blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

10 décembre 2007

La Dame de Brassempouy est en chewing-gum

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 17:08

La Dame de Brassempouy est en chewing gum

 

A Monsieur le Conservateur du Musée National d’Archéologie de St-Germain- en- Laye.

Monsieur le Conservateur,

Depuis longtemps me hantent la Dame de Brassempouy et quelques-uns des chefs d’oeuvre du paléolithique comme le petit cheval de Lourdes, ou le cheval sautant gravé sur un bois de renne.

Je suis belge, j’ habite l’ardenne ( environ 50 km de Bouillon ).

Il y a peu, au fil de mes lectures, j’ai appris que ces merveilles et d’autres étaient au Musée National d’Archéologie à St-Germain…, que St-Germain n’était qu’à quelques minutes de Paris en RER …et je me suis promis - alors que le temps est toujours tellement compté lorsque je vais à Paris…- d’aller à St-Germain à l’occasion d’un futur séjour à Paris .

L’occasion se présenta ainsi fin novembre : Thalys jusqu’à Paris, RER jusqu’à St-Germain.

Je frémissais en entrant au Château, ticket, couloir, vitrine au 1er et, de loin j’avais reconnu la minuscule Dame que je connaissais déjà par cœur. Je m’approchais d’elle sans la perdre des yeux, j’étais en face, tête- à -tête tellement attendu !

Après quelques secondes, la vision s’assombrit : ce front taillé si net me paraissait un peu fade, l’incision de la coiffure, la ligne du nez me parurent comme émoussés, le visage tout entier semblait éteint. Je ne comprenais pas.

Je lus alors le panneau pour apprendre, indiqué in fine, qu’il s’agissait d’un moulage .

Colère contenue et frustration froide.

Je descends à l’accueil, fais part de ma déception. Non, l’original sera visible un jour ( mais on ne peut me l’assurer ) lorsque sera en état la salle dédiée à la donation dont dépend la Dame.

Je ronge mon frein, tente de digérer ma déception, me raisonne en acceptant l’explication, et me console en pensant aux autres chefs d’œuvre du Musée dont je vais pouvoir profiter .

Retour au 1erétage, le petit cheval de Lourdes est là, et aussi le bison se grattant l’épaule, et le cheval sculpté sur un bois de renne, et d’autres…d’autres…mais eux aussi, stupeur et colère, sont tous des moulages…Je redescends à l’accueil, demande à vous voir, ou à défaut, rencontrer un quelconque responsable. Je voudrais lui dire ma colère ( car mon irritation cette fois a fait place à la colère ), lui dire que l’on ne peut accepter le prétexte de la conservation ou celui des impératifs de la sécurité, que la fonction du Musée est de conserver, certes, mais aussi et en même temps, de montrer, de permettre justement les découvertes que seuls les originaux peuvent donner ; qu’actuellement, au même moment - exemple entre mille – se trouvent à l’Institut du Monde Arabe dans le cadre de l’expo sur les Phéniciens, de précieux petits ivoires sculptés, certes un peu plus jeunes que les bois de renne ou l’ivoire de mammouth concernés ici , mais qui viennent de faire le voyage depuis Beyrouth, et qui sont présentés en original dans des vitrines avec un éclairage ( et sans doute d’autres mesures ) appropriées…que la moindre des choses pour un Musée national, s’il faut vraiment qu’il cache ses trésors, serait d’une part de l’annoncer ( la veille de ma visite encore je consultais le site du musée : aucune mention de ce qu’il s’agit de moulages…et les photos présentés y sont les photos des pièces originales ! ) pour que le visiteur soit prévenu ( jamais, vous le pensez bien, je n’aurais fait le déplacement à St-Germain, et aurait autrement profité de mon temps en restant à Paris ) et d’autre part devrait veiller à la qualités des moulages de remplacement…

Cet état de chose, bien au-delà de ma déception personnelle, est profondément déplorable.

Le Musée manque au respect de ses visiteurs en présentant de mauvais moulages en lieu et place des pièces originales, et en ne prévenant pas le visiteur qu’il ne verra pas les originaux ( une mention sur le site, par exemple, serait indispensable).

Sur place ce jour-là, cependant, -et ce ne fut pas faute d’y avoir insisté – je n’ai pu rencontrer strictement personne : ni le Conservateur ( qu’un quidam ne peut évidemment déranger pour si peu), ni aucune des personnes, collaboratrices ou guides - tous et toutes indisponibles.

Il ne me restait qu’à reprendre le RER, après un tour à la librairie du Musée où , sans doute malignement inspiré que j’étais par les circonstances, je me suis mis à déplorer que, dans son rôle de service public et d’éducation permanente, le Musée n’ait pas indiqué par une note, pour certains livres présentés, que leur contenu ne constituait que des hypothèses dont certaines devenaient dépassées, ou que d’autres par exemple n’avaient plus d’actualité pertinente en raison de découvertes postérieures ( je pense, par exemple, à l’abandon aujourd’hui de la théorie de l’east side story de Coppens ) : je pense en effet que des lecteurs peu avertis ( n’est-ce pas précisément l’un des rôles d’un Musée que d’accueillir aussi un public peu averti ? ) pourraient être induits en erreur en achetant un livre dans cet endroit pensant qu’ils vont trouver là - sur le sujet de la Préhistoire par exemple – des enseignements sûrs et définitifs ?

Faut-il donc que le Musée attende que le public réagisse pour mesurer le problème posé par de mauvais moulages non annoncés et se rende compte que cette situation trompeuse est aux antipodes de sa mission ?

J’avais il y a peu dans mon blog parlé de la Dame de Brassempouy ( en même temps que d’un visage sculpté dans la grotte de Bernifal ) ; j’y insère le présent courrier que je vous envoie. J’y mettrai votre réponse, tant celle-ci peut intéresser un large public.

Je vous prie de croire, Monsieur le Conservateur, en l’assurance de mes sentiments distingués.

 

 

 

 

 

 

 

3 décembre 2007

où il est question d’hippotrague, du sahara, du néolithique et de de ma soeur

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , , — jvl @ 7:28

dscn5856allege.jpg

Voici un texte que j’ai reçu en guise de commentaire .

Je le trouve à ce point intéressant que je le glisse ici comme article.

Je mets en en-tête le détail d’un de mes tableaux auquel se réfère au départ cet article  - lequel  parle d’un hippotrague  avant de nous emporter au Sahara et au Tassili .

Commentaire :
Je retrouve sur l’un de tes grands tableaux, composé de 9 panneaux, dans la partie supérieure gauche, ce qui me semble être un hippotrague. Cette grande antilope, appelée aussi « antilope-cheval » en Afrique subsaharienne, présente de longues cornes annelées recourbées vers l’arrière et sur l’encolure une crinière de poils raides. Aujourd’hui, son aire de répartition se situe au sud du Sahara et en Afrique australe. Bon, pas très pertinent, à première vue, car quel rapport avec les cervidés d’Europe? Mais mais… une chose en entraînant une autre, cette histoire d’hippotrague me remet en mémoire 2-3 petites choses lues autrefois dans les ouvrages de l’archéologue Henri LHOTE, qui a exploré le Tassili n’Ajjer à partir de 1934. Il a recensé la plupart des sites de cette région, située non loin de la frontière libyenne (rien qu’à Jabbaren, à 35 kms de Djanet, il a répertorié pas moins de 5 000 gravures et peintures où figurent en particulier ces fameux hippotragues). On connaît l’apport décisif des travaux de Lhote sur l’histoire du climat au Sahara, depuis le néolithique final: la datation des représentations artistiques de la faune sauvage (hippopotames, notamment), entre -4 000 et -2 500 indique que le Sahara était encore luxuriant à cette époque. C’est la période dite des « pasteurs à bovidés ». (Celle du néolithique ancien [-6 600 à - 4 000] est très différente: elle présente des « personnages à tête ronde ».)
Qui étaient ces « pasteurs à bovidés »? En croisant ses propres recherches avec les connaissances de l’érudit malien Ahmadou Hampaté Bâ, Lhote a réussi à élucider certaines peintures rupestres relevées dans le Tassili. Il les avait d’abord baptisées « les boeufs accroupis », ou les « boeufs schématiques » , parce que les pattes étant réduites à des moignons, il avait d’abord supposé que ces boeufs étaient couchés. Or, pour Hampaté-Bâ, il s’agissait tout simplement de boeufs dans l’eau. Il y a vu une llustration de la cérémonie du lotori, encore en usage aujourd’hui chez les pasteurs peuls du Macina au Mali,qui consiste à conduire les boeufs une fois par an au fleuve ou au marigot le plus proche, afin de les lustrer (chez les Peuls, une légende raconte que les boeufs sont venus de l’eau). [D'ailleurs, en souvenir de cette origine légendaire des boeufs, on pratique encore chaque année le "passage des boeufs" à Diafarabé dans le Macina, sur le moyen Niger.] Lhote ajoute qu’à l’examen des relevés de peintures du Tassili, Hampaté-Bâ avait été très surpris de reconnaître dans plusieurs scènes des thèmes relevant des traditions des Peuls Bororos.
De là à induire que les pasteurs de boeufs du Tassili étaient bien les ancêtres des actuels Peuls Bororo (dont l’origine était restée jusque là mystérieuse), il n’y a qu’un pas que Lhote franchit allègrement.
Voilà un petit éclairage sur l’intérêt historique et ethnologique que peut aussi présenter l’examen des fresques et peintures du néolithique!
Pour ceux qui aimeraient prolonger les recherches, il faudrait lire (ou relire) les textes d’Henri LHOTE, comme « A la découverte des fresques du Tassili » ou « Vers d’autres Tassili », et bien d’autres!
Jacques, pourrais-tu mettre ce fameux hippotrague sur ton blog (ce n’en est sûrement pas un, mais on peut continuer à rêver sur une très improbable connivence entre artistes sahariens et européens ! Ah! ah! quelle belle idée)
 

2 décembre 2007

la table est mise

Classé dans : Non classé — jvl @ 12:52

l’arbre 1

Ils vivent  et travaillent en Espagne.

Lui est amstellodamois hors norme, bourlingueur et casanier, jamais assagi, mais sage, sage de plus en plus.

Elle est française, fine, patiente, et déterminée.

Ils sont tous les deux à cet instant entre la Sibérie et Moscou; une foi formidable les porte, un amour incommensurable à donner les guide.

Depuis des années  dans les méandres du droit international, des droits nationaux  et de mille tracasseries, ils poursuivent avec une détermination à déplacer les montagnes le projet d’adopter non un, mais deux enfants. Ils sont actuellement à Moscou, le jugement a été rendu, le délai d’appel est en train d’expirer, les passeports des enfants sont en cours de fabrication. Ils attendent, heureux, à quatre désormais. Ce n’est plus qu’une question de quelques jours, de quelques heures, avant le retour chez eux, chez eux où les chambres sont prêtes, les écoles averties, la table est mise.

« Articles plus récents

Propulsé par WordPress