blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

29 août 2008

Unique au monde, ce tête-à-tête ?

 


Un buste  en marbre de Carrara du Bernin, et un portrait peint par Vélasquez : voilà déjà  en soi deux œuvres importantes, ajoutons même majeures dans la mesure où incontestablement il s’agit de deux chefs d’œuvre : le portrait du Pape Innocent X.


( c’est ce tableau de Velasquez qui inspirera à   Francis BACON  les déclinaisons que l’on sait ) . 


Ces deux portraits du même personnage   se  font face à face dans la Galeria Doria - Pamphili  à Rome. Ils ont été installés, seul à seul dans une petite alcôve aux murs  bleutés et nus,  dans une lumière une peu blafarde, alors que les murs des couloirs de la Galeria sont surchargés de tableaux jusqu’au plafond.

 

Tout se passe comme si, dans cette implacable ,  sobre mais  vertigineuse  mise en scène, Innocent X se regardait  dans son miroir et se voyait  d’un côté en buste du Bernin et de l’autre en toile de Vélasquez.

 

Il existe quantités de portraits d’un même personnage, mais à ma connaissance aucun cas de portraits – l’un sur toile et l’autre sculpté – réuni à demeure  dans le même endroit.

 

Le dernier volet de ce portrait n’est pas très loin : le Musée du Vatican possède en effet ( donation d’AGNELLI  si je ne me trompe )  une des  versions  de Francis BACON , qui donne une note un peu surréaliste au Musée d’art Sacré où il est enfermé.

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26 août 2008

De GULBENKIAN à STALINE ( II ) , l’odeur du soufre dans les Musées du Monde




 

Cette histoire des achats par Gulbenkian des chefs d’œuvre du Musée de l’Ermitage me tarabuste  .

( voir article précédent ).

 

 

12Ox18O - janvier 2008

 120 x 18O - huile s/toile - JVL - janvier 2008



Essayons de résumer,  sur base essentielle de   l’étude citée  précédemment d’  Elena A. Osokina *  parue dans  Cahiers du monde russe, 41/1:

 

1/ Le Plan quinquennal de Staline avait prévu que le financement de l’industrialisation de l’URSS se ferait notamment par la vente massive d’antiquités et d’objets d’art ( en réalité, il semble que la vente à l’étranger des trésors russes  n’aient pas attendu Staline puisqu’elles ont été  entreprises dés l’arrivée des Bolcheviks ).

A ce stade, et même encore en 1928,  il n’entrait pas dans l’intention de l’Etat de se défaire des chefs d’œuvre de ses Musées : Le projet du

VneÒtorg

fut approuvé par le

Sovnarkom

et le STO

de l.URSS le 23 janvier 1928 avec une modification interdisant la vente « d.objets

d.art et d.antiquités provenant des principales collections des musées ». .

 

2/ Calouste Gulbenkian va mettre la situation à profit pour franchir ce pas en demandant aux autorités de l’Antiquariat à pouvoir acheter des tableaux se trouvant au Musée de l’Ermitage.

Dans l’ambiance délétère qui prévaut alors  ( que Rembrandt aille se faire voir, déclarait un membre du politburo, tandis qu’un autre, dans un rapport adressé à l’antiquariat depuis Paris,  confondait Van Dyck et Van Eyck, les nommant indistinctement car il ne s’était pas rendu compte qu’il s’agissait de peintres diffréents…), Gulbenkian n’eut guère de mal à convaincre les autorités soviétiques à vendre les œuvres de l’Ermitage.

Les Soviétiques tenaient en effet  en Gulbenkian une personnalité de choix : non seulement, en tant qu’amateur d’art passionné, il disposait de moyens énormes pour procéder à des achats importants, mais en plus les Soviétiques comptaient sur son entregent pour leur faciliter l’accès au marché international des produits pétroliers et accréditer certains arrangements financiers internationaux.

Gulbenkian aurait ainsi, par l’initiative qu’il provoqua, la responsabilité de la mise en vente des chefs d’œuvre de l’Ermitage, initiative dont il profita le premier, et  qui profita ensuite à d’autres amateurs.

3/ Gulbenkian revendiqua et obtint, pendant  un temps,  d’être le seul à pouvoir  négocier les achats des toiles de l’Ermitage ; certains dirigeants soviétiques regrettaient cette situation et auraient préféré le mettre en concurrence avec d’autres acheteurs qui commençaient à se manifester car ,  rapidement semble-t-il,  des fuites survinrent et l’on c ommença à apprendre l’existence de ce marché ( des amateurs américains notamment en la personne de  Andrew Mellon, qui achètera  un peu plus tard au moins 21 toiles de l’Ermitage, mais aussi, notamment,  la Galerie Berlinoise Mathiesen qui devint elle aussi cliente des soviétiques ) .

 

 

.

 

4/ Gulbenkian  négocia âprement le prix des toiles, dans le contexte politique  et économique que l’on sait ( les soviétiques liant apparemment l’aide qu’ils espéraient obtenir de Gulbenkian  dans l’exploitation du pétrole et  dans certains financements internationaux  à certaines facilités pour obtenir certains tableaux de l’Ermitage ( op.cit. – p.29 ), mais il est clair – c’est mon commentaire personnel, qu’il  acquit toutes ces œuvres  pour lui-même  et certainement pas  dans le cadre d’un legs futur  à l’Etat portugais…

C’est donc en tant que collectionneur privé que Gulbenkian procéda à ces achats, certains documents nous apprenant par ailleurs qu’il lui arriva de revendre  à d’autres certains tableaux achetés dans le cadre de ces marchés…

5/ Gulbenkian ne pouvait pas ne pas savoir que sur un plan éthique de tels achats étaient condamnables.
L’apparence de légitimité que lui donnait la qualité des vendeurs (  les responsables politiques de l’Antiqvariat ) ne suffisait  évidemment pas, cela tombe sous le sens, pour justifier l’opération.

Quelle serait aujourd’hui la réaction de l’opinion publique internationale si un chef d’Etat autorisait la vente à un collectionneur particulier de tels chefs d’œuvre contenus dans un de ses Musées ???  La chose paraît aujourd’hui proprement impensable.

Certes, les mentalités ont évolué, la conscience collective de la notion de patrimoine de l’humanité s’est développée et fait à présent partie de notre culture mais Gulbenkian n’ignorait pas que de telles œuvres devaient être considérées comme inaliénables, hors commerce.

 

Il  le  savait si bien qu’il l’écrivit explicitement aux autorités soviétiques , une fois obtenues les œuvres qu’il  avait convoitées. Cette lettre, d’une rare hypocrisie, est reproduite dans mon article précédent, tiré de l’étude précitée d’  Elena A. Osokina  parue  dans  Cahiers du monde russe, 41/1 :  

        « ... Vous savez que j.ai toujours estimé que des objets qui sont longtemps restés

dans les collections de vos musées ne devaient pas être vendus. Ils font non

seulement partie du patrimoine national, mais ils représentent également une

grande source de culture et un sujet de fierté nationale ( … ). Vendez ce que vous voulez, mais pas des objets provenant des musées… »

 

 

Il  flotte une petite odeur de soufre dans ( presque )  tous les Musées  du monde …

Je ne peux pas commencer ici un relevé de tout ce qui peut présenter une origine suspecte voire illicite dans les musées du monde, je n’en ai ni les compétences ni les connaissances, mais de nombreux exemples viennent immédiatement à l’esprit.

Les frises du Parthénon sculptées par Phidias, par exemple, qui sont au British Museum et  dont la Grèce réclame actuellement la restitution à la Grande Bretagne.
Mais aussi :  certains  chefs d’œuvre de la culture NOK qui sont au Musée du Quai Branly et qui ont défrayé la chronique il y a quelques années  lorsqu’ils étaient au Louvre car ils semblaient avoir quitté illégalement le Nigeria…

De grandes œuvres ont été offertes ( je ne parle donc pas ici de toutes celles qui ont  été volées ou spoliées pour fait de guerre par exemple –  les exemples foisonnent )  par des autorités locales ( de l’Egypte par exemple ) à Napoléon ou  à  d’autres ; elles n’ont été ni dérobées, ni détournées mais – dans le meilleur des cas – le donateur avait-il qualité pour déposséder l’Egypte de  ces richesses qui font à présent, au détriment du peuple égyptien ,  l’orgueil du Louvre , de la Place de la Concorde ou de la Piazza del Populo à Rome ?

 

Quantités d’œuvres importantes d’art africain ont été collectées aux XIXème et XXème siècles ( c’est le terme officiellement utilisé – et avec quelle hypocrisie ) par des missions belges, françaises ou allemandes et  font la fierté  des  musées bruxellois, parisiens ou berlinois…

Que l’on n’aille pas si loin : il y a quelques années, un mandataire communal  liégeois avait proposé la vente d’un tableau de Picasso que la Ville possédait pour trouver de quoi équilibrer  le budget…Il y eut débat, le projet fut refusé mais la proposition fut néanmoins faite !!!!

Et en poussant un peu plus loin, on peut dire que le caractère inaliénable d’une œuvre peut trouver une forme d’application lorsqu’il s’agit de la donner en location – ce que fait Le Louvre  actuellement  dans sa politique nouvelle de location en faveur de Musées  d’Arabie :  cette façon de «  faire de l’argent «  avec une œuvre d’art en la donnant en location ( opération qui n’est évidemment pas sans risque pour l’œuvre elle-même ) peut effectivement poser problème – et cette notion ‘ d’inaliéanabilité, au sens large, n’ en est pas tout à fait absente.

 

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 *  Elena A. Osokina est membre de l’académie d’Histoire de Moscou ;  elle contribue régulièrement aux « Cahiers Russes « .

      Elle cite dans son étude précitée une courte bibliographied’ourages en anglais et un en portugais.

 

 

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NB :    » …M. Berlusconi avait été précédé à Benghazi par l’arrivée par avion militaire de la Vénus de Cyrène, magnifique statue sans tête du IIe siècle après JC découverte en 1913 par des archéologues italiens sur le sol libyen. Le chef du gouvernement italien doit la restituer, conformément à une décision de la justice italienne. Transportée dans une caisse en bois, la pièce a été accueillie par des youyous et des applaudissements à l’aéroport Benina de Banghazi. «   -  Journal LE MONDE, 3O août 08

 

Sur la question des négociations ou procès en cours concernant les restitutions d’oeuvres d’art entre pays,

voy. notamment :  http://yoshino.wordpress.com/2007/05/28/restitution-a-la-lybie-de-la-venus-de-cyrene/

 

 

 

 

 

 

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23 août 2008

De GULBENKIAN à STALINE, en passant par LISBONNE, REMBRANDT et RUBENS


De  Gulbenkian à Staline, en passant par  Lisboa, Rembrandt et Rubens



Surprise au Musée Gulbenkian de Lisboa : de nombreux tableaux de COROT  ( une dizaine ) dont une véritable chef-d’oeuvre .

Mais surtout deux pastels de Henri  MILLET, dont le moins bon des deux  est  reproduit ici ( le meilleur représente un arc-en-ciel sur un potager ) :

Ce pastel de 69 sur 73 peint en 1868  faisait partie de la collection d’un Anversois . Il  rappelle que MILLET était un grand peintre, dont l’oeuvre est injustement occultée par  l’Angelus.

Dans un même bout de salle, deux petits Rubens ( je veux dire deux Rubens de très petits formats, lesquels ne sont pas des esquisses, mais des tableaux accomplis dont l’un – scène de centaures et centauresses -  est un chef d’oeuvre ) , un portrait magnifique de Frans Hals, un autre portrait de Antoon Van Dijck, un portrait en pied d’Hélène Fourment de Rubens toujours, et au milieu de tous ces chefs d’oeuvre contenus sur quelques dizaines de mètres carrés mais très soigneusement présentés, deux  REMBRANDT dont celui-ci :

REMBRANDT peignit ce tableau ( env. 11O sur 13O )  vers 1645, il avait à peine 4O ans.

Comme le Portrait d’Hélène Fourment de Rubens, ce tableau  avait fait  partie de la collection de Catherine II de Russie.

Ils appartenaient depuis au Musée de l’Ermitage.

Gulbenkian put les acquérir en 193O en les faisant décrocher du Musée de l’Ermitage…

 

Vendre les chefs d’œuvre du  Musée de l’Ermitage ?

Oui, quand on s’appelle STALINE  et que l’on cautionne des déclarations comme celle-ci :

      

Il y a des gens, communistes et marxistes, qui sont

contaminés par cette idée que nous avons besoin des

Rembrandt et des Raphaël et qu.on ne peut pas les

vendre. Quant à moi, j.attache plus de prix à la

Gosbank

et aux valeurs or, et Rembrandt, que le diable

l.emporte! Il faut se débarrasser de la routine.

 

Extrait du procès-verbal de la réunion de la Commission

gouvernementale pour la surveillance de la sélection et de la vente des antiquités, juin 1929

 

( cité par Elena A. Osokina – voir infra )

 

 

 

 

 

GULBENKIAN fut en effet le premier client du régime soviétique de  STALINE qui avait décidé, pour financer le régime communiste et l’industrialisation de l’URSS, de vendre une partie du patrimoine  soviétique : des antiquités de tous genres par tonnes entières mais aussi les chefs d’œuvre du Musée de l’Ermitage.

Ce pan de l’histoire m’était totalement inconnu et me paraît prodigieusement intéressant car des autorités politiques ou publiques, aujourd’hui encore, çà et là, sont toujours tentées par la vente ( et je ne parlerai pas de location )  d’une oeuvre d’art d’un Musée.

Je vous livre ici un extrait de l’article de   Elena A. Osokina  paru dans  Cahiers du monde russe, 41/1 , intitulé De l’or pour l’industrialisation. La vente d’objets d’art par l’URSS en France pendant la période des plans quinquennaux de Staline,   et ses conclusions :

    Cf http://monderusse.revues.org/document36.html

 

Si on fait le bilan des ventes à Gulbenkian des années 1929-1930, on peut dire

que l.URSS a tiré de la vente des chefs-d.oeuvre de l.Ermitage un peu plus de

380 000 livres, soit à peu près quatre millions de roubles, ce qui représentait une

goutte d.eau dans le plan de ventes envisagé par le Politbjuro, qui devait faire

rentrer 30 millions de roubles.

Après la conclusion des marchés, Gulbenkian ne put se refuser le plaisir

d.exprimer, dans une lettre à Pjatakov, son véritable sentiment à propos de ces ventes :

« Vous savez que j.ai toujours estimé que des objets qui sont longtemps restés

dans les collections de vos musées ne devaient pas être vendus. Ils font non

seulement partie du patrimoine national, mais ils représentent également une

grande source de culture et un sujet de fierté nationale. Si des ventes ont lieu et

que cela se sache, le prestige de votre gouvernement en souffrira. On en déduira

que la Russie se trouve dans une très mauvaise posture si elle est obligée de

vendre de tels objets qui ne rapporteront pas, en réalité, des sommes assez

importantes pour l.amélioration de la situation financière du pays.

Vendez ce que vous voulez, mais pas des objets provenant des musées. Si les

ventes touchent le patrimoine national, cela ne pourra qu.éveiller de sérieux

soupçons. Si vous n.avez pas besoin de crédits étrangers, vous pouvez faire ce

que vous voulez, mais vous avez besoin de ces crédits, et en même temps vous

faites tout ce qui ne peut que vous nuire. N.oubliez pas que ceux à qui vous vous

apprêtez à demander des crédits sont aussi les acheteurs potentiels des objets que

vous voulez retirer de vos musées pour les vendre.

Je vous dis sincèrement que vous ne devez pas vendre, même à moi, et à plus

forte raison à d.autres. Je vous dis cela pour que vous ne pensiez pas que je vous

écris cette lettre dans le but d.être le seul acheteur. »17

De telles mises en garde, exprimées après la conclusion des marchés, ont une résonance

étrange, surtout si on les met en parallèle avec la circonstance suivante. Dans

les souvenirs qu.il a laissés sur ses rencontres avec Gulbenkian, le directeur de la

National Gallery de Washington, John Walker, écrit que, de l.aveu même de

Gulbenkian, la proposition d.acheter des .uvres d.art de l.Ermitage a d.abord été

faite par lui, les représentants soviétiques lui ayant demandé ce qu.il voulait en

échange de son aide à l.exportation du pétrole soviétique sur le marché mondial18.

On peut penser que la réprobation de la vente du patrimoine artistique national,

exprimée par Gulbenkian après la conclusion des marchés, même si elle était

sincère, était surtout liée à l.apparition d.un nouvel acheteur et concurrent.

Le temps des nouveaux acheteurs

Dans le développement de l.exportation des objets d.art par l.URSS, Calouste

Gulbenkian a rempli une mission fatale. Les marchés passés avec lui montrent que

17. J. Perdigaõ, Calouste Gulbenkian. Collector, Lisbonne, Gulbenkian Museum, 1975, p. 121.

18. J. Walker, Self-portrait with donors. Confessions of an art collector, Boston, Little, Brown

and Company, 1974, p. 242.

36 ELENA A. OSOKINA

la direction soviétique était prête à vendre des chefs-d..uvre. Bien sûr, l.Antikvariat,

à la demande de la direction soviétique, s.efforça de tenir secrètes les ventes à

Gulbenkian. L.acheteur lui même, lié par les termes du contrat, aurait dû se taire. Il

essaya peut-être de le faire, mais la fierté du collectionneur prenait parfois le

dessus. C.est par Gulbenkian, en tout cas, que la galerie Mathiessen fut informée de

l.achat des chefs-d..uvre de l.Ermitage, ce qui eut pour conséquence les ventes à

Andrew Mellon. Des fuites ont aussi pu se produire au niveau de la représentation

commerciale. Toujours est-il qu.en automne 1930, au moment où se concluait le

marché avec Gulbenkian, les bruits qui couraient depuis longtemps au sujet de ces

ventes prirent une tournure plus précise. La représentation commerciale à Paris,

alarmée, écrivait :

« Nous estimons nécessaire d.attirer votre attention sur des informations parues

ces derniers temps dans la presse étrangère concernant nos ventes de tableaux.

Si jusqu.à présent ces informations n.avaient qu.un caractère de rumeurs, les

trois coupures du journal VozroÂdenie sont d.un tout autre genre. À leur lecture,

vous vous rendrez compte vous-même que ce sont des renseignements concrets,

provenant, de plus, d.une source fiable. Nous avons été frappés par le fait que

ces informations contiennent des données qui montrent que l.informateur du

journal non seulement est au courant de ventes qui auraient eu lieu, mais nomme

des tableaux qui ont été en discussion pour la vente. Nous avons en vue deux

tableaux . Les Baigneuses de Vigée-Lebrun19 et un tableau de Giorgione. »

En différents endroits du monde apparurent des aventuriers qui, se disant mandatés

par les représentations commerciales soviétiques, commencèrent à proposer à la

vente des chefs-d..uvre de l.Ermitage « au choix ».

La représentation commerciale soviétique à Paris, probablement sur ordre de

Moscou où l.on prenait ce problème au sérieux, continua à rechercher par quel

canal la fuite avait pu se produire. Les recherches permirent au directeur du service

des exportations, Birenzweig, d.avancer l.hypothèse suivante, formulée dans son

rapport adressé de Paris en octobre 1930 :

« Nous avons eu une conversation avec l.acheteur que vous connaissez [selon

toute vraisemblance, Gulbenkian] qui nous a donné les renseignements suivants.

Des agents de Divin [Duveen], qui ont fait un voyage à Moscou et Leningrad

sont venus le voir et lui ont dit qu.ils avaient visité l.Ermitage et noté tous les

tableaux qui manquaient (ils ont déclaré ne pas avoir pu vérifier quelle était la

situation pour les sculptures et autres objets). Aux questions qu.ils ont posées au

personnel du musée, pour savoir où se trouvaient les tableaux qui manquaient à

l.Ermitage, il leur a été répondu qu.ils avaient été transférés dans un musée de

Moscou. Les agents de Divin ont déclaré à notre acheteur que pendant leur

séjour à Leningrad ou quelques jours avant leur arrivée avait été décroché le

tableau n° 149, et que l.employé du musée leur avait même demandé à combien

ils estimaient ce tableau. Ils ont transmis à notre acheteur toute la liste des

tableaux enlevés du musée. »

19. Sic.

DE L.OR POUR L.INDUSTRIALISATION 37

Les rumeurs de vente des chefs-d..uvre de l.Ermitage provoquèrent un choc dans

le monde des antiquaires qui eurent recours à différentes tactiques pour obtenir les

informations nécessaires. C.est ce que montre bien la suite de l.histoire des agents

de Duveen :

« Ils [les agents] se sont alors rendus à Moscou, où ils ont visité tous les musées

pour retrouver la trace des tableaux. Au cours de leurs visites, ils ont demandé au

personnel des musées où se trouvaient les tableaux, à quoi le personnel, ne

sachant pas de quoi il retournait, leur a dit que les tableaux se trouvaient à

l.Ermitage et que les musées de Moscou ne recevaient pas de tableaux de

l.Ermitage. »

La direction soviétique avait nettement sous-estimé l.énergie et l.esprit d.entreprise

des antiquaires, en limitant leurs instructions au seul personnel de l.Ermitage.

Il aurait fallu envoyer les curieux non pas à Moscou, mais plus loin, en leur disant

que les tableaux avaient été envoyés, par exemple, à Magnitogorsk ou Novosibirsk

pour élever le niveau culturel des ouvriers sur les grands chantiers du communisme.

Birenzweig liait l.apparition dans la presse occidentale des articles sur les ventes

d..uvres d.art à l.activité de détective des agents de Duveen : « D.après notre

acheteur, Divin s.est fixé pour but de retrouver la trace des tableaux, de tirer au clair

où ils sont partis et qui les a achetés. C.est pourquoi ils vont faire paraître dans toute

la presse des informations, pour tenter d.obtenir des démentis [plutôt pour obtenir

une confirmation] ». En outre, Birenzweig annonçait que Duveen avait décidé

d.envoyer à nouveau des agents très prochainement en URSS, pour enquêter là-bas

« par différents moyens » sur le sort des tableaux disparus de l.Ermitage et demandait

qu.on leur refuse le droit d.entrée dans le pays. Mais cette fois les souhaits de

Birenzweig allaient à l.encontre des plans du nouveau directeur de l.Antikvariat,

Il´in, qui cherchait de nouveaux acquéreurs. Il était temps pour Andrew Mellon

d.entrer en scène.

Quelques conclusions

L.exportation massive des .uvres d.art, y compris des chefs-d..uvre de l.Ermitage,

s.est prolongée jusqu.au milieu des années 1930. Les sommes reçues en

échange, même si elles semblent conséquentes dans le contexte de la dépression en

Occident, paraissent aujourd.hui ridiculement basses. Pour prendre un exemple, le

diptyque de van Eyck, La Crucifixion et Le Jugement dernier, vendu par l.Antikvariat

en mai 1933 pour 195 000 dollars, a été évalué en 1978 à 2 millions de dollars.

À l.heure actuelle ce diptyque est l.un des fleurons du Metropolitan Museum de

New-York, comme il était autrefois l.un des fleurons de l.Ermitage.

Pendant la première moitié des années 1930, l.URSS a exporté des objets d.antiquit

é et des .uvres d.art par tonnes entières. Mais les rentrées de devises qui résult

èrent de cette campagne s.avérèrent insignifiantes, alors que le préjudice porté aux

musées russes, et en particulier à l.Ermitage, fut énorme. Le plus dramatique pour

38 ELENA A. OSOKINA

l.Ermitage fut la vente à Andrew Mellon de 21 tableaux, parmi les plus précieux de

ses collections. Tous ces tableaux sont maintenant exposés à la National Gallery à

Washington.

D.après l.évaluation approximative du commissaire du peuple à l.Instruction

publique, Bubnov, cette exportation rapporta environ 40 millions de roubles. Si

l.on convertit cette somme en termes « industriels », elle équivaut à peu près au

coût de l.équipement importé pour l.usine d.automobiles de Gorki ou pour l.usine

« Magnitka ». Pendant à peu près la même période les magasins Torgsin, qui

vendaient des produits alimentaires et des marchandises aux citoyens soviétiques

en échange de devises étrangères, métaux précieux et pierres, rapporta à l.industrialisation

nettement plus . de l.ordre de 300 millions de roubles. Ainsi les pièces de

monnaie de l.époque des tsars, les objets domestiques en or et la bijouterie courante

on fait plus pour l.industrialisation que la vente des Rembrandt et de l.argenterie

française20.

La suite des événements a cependant montré que ce n.est pas le Torgsin ni, à

plus forte raison, l.Antikvariat, qui ont résolu le problème des réserves d.or et de

devises du pays, mais l.exploitation, par la main-d..uvre du Goulag, des mines

d.or de Sibérie. Grâce au minerai de Sibérie, dans la seconde moitié des années

1930, l.URSS mit activement en vente de l.or sur le marché mondial. L.inutilité de

l.exportation d..uvres d.art sur le fond du développement de l.exploitation des

mines d.or devint évidente.

(Traduit du russe par Yvette Lambert)

Rossijskaja Akademija Nauk

Institut Rossijskoj Istorii

ul. Dm. Uljanova, 19

119036 Moscou

*

 

 

 

En consultant simplement le site du Musée Gulbenkian de Lisboa (http://www.museu.gulbenkian.pt/nucleos.asp?nuc=a9〈=pt )

 on peut incidemment  trouver  l’indication que 3  tableaux ont été achetés au Musée de l’Ermitage via l’Antiqvariat  ( mais on sait qu’il y en eut d’autres, outre des pièces d’orfévrerie ) :

-          le portrait du vieil homme par Rembrandt  ( on sait donc par l’étude cité ci-dessus que ce tableau fut acheté pour 3O.OOO livres et qu’il fut décroché de l’Ermitage le 13 septembre 193O ),

-          le portrait d’Hélène Fourment par Rubens, payé 50.OOO livres

-          l’Annonciation de Dirk Bouts,  en avril 1929 ( mais dont je n’ai pas retrouvé trace dans l’article ci-dessus ).

 

 

 

 

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17 août 2008

il faut emballer la Colonne Trajane

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La Colonne que fit ériger l’empereur Trajan  ( 1er siècle de notre ère ) à l’entrée des forums impériaux à Rome est sans doute le plus beau monument de l’antiquité romaine.

Elle présente un frise sculptée d’environ 2OOm de long qui se développe en spirale autour de la colonne ; la qualité de la sculpture est confondante ( plus de 1.OOO personnages, habilement mis en scène, représentant les campagnes militaires de l’empereur contre les Daces ), et l’état de conservation est exceptionnel. 

 

Au fur et à mesure que le décor s’élève, la frise et les personnages eux-mêmes sont grossis pour que soit compensé l’effet de perspective…

 

 columna-t-6.JPG

Je pensais que c’était les architectes de la renaissance qui avaient découvert, lors de la construction des campaniles notamment,  comment contrarier l’effet de  perspective, en augmentant par exemple le nombre d’ouvertures au fur et à mesure que la tour s’élevait.

 

Assis sous les pins, le dos à la via dei  Fori Imperiali qu’un illustre imbécile perça à travers les forums dans les années 3O, je contemplais ce chef d’œuvre, les détails de la sculpture, et je pensais qu’elle avait échappé jusqu’ici au cancer urbain des pollutions  qui ronge et détruit petit à petit  tous les monuments du monde…

 


Il faut donc emballer la colonne Trajane, et j’imaginais déjà un concours international qui, sur un tel projet aussi  exceptionnel, allait attirer les meilleurs architectes de la planète…Un habillage qui la protégerait donc,  mais qui la mettrait en valeur sans l’isoler du contexte originel où elle se trouve et où elle est restée depuis son érection.

 

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 60x18O - JVL - huile s/toiole - 6 aout 2008




J’imaginais déjà une tour de verre qui s’appuierait sur les concepts de correction de perspective imaginée lors de sa construction  par l’architecte  Apolodoro de Damasco  ( qui serait aussi  l’architecte du Panthéon ) et qui trouverait le moyen de le transposer et de le traduire  de façon contemporaine…

 

Cela doit faire partie des rêves de chaque architecte, non ?  Investir un lieu mythique…

Le Grognon à Namur, par exemple ( hem…et quel exemple ! ) où il s’en est fallu de peu que les Namurois   – que dis-je : pas seulement les namurois, mais tous les wallons,  non :  la planète  entière tant il est vrai  qu’un beau bâtiment  d’envergure  devient  le symbole, le ralliement, le pôle d’attraction d’un lieu , les exemples sont si nombreux,  Bilbao par exemple dont la Ville n’a jamais connu autant de visiteurs que depuis la construction de son Musée )…Le Grognon donc à Namur, au confluent de la Sambre et de la Meuse, qui fit l’objet d’un concours international d’architecte dans les années 199O, où les projets déposés furent pour certains brillants, et dont la palme fut remportée par Mario BOTTA qui projetait d’ancrer au bord de la Meuse un bâtiment qui – il ne peut y avoir le moindre doute à cet égard –  serait rapidement devenu non seulement une référence en terme d’architecture contemporaine, mais allait donner à  Namur, capitale de la Wallonie, un bâtiment  comme il n’en existe  que trop peu dans le monde, et qui pouvait devenir le nouveau phare de toute la région.






De la colonne trajane, à l’imbécillité de la via dei Fori Imperiali dont la création détruisait de très importants vestiges en coupant en deux les forums impériaux et ceux de la république, en passant par Namur et les  Namurois qui se sont laissés piéger sans trop réagir  par de basses manœuvres politiciennes  qui firent passer  BOTTA et son projet lauréat à la trappe , je me suis  retrouvé – le lendemain je crois, à l’ara pacis.

.

 

L’ ARA  PACIS…


Ce n’est pas tant le monument ( un autel monumental de l’an 1O de notre ère , magnifiquement restauré mais dont il reste assez peu de morceaux originaux )  qui va mériter ces lignes, que l’écrin construit par l’architecte Richard Meier il y a quelques années ( 2005 – 2006 ), qui constitue, semble-t-il, le premier bâtiment d’architecture contemporaine dans le Rome historique.

 

En 1937 Musolini fit entamer sa reconstruction et en 1938 il fit doter l’ara pacis d’un pavillon : l’idée d’emballer le monument était née.


En découvrant le travail   de Richard Meier, jamais je n’aurais pu imaginer qu’il n’avait fait que reprendre un projet ancien ni, surtout – et là, c’est un geste architectural de grand intérêt – que le mur de pierre côté rue ( à l’opposé de la façade côté Tibre ) constitué d’ une belle pierre genre travertin ocre aux tons très  chauds, allait servir de soubassement aveugle parfaitement intégré au bâtiment de verre qui allait le surmonter.

En réalité, sur le plan extérieur, plus que les façades de verre à ailettes ( de verre également ) c’est ce mur de soubassement, de deux mètres de hauteur environ, qui  retint toute mon attention.

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L’intérieur du bâtiment est une réussite exceptionnelle, tant par le travail sur les ombres/lumières, que par les volumes,  et les tonalités d’ocre :

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UN COIN D’ ARDENNE

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Sur les hauteurs de La Roche en Ardenne, le long de la petite route qui va d’Ortho à Hives, une caravane résidentielle s’installe en juin 2OO7 :

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Juillet 2008

Je passe souvent par là en vélo pour aller à l’atelier ; la caravane est toujours là, inhabitée ; elle nargue en silence  bois et paysages.

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Mercredi 30 juillet 2008

Je passe par là en vélo , je  vois les tags  :

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Lundi 4 aout 08 – 5 jours plus tard -

Je quitte la maison assez tard dans la matinée pour aller à l’atelier en vélo ; je passe par là : un petit bull  jaune manœuvre dans le champ et monte la caravane sur un énorme camion bleu :

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