blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

18 décembre 2011

FRA ANGELICO A PARIS – jusqu’au 16 janvier 12

Classé dans : commentaires, compte-rendus, expo — Mots-clefs :, , , — jvl @ 17:38

FRA  ANGELICO  A   PARIS

 

 

 

On imagine mal le doux Fra Angelico, humble et silencieux prêtre-dominicain, se farcir ( pardon mon Père ) l’ escalade pompeuse d’un double escalier détestablement cossu planté au XIXème siècle par Mr Jacquemart soi-même au fond de sa demeure jusque là XVIIIème, pour gagner les salons feutrés, parfaitement pénombrés,  et  se laisser enfermer derrière d’efficaces vitrines idéalement placées et éclaiarées.

C’est très certainement ce qu’est en train de se dire le Dominicain que j’ai surpris à l’entrée de l’exposition ( jusqu’au 16 janvier 2012 ) :

 

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Dans la 1ère salle ( non, je ne vais pas les faire toutes ici ), deux THEBAÏDES côte à côte, l’une venant de Budapest et l’autre d’Italie. A l’identique, sauf que la THEBAÏDE hongroise a été tronquée.

Quels tableaux ! Et quel sujet ! Voici des scènes champêtres, d’extérieurs en tous cas, avec montagnes, jardins-potagers, petits personnages divers, quelques monstres marins,  scènes qui n’ont qu’un rapport lointain avec la religion catholique, qui n’ont donc pas pour sujet l’un des motifs religieux habituels ( la Vierge en étant le principal, avec les scènes de l’Evangile, ou la vie des Saints ).

 

Les THEBAÏDES en effet sont des scènes illustrant la vie des ermites, des hommes donc comme vous et moi sauf que les premiers ont décidé de se retirer du monde pour vovre dans des conditions  de dénuement qui n’ont pas grand chose à voir avec celles  de l’intello qui se faisait berger dans les Causses en 1968.

 

Réunion rare et précieuse que celle de ces deux tableaux qui d’emblée donnent de Fra Angelico une facette méconnue.

 

Ce ne sont pas deux ou trois tableaux  de Fra Angelico, mais 26 ( sauf erreur )    –  ce qui constitue pour l’amateur que l’on est  déjà avant de se rendre à Paris, ou que l’on devient en quittant le Musée ( non sans aller saluer , dans la salle du fond les permanents MANTEGNA – trois, rien moins – ), tant le charme de cette fraîche peinture est agissant.

 

 

 

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TOUT EST REVU TOUT EST A REVOIR – musée d’Orsay

 

 

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POMPIER

 

 

La peinture qualifiée de pompier est celle apparue au XIXème siècle, issue des Académ

ie des Beaux-Arts et particulièrement de la plus influente d’entre elle, celle de Paris, qui magnifiait  les thèmes historiques et orientalistes : un dessin brillant, une mise en page léchée, des emprunts évidents aux néo-classique et au romantisme qui venaient l’un et l’autre de connaître leur apogée.

POMPIER est donc synonyme d’académique : les peintres BOUGEUREAU, bien représenté à Orsay, CABANEL  et GEROME,  MEISONNIER, Henri GERVEX, Hypolithe JANDRIN ( dont le Jeune homme nu assis de 1855 vaut mieux qu’une appellation péjorative de pompier…), CAROLUS-DURAN…

 

Le Musée d’Orsay vient de changer de peau et présente, sur des pans de murs aux couleurs nouvelles et parfois audacieuses, un nouvel accrochage – témoin cet ouvrier symbolisant le travail fait en face.

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L’Enterrement à Ornans, tons sourds et mis en page statique, se voit affublé, quasi bord à bord dans un angle de la salle, d’une chasse à courre sous la neige, du même COURBET, sur mur de couluer violet  – soit un choc entyre deux tableaux gigantesques, chacun aux antipodes de l’art de COURBET et violemment mis en scène dans un duo/duel fait plus, me semble-t-il, pour provoquer des commentaires (  et je ne m’en plaindrai pas ! ) que pour plonger le visiteur dans un juste accès facilité vers les deux tableaux…

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Je  suis pourtant amateur de provocation, qui  –  bien calibrée -  , fait gagner du temps en avalant certains obstacles et positionnant le spectateur-visiteur sous un angle de vue  qu’il ne pouvait  lui-même instaurer.

Mais le  violet d’une part, et le quasi bord à bord  d’autre part  de  ces deux tableaux qui se rejettent avec autant de force ne sauraient, me semble-t-il, atteindre son but  – si ce n’est provoquer des commentaires peut-être éloignés de la peinture , ce qui peut-être n’est déjà pas si mal.

 

 

En revanche, le petit trio qui suit, devant lequel on peut passer sans rien voir car ils sont  accrochés dans un couloir de passage, est un petit régal.

 

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A gauche une si-pompière allégorie qu’elle en est plaisante dés l’instant où, comme une belle et fraîche potiche, elle fait pendant avec aune autre allégorie du même plaisant tonneau, laissant entre elles une curieuse scène de genre, de celle que le XIXème affectionnait justement  – nous y revoilà ! – , une scène de genre qui semble faire dans le réalisme  mais dont on sent bien qu’elle est, elle aussi, plus une allégorie du monde bourgeois qu’elle illustre avec une fausse candeur ( cette mis en page audacieuse Messieurs !  )  qu’un reportage  réaliste  sur ces hommes occupés dans un salle de vente où ils sont en train d’ acquérir c’est-à-dire posséder : ce lien formé par ces trois tableaux , bellement léger ,  a un air  coquin : ces Messieurs au centre sont si occupés par leurs passions de collectionneurs ( d’art – forcément ! ) , qu’aucune femme ne vient se surajouter dans ce  monde d’hommes  tout occupé qu’il est à la représentation de cette femme- voir les tableaux du fond -   et  alors que cette Société du XIXème est celle qui, l’asservissant une dernière fois avant l’émancipation du siècle suivant , en a  fait en peinture un personnage totalement nouveau  et très présent  – et cela demanderait non pas un autre post sur ce blog mais un blog entièrement dédicacé .. –

 

Bref, un ensemble savoureux…

 

 

Le Talisman, de SERUSIER, voisine dorénavant Maurice DENIS dans un suite de tableautins renouvelés.

 

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Le Nouvel Orsay   comme il se nomme,

là où   Tout est revu et tout est à revoir,

ne se laisse pas enfermer dans un simple  petit post comme celui-ci, et  il me faudra donc y revenir, pour tous ceux qui ne pourront aller revoir…

 

 

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7 janvier 2011

DE VAN EYCK à DURER , musée Groeninge à Bruges

Classé dans : Non classé, compte-rendus, expo — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 11:14

 

 

 

 

 

 

Paradoxes et singularités externes du Musée Groeninge de Bruges

 et de l’exposition qu’il y présente actuellement jusqu’au 30 janvier 2011.

 

Vous aurez tout d’abord beaucoup de mal, sur internet, de trouver le Musée Groeninge ( qui n’a pas de site web  propre ! ) , et plus de mal encore à vous faire une idée des tableaux constituant cette exposition, si ce n’est, par brides et morceaux, à travers des coupures de presses glanées çà et là…

 

En débarquant à Bruges, vous aurez des difficultés à trouver le Musée Groeninge : soit le monde entier est sensé le connaître, soit l’absence de tout panneau indicateur dans la Ville constitue le nec du raffinement en terme de communication, tout comme l’absence d’affiches…

 

Cette extrême parcimonie, ce presque silence autour du lieu et des chefs d’oeuvre qu’il abrite, a de quoi dérouter.

 

Manque de moyens ? On n’ose imaginer…

Manque d’imagination ? On ose encore moins !

Manque du sens de la communication ? Le contraire, sans doute.

 

Tout cela vous occupe un peu l’esprit au moment où vous découvrez le Musée, dont on ne perçoit pas tout de suite, tant l’envie de le pénétrer enfin est grande, l’extrême modicité de l’architecture : quelques blocs de briques, peints en blanc, ordonnés semble-t-il autour d’un axe circulaire.

 

Et lorsqu’enfin vous passez la porte, vous avez l’impression d’entrer dans une maison de repos dont le mobilier, chaises, tables, lits auraient été enlevés  à la hâte, juste avant votre arrivée.

 

Jusqu’à l’odeur, si cractéristique des lieux  désenchantés et délaissés, que vous croyez  percevoir en passant sur le côté d’un escalier de bois qui, lui, sent l’internat des années 50.

 

Mais vous voilà dans la place.

 

Et ce qu’il y a à l’intérieur , dans ce si curieux intérieur, vaut bien entendu un autre post, lequel va suivre…

 

 

 

 

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19 décembre 2010

Gabriel OROZCO ( Centre Pompidou à Paris ) et Francis ALYS ( Wiel’s )

Classé dans : Non classé, compte-rendus — Mots-clefs :, , , , , , — jvl @ 22:36

 

 

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Il y a entre eux  –  se connaissent-ils seulement ?  -   autant de choses qui les unissent   qu’il n’y en a qui puissent les séparer.

 

OROZCO  expose actuellement au Centre Pompidou  (  3 janvier 2011 )  :  il a déroulé objets, photos, petites installations  dans la Galerie Sud du Centre, au rez de chaussée, les grandes vitres donnant sur la rue, les terrasses des cafés  où les tables installées semblent l’être dans le prolongement de celles qu’il a mises lui  à l’intérieur pour y présenter  ses «  choses « .

Pour reprendre la présentation de l’exposition par le Centre : Son travail se caractérise par un vif intérêt pour les éléments du paysage urbain et du corps humain. Les incidents du quotidien et du familier, dont la poésie est celle du hasard et du paradoxe, nourrissent son travail. Les frontières entre l’objet d’art et l’environnement quotidien sont délibérément brouillées, art et réalité volontairement mélangés. Le mouvement, l’expansion, la circularité, l’articulation entre géométrique et organique, sont des constantes qui animent sa recherche plastique depuis plus de vingt ans. Cette exposition est l’occasion unique de découvrir un ensemble exceptionnel de ses dessins, photographies, sculptures et peintures, dont la plupart n’ont jamais été montrés en France. 

 

Francis ALYS, né à Anvers et habitant Mexico,  expose au Wiel’s à Bruxelles jusqu’au 30 janvier 2011.

Je vous invite à lire la présentation qu’en fait le Wiel’s : http://www.wiels.org/site2/event.php?event_id=162&PHPSESSID=4b644a19c62cfa903d1b7d28d13fa746

 

Rien  n’unit autant ces deux personnalités que le fait qu’ils sont tous deux, sans aucun doute possible, auteurs d’art  contemporain : regard sur la société dans laquelle ils sont, ambiguité des points de vue et positions, questionnements, doutes les mettant en équilibre entre pertinence et inutilité, illusions que créent les idées et les actes ( ALYS ).

 

Ce sont tous deux des poètes légers, délicats, agressifs.

ALYS      , qui s’interroge  par exemple sur la notion de frontière, expose au Wiel’s ( entrée du 2ème étage je pense )  un petit tableau à l’huile ( peu importe ) qui, une fois fixé au mur, est purement et proprement disqué  dans le sens de la longueur, le disque mordant inévitabement – et heureusement – le mur surlequel il est accroché :  la ligne est tracée, profonde ;  la frontière est née, incontournable    -    force, simplicité, éloquence, pureté du geste, mais…geste quand même !

 

OROZCO part de cercles qu’il dessinent sur des  photos , destructurant celles-ci ;

 puis, plus loin des cercles  encore mais étant le sujet même de dessins,

plus loin encore ( et là s’accomplit en quelque sorte le sens de la démarche entreprise )  une souche d’arbre sectionnée en biais, posée sur le sol, et là où devaient être visibles les cercles ou anneaux de croissance de l’arbre, OROZCO a recouvert la coupe  d’une feuille de plomb laquelle est incisée de ces mêmes cercles qu’ils dessinent un peu partout…

 

 

 

 

Finesse, élégance, communication de secrets, invitations…tout  paraît  si léger chez OROZCO, jusqu’à cette carcasse de DS transformée avec une dextérité confondante en une monoplace avant / monoplace arrière.

 

Chez ALYS, pétri de politique au sens large du terme, lui qui vit à Mexico  -  OROZCO est mexicain mais il vit partout et nulle part – , pétri du sens de l’action dans la cité et dans le monde (  video montrant qu’il entreprend de repeindre, retracer, les marques faisant les limites entre Nord et Sud de l’Amérique ), le propos est beaucoup plus engagé, moins purement esthétique oserai-je dire ( et au moment même je sens se lever les immédiates réprobations  de la plupart  ) mais efficace, efficace même si ALYS, et cela fait partie de son travail et de sa personne à coup sûr, ne peut être convaincu de ce que l’action pourra dépasser le symbole qu’elle met en œuvre.

 

 

Allez au Wiel’s !

L’exposition d’ALYS mériterait de plus amples développements que je ne peux détailler ici ; chaque video ( inventivité évidemment, mais humour aussi ) mériteraient des hommages ; idem pour la présentation de dias ( des dias ! ), ou pour des séries délicieuses de tableautins  :

 

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Les espaces muséaux du Wiel’s sont impressionnants, comme l’est la vue  sur  Bruxelles depuis le dernier étage.

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En prime : une courte exposition d’une dizaine de tableaux ( malheureusement pas les meilleurs ) d’Evelyne AXELL, artiste belge namuroise  du Pop des années 70.

 

Allez au Wiel’s ! Les petits plats de la cafét ouverte non stop sont manfestement  confectionnés par des mains marocaines  et sont délicieux !

 

 

 

 

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17 août 2010

NICOLAS de STAEL – Fondation Gianadda ( Martigny – Suisse )

 

 

 

 

 

 

 

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Nicolas de STAEL   -    Fondation  Gianadda.

MARTIGNY  ( Suisse – Valais )  -  Jusqu’au 21 novembre 2010

 

Je le dis d’emblée : de Staël et moi c’est une aussi vieille que profonde histoire..

J’aI vu  trois fois en deux jours  son exposition en 2003 à Beaubourg, et en 1994 je suis allé trois fois à l’Hotel de Ville de Paris pour des rétrospectives de grande envergure.

J’ai  il y a peu rôdé aux abords des remparts d’Antibes, suis allé dans son atelier , vu le décor du saut dans le vide qu’il a fait  ; j’ai tenté de décrypter son visage à travers les photos de lui qui traînent peu partout dans les expositions et les livres  ( exactement comme si jamais personne, après sa mort, ne s’était résolu à en opérer le rangement ou le tri)  ,  j’ai lu un peu, mais pas la biographie qui parle d’ un  Prince Foudroyé car je n’aime pas ce titre qui sent l’appât bien ficelé de l’éditeur mais il y avait aussi d’autres raisons,

 

J’aime Martigny, porte du col  des Alpes qui a vu passer Hannibal ( le vrai )  il n’y a pas si longtemps ; on y sent encore les éléphants et le spectacle hallucinant des pachidermes africains dans la neige ou si près.

J’aime la Fondation  Gianadda car c’est un lieu mal fichu, une architecture imbuvable ( on dirait aujourd’hui   incertaine  ou  improbable ), un batiment ostensiblement ( je veux dire : avec ostentation )construit   sur un site gaulois devenu romain, dont  les vestiges sont particulièrement bien visibles puisque le batiment qui accueille concerts et expositions est construit sur et autour de l’atrium qui reste le cœur de la construction. Mais j’aime la Fondation car elle a le chic de mettre sur pied des expositions qui sont des modéles que le monde entier doit envier : les pièces viennent des quatre coins du monde, et surtout  sortent comme par magie des collections privées ( il doit exister peu de collectionneurs qui résistent à une demande de prêt venant de la Fondation Gianadda…) si bien que chaque exposition est un événement, un véritable événement que chaque année attendent , nombreux, les amateurs de peinture  et  de sculpture …Braque, Modigliani, Moore, j’en passe, allez voir le site…

 

Tout ceci pour dire que je suis peu suspect si je vais écrire les lignes qui suivent.

 

J’aime, évidemment et de manière inconditionnelle, et de Staël, et la Fondation Gianadda, et le lieu, et il faudrait des pages que je n’écrirai pas ici, pour bien dire  qui est de Staël pour moi et le rôle tout à fait déterminant qu’il a joué dans la décision que j’ai prise , après des décades d’hésitations, à enfin presser  les tubes de peinture à l’huile et faire sortir la pâte..

 

Vous entrez donc à la Fondation, et en passant à la caisse, vous avez la vision d’un espace largement troué en son centre par l’atrium où restent en permanence les chaises standard destinées aux concerts réguliers, bien cadrées  à l’intérieur des  vestiges de murets de l’atrium.

Et juste en face, alors que vous serrez la main de votre amie ( oui, elle est du voyage, c’est conseillé ) surgit en bas  au fond en face, la grande composition grise ( 1947 – 1950 )  qui, je vais dire  une énormité que j’assume, paraît plafonnée sur le mur même qui la soutient, et faire partie des lieux.  Impossible de s’en détacher : vous avez autant d’impossibilité à vous en détacher que la toile en a de se détacher du mur tant elle paraît murale, sculpturale, alanguie en force, incrustée en douceur, plafonnée à la palette, on voit la pâte rouler, les bords gonfler, le travail cent fois, cinq cent fois repris, la nuit, le soir, la nuit encore…car on le sait, il le disait lui-même, il allait la nuit travailler dans son atelier

Vous avez maintenant acheté votre ticket ( pas cher ) , et vous avancez sur la galerie où vous  vous trouvez dés l’entrée : défilent en bas tous les tableaux, accrochés curieusement car, vus dans l’ensemble, avec en haut  les vitrines de la galerie qui contiennent toutes les pièces issues des fouilles archéologiques du lieu, les chaises en bas, l’atrium vide et les mur autour remplis de toiles, tout cet ensemble vous paraît bien peu digne du travail de de Staël et pour tout dire un peu bordélique ; vous descendez les marches, votre compagne à l’instant ressemble à Cecilia Bartoldi qui s’apprête à chanter là, dans la fosse,  et en bas le choc attendu qui vous a fait faire huit heures de route est au rendez-vous.

 

 

Pas tout de suite cependant car, avant de plonger, vous refaites  du regard un tour du propriétaire et vous vous avisez que la caisse à l’entrée a ses murs remplis d’affiches de toutes sortes et que juste au-dessus sont comme accrochés en mezzaninne deux sortes de bureau aux vitres teintées avec à l’intérieur des  machines aux diodes rouges et vertes qui s’allument ou s’éteignent, comme on en trouve dans les studios de radio…Fatras, fatras incongru…

 

Et pas tout de suite encore car , avant de plonger,  vous vous avisez de faire de loin  un dernier tour circulaire avant d’entrer dans le vif,  et vous découvrez alors en bas à droite quantités de tableaux de petites dimensions, accrochés les uns aux autres, trop près, très vifs de couleurs, très solides de construction ( ce sont notamment  les Agrigento, que vous connaissez déjà ) , et d’un coup vous vous dites, autre sacrilège mais salutaire, que ces tableaux-là, s’ils étaient inconnus, placés dans une galerie bluffeuse du style de celles que vous pouvez trouver  en tant d’endroits frimeurs comme par exemple Place des Vosges à Paris,      vous passeriez votre chemin…

 

 

Et pourtant , Merleau-Ponty hier  entre autres , aujourd’hui  Jean Clair notamment,  sont tombés dans le panneau…Je plaisante évidemment : pas le panneau,  mais la toile, la peinture –  et comme ils ont eu raison…mais  au fait, oui, au fait,  ont-ils eu raison, ont-ils vraiment raison tous les thuriféraires de de STAEL ( dont je suis ) ?

 

L’exposition actuelle  la Fondation GIANADDA,   huit ans après beaubourg, et 17 après l’Hotel de Ville de Paris, n’est-elle pas l’occasion de revoir l’ensemble de l’œuvre de de Stael, de la période en tous cas digne d’intérêt puisqu’il faut pas être grand clerc pour tenir pour relativement négligeable les œuvres produites avant 1946 ?

 

Avant 1946 de Stael n’est pas encore vraiment entré en peinture.

A partir de 1954, sa palette se fluidifie ( fluide donc , de Staël ? ) ,  sa peinture se dilue, forte et légère, et donne des œuvres comme le Pont St-Michel à Paris ( 1954 ) et ses Natures mortes, vues d’atelier notamment.

 

 

 

Cette exposition ne pourrait-elle être l’occasion d’un nouveau et difficile regard critique, pour  voir pour ce qu’elle est  ( et seulement ce qu’elle est, pas ce que l’on en fait )  l’œuvre peint après 1953 et  non  la voir en tant qu’œuvre de celui a tant et si bien peint entre 45 et 53 ?

En d’autres termes, ne pourrait-on admettre, sacrilège ? ,  que certains de ses paysages  ,  ses vues de paris, ses scènes d’atelier, natures mortes pourrait-on dire,  ne  bouleversent  pas à ce point la peinture qu’elles justifieraient d’être incluses comme elles le sont toujours dans les grandes œuvres au même titre que ce qu’il a peintes entre 45 et 53 ?

 

En d’autres termes encore, ne pourrait-on considérer que l’œuvre de de Staël est essentielle, pour l’apport important qu’il a fait à l’histoire de l’art ( je schématise ) , pour ce qui est de ce qu’il a peint entre 45 et 53 ?

Quelle injustice pourtant quand on sait combien de Stael, avec une sincérité poignante, travaillait d’arrache-pied, recherchait sans cesse à se renouveler ( il l’a écrit dans ses lettres, et il n’y a pas la moindre ambiguité là-dessus ) , et que c’est le prix de sa recherche permanente, de son exigence à cet égard, qui verrait alors les  amateurs que nous sommes aujourd’hui en 2O1O de décapiter son œuvre pour n’en prendre qu’une partie ?

Mais c’est bien ainsi que les choses peuvent aller : il y a le peintre qui crée, et puis  il y a l’œuvre qui  roule ensuite et fait sa vie.

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Dernière précision : sur l’ensemble exposé, la toute grande majorité des œuvres sortent de collections privées – c’est cela aussi la Fondation GIANADDA : les moyens de faire sortir les œuvres  majeures des collections privées, et les moyens aussi d’assurer le prix des couvertures d’assurance pour une longue période puisque cette exposition commencée en juin se terminera le 21 novembre et est ouverte tous les jours de O9h   à  19H …

 

 

 

 

 

 

 

 

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