature tout se transforme et rien ne se perd  ( Lavoisier – 1743 ) , mais toute l’évolution   – et nous ne sommes, essentiellement, existentiellement que transformation permanente, chaque seconde  par exemple certaines de nos cellules  disparaissent en même temps que d’autres naissent –

Et ces transformations ne sont-elles pas  aussi  , inévitablement,   le fruit permanent de   métissages incessants ?

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3 octobre 2009

HOMO SPECTATOR ou l’homme qui a vu son image

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L’ Homo spectator, de  Marie-Josée MONDZAIN , éd. Bayard.

 

 

 

 

Sur la couverture du livre , une main préhistorique en négatif.

Je ne sais plus de quelle grotte elle est tirée : les mains, négatives ou positives, existent dans de très nombreuses grottes ( Sahara, Borneo, Bush australien, Patagonie argentine, et en France : grottes COSQUER   (2) et grotte de GARGAS ( 3)  notamment  pour lesquelles elles sont attribuées au gravettien càd environ -27.000 ans avant le présent  ).

J’ai eu le livre en main lors de sa parution, mais ne l’ai pas acheté car je me suis rendu compte que la partie de l’ouvrage consacrée au dessin préhistorique, à l’origine du dessin et de la peinture,  était assez réduite et que le propos du livre dépassait largement le cadre de la question de la  naissance de la peinture.

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Grotte CHAUVET – main négative

 

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50×50- 13 aout 09 – huile s/toile – JVL

 

Un  ami  m’a récemment envoyé un large extrait de l’ouvrage, celui-là  même qui traite de la naissance de la peinture. J’ai donc pu le  lire.

 

Philosophe,  directrice  de recherche au CNRS, membre du centre Marcel Mauss de l’EHESS Paris, Marie-José Mondzain développe  depuis des années une réflexion sur les différents régimes de l’image dans divers contextes historiques.

D’où l’essentielle  et passionnante question de ses origines.

 

Homo spectator, c’est l’homme qui le premier, dans l’obscurité d’une caverne, a inscrit une trace hors de lui, écrit l’éditeur dans la présentation du livre.

 

PAIR NON PAIR       ( Gironde ) a été gravé à la lumière du jour fournie par un oculus au-dessus des gravures aurignaciennes ( de -33 à – 26. Avant JC, soit de -35 à – 28.  du présent ).

A l’entrée de la grotte HORNO DE LA PENA ( Cantabria ) se trouve un cheval gravé datant  du paléolithique , gravé à la lumière du jour.

 

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50x50 - 5 juin 2009 - huile s/toile - JVL
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 50x50-6 juin 2009 - huile s/toile - JVL

 

 

 

Dans le cadre de l’examen  que va tenter MONDZAIN de la question de la naissance du dessin et de la peinture , la seule hypothèse  qu’elle retiendra est celle de l’homme , pour ce faire, s’enfonçant dans les ténèbres de la grotte ( p. 26 )

 

Elle ajoute ( ibid.) ces lieux sont choisis pour les images et souvent pour le culte des morts.

-         L’homme dans les entrailles de la terre : on comprend que cette image est nécessaire à MONDZAIN, pour ce que cela  va lui permettre d’en tirer, mais cette image comme la seule qui a pu permettre le dessin ou la représentation,   est erronnée.   

L’ idée de sanctuaire profond comme seul lieu des premières représentations humaines , séduisante évidemment parce qu’il y a les ténébres, la matrice etc…  est une thèse qui a dû être abandonnée  récemment avec la découverte de sanctuaires paléolithiques en plein air  (  Foz Coa  au Portugal ) .

Il n’en reste pas moins vrai que des peintures ont été faites dans des   sanctuaires profonds   mais ceux-ci n’ont pas l’exclusivité dont le caractère – erroné malheureusement – plaît tant à l’auteure.

 

-         ces lieux sont choisis pour les images et souvent pour le culte des morts : non, les grottes ornées, sanctuaires profonds,  n’ont pas servis, du moins au paléolithique, pour le culte des morts.

 

-         Le dessin des mains comme premier dessin de l’humanité  :  c’est l’hypothèse que MONDZAIN retient du moins implicitement.

Je suis moi-même à la recherche de ce qui a bien pu être la première représentation ou dessin fait par l’homme.

Les seules traces que l’on connaît sont celles présentes sur les parois ( les plus anciennes : env. -34.000 ans sur base de la science actuelle ) , mais rien n’indique que ce serait la représentation  sur paroi   ( 1  )  qui serait  la première manifestation de ce genre , et rien ne permet non plus  d’affirmer que  représentations  de  mains serait la première manifestation. Par exemple, les mains négatives de GARGAS ou de COSQUER sont datées du gravetien, soit env. -27.000 avant le présent, alors que, par exemple, les datations effectuées en 1995 dans la grotte  CHAUVET révèlent que  certains dessins remontent à – 32.400 .

Il paraît donc certain , au stade des découvertes actuelles, que les mains négatives ou positives, ne constituent pas la première représentation réalisée par l’homme.

 

-         L’utilisation de pigments   mis en bouche  et soufflés et projetés sur la paroi   :

là aussi, on comprend combien l’auteur aime cette image ( en soi pas inexacte , car il est vraisemblable que ce procédé a été utilisé )  pour tout le parti qu’elle va pouvoir en tirer. Deux critiques historiques :  il n’est pas absolument certain ( mais seulement hautement probable )  que cette technique ait   bien été utilisée ; plus certaine paraît  la technique utilisant la bouche mais seulement pour le souffle qu’elle produit dans une espèce de paille qui envoie  l’air sur les pigments lesquels atterrissent sur la paroi. Ne parler que de la technique du pigment dans la bouche , semble bien là aussi privilégier une hypothèse pour tout le suc qu’elle contient , mais au détriment de la vérité historique ( laquelle n’est du reste pas fixée ).

 

 

 

 

 

-         La différenciation sexuelle dans la représentation :

j’ai vu de mes yeux  en de nombreux endroits ce que les guides appellent des dessins vulvaires, ou mieux encore ( grotte des Combarelles ) la gravure d’un triangle percé en quelque sorte par un double trait : aucun doute pour le guide, qui le tient de paléontologues, il s’agit-là d’un dessin vulvaire et d’un pénis le pénétrant.

Je suis toujours resté assez sceptique sur l’attribution formelle donnée par la plupart de ce qu’il s’agissait bien de représentation d’organes tantôt féminins, tantôt masculins.

Quand on voit, à travers l’Europe, la diversité et la richesse des signes ( aviformes, tectiformes , campaniformes …etc :   pour les   classer  - puisqu’il faut classer, nommer, énumérer.. ! –    on leur a  attribué  des parentés avec  quelque chose de connu : un oiseau, un toit, une cloche… etc ), de signes totalement incompréhensibles, genre de rateau, de rectangle avec traits divers, de traits plus ou moins rangés en séquences, de ponctuations  - quand on voit donc la diversité et la richesse des signes dessinés sur les parois ( début d’un certain langage écrit ? ) , il me paraît audacieux d’ affirmer , face à une espèce de triangle barré verticalement par un trait,  qu’il s’agit là de la représentation du sexe féminin.

 

Mme MONDZAIN, qui n’est ni historienne, qui  délaisse la critique historique, qui n’est pas paléontologue, mais qui est philosophe – et c’est heureux -, utilise donc pour  sa brillante monstration des  éléments qu’elle tient définitivement  pour  simplement  avérés, alors qu’ils  ne le sont pas et se voient pour certains  régulièrement remis en cause par exemple par de nouvelles découvertes archéologiques -.

Et lorsque l’on se rend compte de cela, on  éprouve une certaine méfiance à l’égard d’une auteur et d’un texte construit comme pour le plaisir de son auteure qui a trouvé dans la préhistoire des éléments dont elle a bien senti  avant même de les organiser entre eux comme elle le fait, qu’ils allaient magnifiquement  la servir.

 

Voilà donc ce qui gâche mon plaisir face à un texte qui va loin dans l’analyse, et qui reste pertinent sur l’essentiel (  « … mais vient alors le troisième acte : l’acte décisif : c’est le geste de retrait.Il faut que la main se retire. Le corps se sépare de son appui.Mais ce n’est pas sa main maculée de pigments que ml’honne regarde car apparaît devant les yeux l’image, son image, telle qu’il peut la voir parce que sa main n’est plus là (…) Se retirer pour produire son image et la donner à voir aux yeux comme une trace vivante mais séparée de soi  -  ibid.p.29  )    malgré la coupable faiblesse qu’a eue son auteure qui  a monté une belle construction  ( comme telle, elle reste belle – mais cela s’apparente alors plus à  exercice de style ) sur des bases malheureusement mouvantes et, pour certaines, inexactes…

 

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(1)     On considère assez généralement que la pratique de la  peinture corporelle serait bien antérieure à l’utilisation de cette peinture pour la représentation pariétale ; de même, rien ne permet d’exclure que des motifs de représentation ornassent des éléments mobiliers, bien avant la peinture pariétale ( os, pierres, bâton ) , et ce serait alors à la pérennité seule possible pour les parois de certaines grottes que nous devrions aujourd’hui de considérer que les premières manifestations d e peinture seraient  pariétales.

(2)      Grotte COSQUER ( près de Marseille ) : plus de 50 mains y sont représentées  avec la particularités qu’à     toutes il manque des phalanges – alors qu’à ce jour aucun squelette du paléolithique supérieur ne présente des phalanges manquantes ( Jean CLOTTES )

(3)      

Grotte de GARGAZ ( Pyrénées orientales ) : environ 200 mains négatives dont la moitié présente des phalanges incomplètes.

Les mains dans ces deux grottes sont datées  du gravettien soit env. – 27.000 avant le présent.

 

 

 

 

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2 octobre 2009

L’ agnus dei de PAIR NON PAIR

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La grotte de PAIR NON PAIR ( côte de Bourg, Gironde ) a été découverte  en 1881 par un natif de Bourg, François DALEAU.

 

L’une des plus belles gravures ( elles sont toutes aurignaciennes, càd -30.000 ans  env. avant le présent ) , face à l’entrée, à droite, est un cheval tournant la tête vers l’arrière à 180 degrés, encolure en parfait arc de cercle.

 

On connaît cette figure biblique de l’agnus dei, mouton cette fois puisqu’il s’agit d’un  » agnus  » , représenté maintes fois en peinture, par les dits Primitifs flamands notamment ( mais je viens d’aller vérifier : l’agnus dei de VAN EYCK, dit l’Agneau Mystique, est un agneau bien droit sur ses pattes, la tête dressée tournée vers le spectateur qui le découvre de face ).

 

En allant à PAIR NON PAIR, je suis passé par TAURIAC, petit village  dont  la France  a le secret,  et me suis arrêté tant le soleil du petit matin rasant l’égl!ise romane à peine visible à travers les arbres de la petite place, me faisait une invitation forte.

Ai donc pris quelques photos de cette église romane, chef d’oeuvre silencieux dans la campagne déserte, et surtout une photo du tympan droit.

 

Le guide de PAIR NON PAIR, à qui je parlais de ma découverte à Tauriac me demanda si j’avais vu l’agnus dei sur le tympan droit de l’église. Je lui répondis que je ne l’avais pas formellement vu mais qu’il devait être sur l’une de mes photos. 

 

Ce matin-là, parce que j’étais fort en avance sur l’horaire ( les visites ne commençaient qu’à 10h ) , et parce que j’avais sympathisé avec cette personne par ailleurs responsable des lieux, le guide me proposa une visite  pour moi seul. C’est le genre de situation qui s’est déjà produit ailleurs, et ce sont pour moi, chaque fois, des moments privilégiés.

 

Nous voici donc face au cheval retourné :

 

 

Et le guide m’expliquer que sur le tympan droit de la façade de l’église de TAURIAC, se trouve un agnus dei, auquel DALEAU s’est référé lorsqu’il a découvert le cheval de PAIR NON PAIR.

 

 

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Eglise romane de Tauriac, tympan droit.

 

 

 

 

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ARCHITECTURE CONTEMPORAINE A PAIR NON PAIR

 

 

 

 

 La grotte de PAIR NON PAIR ( Gironde ) a été découverte en 1881 par DALEAU, historien et paléontologue né à Bourg ( Gironde ).

 

L’ histoire de la datation des gravures découvertes est intéressante : la grotte était remplie quasi jusqu’au plafond de terres que DALEAU dégagea progressivement, procédant par méthode stratigraphique avant la lettre. Il découvrir ainsi du matériau ( os, objets divers ) qui purent être datés avec certitude comme étant de l’époque aurignacienne ( – 30.000 environ avant le présent ). Au fur et à mesure de ses déblaiements, il mettait à jour  les gravures lesquelles, bien entendu, ne pouvaient être postérieures à l’époque des objets découverts dans les terres dégagées.

Ces gravures, qui font l’objet d’autres publications sur ce blog -  ( voir p.ex. l’Agnus Dei ),  remontent donc à l’aurignacien.

 

Un bâtiment contemporain vient d’être construit pour accueillir les visiteurs, inauguré en 2008.

Il est dû à l’architecte bordelais Patrick HERNANDEZ qui réussit là un pari ingénieux, par le choix des matériaux ( des madriers de bois )  et l’image générale du bâtment dont le péristyle ( madriers dressés ) est reliée à l’idée de mégalithes.

 

 

L’entrée des visiteurs est à droite; la fenêtre que l’on voit, sans chassis, donne sur un patio.

 

à gauche, de petits escaliers mènent les visiteurs vers l’entrée de la grotte.

 

 petit patio à gauche en entrant.

 

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couloir d’entée : à droite, la caisse, librairie et acceuil

 

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au bout du couloir, l’un des éléments les plus intéressants de l’ensemble : une porte, constituée de ces madriers de bois que l’on trouve partout dans le bâtiment, pivotant sur un axe décentré.

 

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le côté du péristyle faisant couloir menant à la sortie vers la grotte.

 

 

Il n’y paraît pas sur ces photos mais tout est en bois : les sols, les plafonds.

Le bâtiment suit la légère déclivité du terrain, collant à lui puisqu’il est sensé sommer la grotte, et ce détail, à peine perceptible, indique combien l’architecte a  respecté des lieux.

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Il vous reste à suivre les panneaux…

 

 

 

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