blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

24 février 2008

La cafetière est sur la table

 Alain Robbe-Grillet n’est plus.

100×80-19 février 2008

 La cafetière - huile s/toile - 100x80 - 19 février 2008



 

 

Alain Robbe-Grillet a disparu : pas de l’Académie Française dont il était sans y être jamais,

mais il est mort, bêtement, comme tout le monde.

Il me doit les pires moments de gêne  que  j’ai  jamais connus.

J’étais interne dans un Collège très fermé de  Franciscains, mais  le titulaire de rhéto  - à fleuret très moucheté s’entend – nous ouvrait les yeux  sur un monde de culture, de nouveautés  et d’invention : le Nouveau – Roman venait d’éclore, et nous étions dans l’euphorie –  en pareil endroit, cela avait un sel un peu surréaliste – de cette littérature puissamment nouvelle, et nous avions un réel plaisir de faire  se chevaucher sous la houlette éclairée de cet aristocratique Franciscain raffiné  les textes de Thucydides, Platon, Tacite,  Giraudoux, Saint-John –Perse, Ionesco, Joyce, Nathalie Sarraute et Robbe-Grillet.

 J’avais ainsi, fort de cette  culture avant-gardiste dont je me sentais un peu le dépositaire et qui  à 17 ans  légitimait toute forme d’audace,  emmené mon Oncle au cinéma voir «  Trans-Europ-Express «  de Robbe-Grillet. Je savais peu  du film, si ce n’est l’essentiel, savoir qu’il  était du pape du Nouveau-Roman et qu’il était donc «  spécial «   - donc, à voir.

 Mon oncle en savait encore moins que moi, puisqu’il n’ne savait rien du tout.

Nous voici donc embarqués , moi sortant de mon internat pour de courtes vacances,  et lui dans le rôle d’un  accompagnateur de totale bonne volonté mais  à l’époque assez hermétique    à toute forme   d’avant-garde.

Trans-Europ-Express est un film noir et blanc  où, horreur,   s’étalent  de façon décousue les fantasmes de Robbe-Grillet…Et quand je dis s’étaler, je dis bien :  je reverrai toujours cette séquence ( entre autres ) d’une longueur  interminable où une femme nue, assise à  genoux sur un plateau   tourne lentement pendant qu’autour d’elle s’enroule une chaine aussi grosse qu’une chaîne d’amarrage…interminable et  glaçant. Je ne  me suis jamais senti aussi mal à l’aise, ni pendant  ni après, et je n’ai jamais été aussi hors d’un film que ce soir-là, tant j’étais pétrifié, plus bien entendu par la présence  silencieuse à mes côtés, que par les images.

 

Je sais en tous cas que je m’étais guéri, ou qu’en tous cas que  j’avais recherché  la  guérison un peu comme on peut  chercher  à se racheter une conduite, par la lecture d’un essai  satirique sur le Nouveau-Roman qu’avait à l’époque publié  l’élégant Pierre de Boisdeffre, de l’Académie Française ( ? )  , essai dont le titre ironique était «  La Cafetière est sur la table «  .  J’avais trouvé le titre fort amusant, mais le café un peu tiède….


	

23 février 2008

De la chimie supramoléculaire aux Césars –

Classé dans : commentaires — Mots-clefs :, , , — jvl @ 21:31

Vendredi 22 février 2008 – Cérémonie des Césars….

César - 60×60 - huile s/ toile - JVL

 CESAR - huile s/toile - 60x60 -  JVL



Le spectacle que donnent les gens du spectacle, rassemblés entre eux pour fêter le cinéma et en faire un spectacle, est affligeant.

Tout est poncif, poussif et plat : l’arrivée des stars, leurs déclarations, leurs mines lorsqu’elles sont assises sous les ors du Chatelet, leurs regards, les mimiques, les attitudes…Pourtant, rien que de vrais talents individuels : d’authentiques talents, la crème des acteurs , de vraies personnalités : Jean Rochefort, Jeannne Moreau, Benini et tous les autres…

La cérémonie des Césars de ce samedi 22 février était insupportable au sens premier du terme. Antoine de Caunes pourtant, et le président Jean Rochefort, avaient annoncé qu’il y aurait du neuf, des surprises, que le ton serait nouveau, le style aussi…mais rien que des platitudes, de vraies fausses émotions, de vraies émotions qui font peine à voir, des larmes qui donnent envie de crier…Au même moment sur M6, la série américaine NCYS, bien américaine, bien ficelée, bien stéréotypée, aux dialogues bien efficaces, aux trouvailles époustoufflantes ( de celles en tous cas qui peuvent ravir – et j’en suis parfois – les attardés de séries anciennes que je ne regardais pas quand mes enfants les voyaient : je veux parler de l’Agence Tous risques, avec des personnages bien typés, du manichéisme bien tranchant, des dialogues etc., une Agence Tous risques qui avec NCYS ( mais est-ce bien comme cela qu’elle s’appelle ? )  se seraient mise au goût informatique du jour, génétique, chimie, physique quantique, rivalités amoureuses, géniale nymphette néo-punk mais reine dans son labo, plus un coureur de jupon, plus un chef de bande au laconisme bien entendu inversément proportionnel à la qualité de ses intuitions…Rezappage sur les César, ils en sont au meilleur rôle masculin…Marielle peut-être ? On se prend à rêver…Rezappage sur M6 où le troisième épisode vient de commencer, déconseillé au moins de 12 ans…La misère…

Samedi soir, le Chatelet rassemblait un nombre impressionnant d’ individus au talent – souvent incontestable – pour la plupart hors du commun. Ensemble, réunis pourtant pour faire un spectacle qui devait être l’émanation fine de leur art, ils formaient un agglomérat de potaches sans aucun intérêt.

La toute fraîche chimie supramoléculaire nous apprend qu’ une mollécule d’eau, si elle est seule, ne peut ni s’évaporer ni se congeler .

Manifestement, la sauce supramoléculaire n’était pas au menu des césars.

22 février 2008

La dame de Brassempouy restera en chewing gum au moins jusqu’en novembre 2008









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 La Dame de Brassempouy, huile s/toile, 150x150cm, 14 février 2008 - JVL


 

 

 

 

 

La Dame de Brassempouy restera donc en chewing gum jusqu’en novembre 2008 au moins…

J’avais publié sur ce blog le 10 décembre la lettre que j’avais envoyée au Conservateur du Musée National d’Archéologie de Saint-Germain en Laye en novembre 2007, sous le titre « la Dame de Brassempouy est en chewing-gum « .

Celui-ci m’a aimablement – mais incomplètement – répondu dans les termes suivants :

Monsieur,

J’ai effectivement reçu un message de votre part, intitulé « La Dame de
Brassempouy est en chewig gum », mais je ne suis pas parvenu à l’ouvrir et,
compte tenu de son intitulé, je n’ai pas jugé utile d’entrer en relation
avec son auteur, pensant à une plaisanterie. Si ce message avait été
lisible, j’aurais évidemment aussitôt répondu.

A l’exception d’un certain nombre d’objets paléollithiques en ivoire ou en
os (quelques dizaines d’objets sur les 35 000 exposés), le musée
d’Archéologie nationale n’expose que des originaux.

La raison de la présentation de moulages (clairement indiqués comme tels
dans les cartels), dont je comprends qu’ils vous irritent, a une double raison.

La célèbre donation Piette (1904) a des clauses juridiques très strictes
puisque, sous peine d’annulation, les objets qu’elle comporte (environ 10
000 dont quelques dizaines de chefs d’oeuvre de l’art mobilier magdalénien)
ne peuvent quitter la petite salle aménagée par le donateur (mort en 1906).
Donc ces objets ne peuvent être ni prêtés, ni exposés dans la galerie
Paléolithique. D’où le recours à des moulages.

D’autre part, les vitrines de cette galerie ne répondent pas aux normes
actuelles de conservation climatique, du moins pour les objets en matière
organique. Donc depuis environ un demi-siècle, des moulages ont été
substitués aux objets concernés.

Une rénovation totale du musée étant envisagée, il est évident que des
vitrines climatisées permettront alors de présenter les objets d’art
moibilier en os et en ivoire qui ne font pas partie de la collection Piette.

En ce qui concerne la « salle Piette », nous avons décidé, afin que le public
puisse enfin avoir accès aux objets originaux, de la rénover à l’identique
de ce qu’elle était à la mort d’Edouard Piette, son aménagement ayant peu
bougé depuis cette époque, toujours en raison des clauses draconiennes de
la donation.

Nous avons terminé en décembre le chantier de gros : étanchéité des
fenêtres à vitraux, climatisation, réfection des peintures et des meubles
et vitrines d’époque, éclairage, etc…

Nous sommes actuellement en train de remettre en place les milliers
d’objets. Une vitrine rassemblera les pièces maîtresses de la collection,
dont la Dame de Brassempouy.

L’inauguration de cette salle, très rarement ouverte au public depuis 1904,
devrait intervenir en novembre prochain, et je ne manquerai pas de vous y
inviter, en avant-première.

Seul problème, lié à sa situation dans le château (dans un cul de sac) et à
sa configuration, la Commission de sécurité a limité à 19 personnes à la
fois, accompagnées d’un conférencier, l’accès à cette salle.

Nous envisageons des visites à heure fixe ou sur rendez-vous.

J’espère avoir répondu à vos interrogations et vous prie de croire,
Monsieur, à l’expression de ma meilleure considération..

PS. Vous parlez à tort, selon moi, de « mauvais moulages ». En effet, nous
conservons au musée les creux originaux des moulages effectués au début du
XXe siècle. Les moulages exposés sont directement tirés de ces moules
historiques (de telles opérations de moulage au plâtre seraient évidemment
exclues aujourd’hui). Il ont été réalisés par notre propre atelier de
moulage, qui remonte à l’origine du musée et n’a pas de vocation
commerciale (il ne fait pas de tirages en série, mais uniquement des pièces
de comparaison pour des musées ou des universités) et ont été patinés et
teintés par notre chef d’atelier à partir de l’objet original.

+++

Voici la réponse que je lui ai faite :

Monsieur,

Je vous remercie pour votre courrier.

Je n’ai jamais pensé un seul instant qu’il n’existât pas de bonnes raisons
de présenter des moulages à la place des pièces originales ; je le dis d’ailleurs
dans le courrier que je vous ai adressé ( où j’évoque spontanément les
motifs de sécurité et de conservation ).

Ce n’est pas là qu’est le problème que je dénonce , et la difficulté que
rencontre le visiteur.

C’est que d’une part le visiteur ne soit pas prévenu que ce qu’il va voir au
Musée ne sera qu’un moulage.

Et que ce moulage ne sera pas de bonne qualité.

Je le dis sans aucun esprit de polémique mais parce que c’est ce que j’ai
ressenti devant la Dame de Brassempouy : je ne savais pas qu’il s’agissait d’un
moulage et après quelques secondes, j’ai remarqué certaines imperfections,
certains traits arrondis ou mal exprimés, et ainsi sans le moindre a priori
possible, j’ai constaté que l’image que j’avais devant moi ne correspondait
pas à la reproduction qui est partout et qui est donc bien présente dans l’esprit
du visiteur. C’est alors qu’en lisant le cartel, j’ai eu confirmation qu’il
ne s’agissait pas de la pièce originale.

Car, dans le site du Musée, comme toutes les reproductions qui circulent
partout et que l’on a tous en tête, ce n’est évidemment pas le moulage qui
est reproduit, mais l’original. Et c’est là que gît le problème : le
visiteur amateur comme je l’étais connaît la Dame pour l’avoir admirée tant
de fois dans tant de reproductions que lorsqu’il va au Musée, c’est elle qu’il
va voir : dites-moi sincèrement, que vaut-il mieux pour l’amateur : admirer
une belle photo de l’original qui est disponible partout sur internet et
surtout dans le site du Musée, ou se déplacer à Saint-Germain pour y voir
une ( mauvaise ) copie ?

D’où ma suggestion si vraiment les raisons que vous avez de ne pas montrer
les originaux sont absolument insurmontables : avertir le visiteur, par
exemple en prenant soin d’ indiquer dans le site du Musée que certains
originaux ne sont pas visibles.

Et – mais je ne veux pas croire que le vrai problème serait là – assumer
alors le risque de voir diminuer le nombre de visiteurs.

Par ailleurs et enfin, je note avec satisfaction que toutes les pièces
originales, actuellement invisibles, seront prochainement accessibles : les
unes dans la Salle PIETTE dont la restauration est en voie d’achèvement ;
les autres, dans des vitrines adéquates.

Le problème évoqué sera alors réglé.

Mais en attendant, au nom de tous les
visiteurs passionnés dont je suis, n’y aurait-il pas à donner cette
information qui m’a cruellement manqué ?

Je vous adresse de l’ardenne belge mes sincère salutations.

+++

 

 

 

 

 

 

 

 

12 février 2008

la lionne des COMBARELLES

Classé dans : paléolithique — Mots-clefs :, , , — jvl @ 22:56

La grotte des Combarelles ( dont j’ai déjà parlé ici ) se trouve à 2 km du village des EYZIES , sur la route de SARLAT.

http://www.pole-prehistoire.com/page_site.php?site=22

La Lionne est l’une des gravures les plus connues.

Elle est gravée à hauteur d’yeux ; elle se dirige vers le fond de la grotte. L’oeil, dont le réalisme frappe, n’est en fait qu’une restauration ancienne et sans doute peu respectueuse du dessin original ( dixit le guide sur place, que j’interrogeais )

La lionne est gravée à un endroit de la paroi qui présente une morphologie particulière et la tentation est forte de penser que l’artiste l’a exploitée.

Elle présente en effet deux aspects fort différents, selon qu’on l’a voit en entrant, ou qu’on la voit en sortant ( la visite des Combarelles se fait en effet en un aller-retour dans le même couloir ).

Au retour, c’est la tête qui apparaît en premier lieu, au contraire de ce que l’on percevait en entrant.

La première impression immédiate que donne cette Lionne lorsqu’on la voit au retour est qu’il s’agit d’une autre gravure…il faut un certain temps pour la recomposer, pour la reconnaître…

C’est la même gravure mais ce n’est pas la même perception, comme si l’on ne voyait plus les choses de la même façon , comme si, entre l’aller et le retour, il s’était passé quelque chose, et que les yeux ne voient plus de la même façon. Les yeux ? Les yeux seulement ?

Tout se passe ainsi comme si l’on n’était pas le même en entrant qu’en sortant…

Entre les deux, il y a eu le parcours, le parcours initiatique, chamanique diront alors certains , qui fait que, forcément, au retour, l’on n’est plus le même…

60x120-21janv08-blog.jpg

60x120 - 21 janvier 2008 - huile s/toile - JVL



 

 

+++

SELECTION NATURELLE

Classé dans : commentaires, paléolithique — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 22:55

Les scientifiques s’accordent pour dire que l’homme de néanderthal , présent un peu partout et en tous cas chez nous aux environs de -100.000 ans, a disparu assez subitement vers -30.000 ans, alors qu’était apparu depuis l’époque -40.000 ans environ l’homo sapiens-sapiens ( Cro-Magono ) , notre ancêtre direct.

Cette disparition assez subite du Néanderthal n’est pas expliquée, et diverses thèses sont émises.

Néanderthal et Homo sapiens ont en tous cas coexisté pendant environ 10.000 ans au moins …

J’ai lu divers auteurs qui tous enseignaient que nous n’avons aucun gène du néanderthalien.

Il semble cependant que l’on ne puisse l’affirmer hors de tout doute ( Robert CLARKE, mais j’y reviendrai, affirme pour sa part que nous en possédons ).

En revanche, nous possédons de nombreux gènes identiques à Cro-Magon.

Une découverte scientifique vient d’être réalisée par une équipe de chercheurs français et espagnols, qui confirme des travaux précédents effectués à l ‘université du Wisconsin :

http://www.lemonde.fr/web/blog_element/0,40-0@2-3244,50-1010282,0.html

<style type= »text/css » media= »all »>@import url(http://medias.lemonde.fr/mmpub/css/blog.css);</style>
<div class= »bl-lien »><a href= »http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/02/12/le-genome-humain-porte-les-traces-d-une-selection-naturelle-recente_1010282_3244.html » target= »_blank »>Le génome humain porte les traces d’une sélection naturelle récente</a><br />LE MONDE | 12.02.08<br />
<div align= »right »>© <a href= »http://www.lemonde.fr » target= »_blank »><img src= »http://medias.lemonde.fr/mmpub/img/lgo/lemondefr_trpet.gif » border= »0″ height= »13″ width= »67″ align= »absmiddle » alt= »Le Monde.fr » title= »Le Monde.fr »></a></div></div>

Ainsi, il y a environ 60.000 ans, est intervenue une sélection naturelle dont on a aujourd’hui la preuve scientifiquement établie.

Certes ce travail n’illustre pas ( ce n’est ni son propos ni son objectif ) la question de l’évolution néanderthal/Cro-magnon, mais je ne peux m’empêcher d’y penser : il y a 60.000 ans, environ, disparaissait en effet ou allait disparaître néanderthal, et Cro-Magnon – qui je le rappelle encore est notre ancêtre direct – s’imposait…

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