blog de Jacques V. Lemaire, peintre.

21 décembre 2007

le ready-made paléolithique d’ARDALES ( Andalousie )

Classé dans : paléolithique — Mots-clefs :, , , , , — jvl @ 19:53

J’avais acheté à la librairie bien fournie de Font-de-Gaume, aux Eyzies en Tayac, l’ouvrage de Pascal RAUX  » Animisme et arts premiers : Historique et nouvelle lecture de l’art préhistorique « .

Cet ouvrage, avec d’autres achetés également au même endroit, et d’autres encore que j’avais emportés de chez moi, m’ont accompagné dans mon périple franco-espagnol de juillet-aout 2007 dans les grottes et cuevas paleo- et neoliticas.


Tiré de l’ouvrage  » Animisme et arts premiers : Historique et nouvelle lecture de l’art préhistorique  »
de Pascal Raux, :

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En voyant ce dessin, j’avais été attiré par la particularité des stries présentées comme ce qui donnait toute la particularité et l’intérêt de cette pièce.

Cette phalange se trouve en Andalousie, dans le petit musée communal d’Ardalès lequel est également la billeterie de la fameuse Cueva paleolitica de l’endroit.

ARDALES est un village de la Province de Malaga, à environ 70 km au Nord de celle-ci, dans un paysage exceptionnel ..

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Au Musée, l’unique employée que j’interroge ne connaît pas la phalange, mais en revanche elle est fort intéressée par le livre de P. Raux, qui parle de son musée, de sa Cueva…elle en prend les références, téléphone à son Directeur qui est en vacances mais qu’elle arrive néanmoins à joindre…Le Sr Pedro Cantalejo Duarte lui demande qui je suis, lui explique où se trouve la phalange…Elle est ravie ; elle a trouvé. A ce moment se joint à nous le guide qui est revenu de la visite de la Cueva ; nous allons tous les trois dans un petit local à l‘arrière, la lumière y est étrange. Elle soulève le couvercle vitré d’un grand présentoir poussiéreux et en retire un socle de plexi où se trouve la merveille que je devine…Il y a en réalité deux phalanges, côte à côte, sous une eptite cloche de verre. L’employée me dit que je suis autorisé à prendre des photos ; elle s’avise que les reflets vont me gêner et enlève la petite cloche de verre les phalanges, dressées sur le petit socle de plexi, sont à l’air lire, mais la lumière est mauvaise, l‘employée prend en mains les reliques, se promène avec elles en une courte procession dans le local à la recherche d’un coin plus lumineux, puis les dépose près d’une fenêtre…Je prends des photos, en voici une…

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On voit en effet, à l’horizontale, à peu près à mi-hauteur, partant de gauche et allant vers le centre, la strie principale : énigme…signe de ce que la phalange était utilisée comme instrument de musique ?
Ne serait-ce pas tout simplement la trace de décarnation, ce qui est apparemment un phénomène assez connu des archéologues ( j’en ai vu encore un témoignage à l‘occasion d’un reportage diffusé en novembre sur ARTE, à propos de fouilles dans l’Altaï, scythes ou sakas, dans les tombes appelées kourgane ) ?

Mais j’ avoue que face à l’objet je n’ai plus guère pensé à ce qui pourtant au départ m’avait poussé à aller au musée ( ces stries ou rainures qui semblent tant intéresser les scientifiques ) tant en effet cette phalange dégage une étrange et forte beauté qui laisse loin derrière soi tout autre sentiment.

Une beauté prenante : cette attitude redressée, sa porosité lumineuse, l’étirement organique de la matière visible sous les bosses supérieures, sa couleur de travertin chauffé au soleil.

Sa beauté certes, mais aussi son histoire.
Une fabuleuse histoire d’homme, de regard.

Car il s’agit d’une phalange de renne, d’une simple et si ordinaire phalange que le regard d’un être humain – homme ou femme – a transformée par la seule force créatrice de son regard, en une œuvre qu’à l’époque peut-être mais qu’aujourd’hui sûrement nous ne pouvons que qualifier d’œuvre d’art.

C’est le ready-made de Marcel DUCHAMP : l’œuvre n’existe que par le regard ***.

Comment un jour, l’homme, tenant en main une telle chose qui n’était que bout d’os à jeter, vit que ce morceau d’os était aussi autre chose ????

Comment arriva-t-il un jour à y voir torse humain, et comment put-il alors, - ce que personne n’avait jamais osé jusque là – donner à ce bout d’os le statut de torse humain, ne plus le regarder que comme tel , puis faire partager sa vision et sa création par le groupe tout entier ??

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***

Sans doute faudrait-il encore s’assurer que cette phalange n’a pas été retravaillée, précisément pour en accentuer l’aspect anthropomorphique.

18 décembre 2007

LA RUE

Classé dans : la rue — Mots-clefs :, — jvl @ 19:48

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Ont participé à cette oeuvre, par ordre d’entrée en scène :

- le maçon qui il y a cent ans ou plus a monté le mur ( je passe sur ceux qui ont frabriqué les briques et le ciment, ceux qui ensuite les ont transportés sur place, puis ceux qui les ont mis en oeuvre )

- le plafonneur qui a enduit ( je passe sur le fabricant du plafonage, celui qui a …etc )

- le ou les plafonneurs qui ont réparé au fil des ans;

- les peintres qui ont enduit, peint et repeint au fil des ans;

- le temps et le fil des ans, dont le travail est omniprésent dans l’oeuvre, et par exemple plus précisément visible dans les cloques de peinture du coin supérieur droit;

- le graffeur qui a dessiné les trois cages il y a quelques jours.

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17 décembre 2007

Kadhafi, la France et l’Espagne

Classé dans : commentaires — Mots-clefs :, , — jvl @ 22:54

 

 

 

Les trois cages



La visite officielle de 5 jours de Kadhafi en France a déchainé l’opinion publique et a soulevé un exceptionnel et rassurant tollé médiatique.

Par exemple, quatre-vingt pour cents des français approuvaient les propos de la Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme Rama Yade laquelle avait notamment déclaré que la France n’était pas un paillasson où pouvait venir un tyran s’essuyer les pieds du sang qu’il portait des crimes qu’il avait commis.

Quittant la France, Kadhafi a gagné l’Espagne pour une visite officielle de 4 jours.

Nous sommes lundi, au 3ème jour de sa visite : il a été reçu par le Roi Juan Carlos et la Reine, puis par Zapatero. A Madrid, il va recevoir les clefs de la ville ; samedi , il était à Séville pour une visite privée, et, à Malaga, ville qui n’était pas dit laconiquement la Presse prévue dans l’itinéraire officiel au départ, il a tellement apprécié un concert flamenco qu’il en tapait dans les mains. Ces informations, au mot près, je les retire à l’instant d’EL PAIS qui évoque tout cela sous un titre en petit caractère, la une étant occupée par des problèmes internes ( le PSOE et l’avortement ) et aussi par des choses diverses comme cette série arabe qui triomphe en prime time à la TV israélienne.

Rien d’autre : pas de propos critiques, pas de réactions des lecteurs.

Comment est-il possible que dans le même temps deux pays, tous deux démocratiques et attachés aux Droits de l’Homme ( même si la France possède sur sa vosine une histoire, et donc une culture et une tradition beaucoup plus anciennes et donc en principe beaucoup plus fortes ), comment donc est-il imaginable que, au même moment, dans des pays voisins qui partagent le même souci de défense des Droits de l’Homme et les mêmes valeurs démocratiques, comment donc peut-on traiter aussi différemment le même phénomène – la France quasi soulevée tout entière pour refuser à un tyran sanguinaire les honneurs de la république, et l’Espagne pour rester totalement inerte - la royauté, la classe politique, les responsables de tous bords, l’opinion publique – lui rendre les honneurs du Pays tout entier ?

Pour expliquer en France l’injustifiable, la Presse s’était fait l’écho de thèses invraisemblables, comme celle prétendant que le si long, si fastueux , si douloureux séjour de Kadhafi en France avait été imposé par lui comme condition à la libération zooroesque par Sarkozy des infirmères bulgares.

Zapatero n’a délivré personne que je sache, le Roi non plus, et pourtant il est là…à battre des mains dans la nuit malaguénienne, à recevoir les clefs de la Ville de Madrid, dans le silence paisible d’un consensus surréel.

Que des raisons d’état ( quelle horreur ! ) aient dans les deux cas commandé cette présence et aient permis de lui donner le change – ou je ne sais quel échange – , nous ne pouvons rien y faire que nous révolter et le dire, sur tous les tons imaginables, comme la France vient de le faire…mais qu’une Presse indépendante comme celle qui existe en Espagne, El Pais surtout, et à sa suite ou en même temps la classe politique qui ne peut approuver l’invitation du gouvernement en place, et tous ceux pour qui valeurs démocratiques et droits de l’homme veulent dire quelque chose – bref, que tout ce monde fasse silence devant l’évènement me laisse absolument pantois.

Est-ce que finalement la colère de la France des Droits de l’Homme n’était pas en définitive avant tout un prétexte pour pouvoir railler Sarkozy, et s’intéressait à défendre les valeurs bafouées par son hôte que très secondairement ?

Si c’est cela, toute cette misère est encore plus grande !

Je parlais ci-dessus du silence de l’opposition en Espagne. Ce n’est pas totalement vrai : le PP a fait ce lundi une déclaration. Je la cite in extenso, telle que publiée par El Païs :

« El portavoz del PP en la Comisión de Asuntos Exteriores del Congreso, Gustavo de Arístegui, ha afirmado que no se puede comparar a dictadores como Sadam Husein con el dirigente libio, Muamar Gadafi, ya que, en este caso, el primero fue « responsable de cientos de miles de muertos » y el otro « es responsable de miles ».

Je ne comprends pas très bien, et j’ose croire que c’est du second degré .

 

 

 

 

 

12 décembre 2007

Khadafi, la France et les Droits de l’Homme

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, — jvl @ 14:20

Beaucoup à dire…beaucoup à lire…

Par exemple , cet édito du Monde :

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-987754,0.html

Mesure et objectivité.

10 décembre 2007

TOSTADA

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , , , — jvl @ 19:16

 

Devant vous, sur une soucoupe, la demi tranche de pistolet grillé ; des lambeaux de jambon en sortent, quelques bribes rouges de tomate écrasée.

Il ne vous faut pas longtemps pour vous rendre compte qu’il est nécessaire de retirer de sous le pain grillé la petite serviette de papier qui y a été glissée : ce ne peut être elle, en effet, qui doit recueillir l’huile d’olive qui va s’échapper. Et ce n’est pas parce que la petite cruche à long bec en fer blanc est posée là tout près sur le comptoir, à discrétion, et que vous allez pouvoir vous en servir – sans trop attendre car le pain pourrait refroidir – qu’il faudrait laisser le papier jouer les éponges. Justement.

Plus tard vous vous rendrez compte que la tomate, si parcimonieusement présente sur votre pain sous le jamon , n’est pas là pour la couleur mais pour la touche d’acidité légère qui va sous votre palais exalter la présence du jamon, exhausser son sel discret et sa saveur surtout ( une saveur de noisette et de chiffon ancien ).

Vous en aurez la confirmation silencieuse lorsque seul chez vous, vous croirez pouvoir faire tellement mieux et que vous utiliserez la tomate tout entière que vous aurez coupée en fines tranches et dont vous aurez fourré le pain que vous venez de griller : erreur…erreur…trop de tomate tue la tostada, détruit la fine vertu que détiennent seuls quelques petits morceaux comme ceux, justement, parcimonieusement disposés par le camarero que vous avez voulu défier.. .

Il en sera de même avec le jamon : vous aurez acheté au marché, après avoir bien observé le marchand et l’avoir interrogé sur la provenance de ses paletas et après vous être assuré qu’il les tranche comme il convient, vous aurez donc acheté pour le prix de trois places au cinéma un quart de kilo de ce précieux jamon, l’aurez déballé en rentrant chez vous, l’aurez laissé prendre la température, l’aurez couvé des yeux…puis croyant faire juste bombance, vous l’aurez en quantité mis sur votre pain grillé, une débauche de jamon, beaucoup, la tostada du siècle, le péché tellement mortel qu’il en sent la dose létale de cholestérol …et l’horreur se produit : cette tostada est trop, mais surtout elle manque…manque de gout, de finesse, de cette petite alchimie que donnent seuls la pincée de tomate fraîche, sa fine et impalpable acidité, et le faible sel de quelques petits lambeaux de jamon .

Small is beautifull…

O rage…ce peuple de quelque démesure serait-il aussi maître de la mesure ?

Ce peuple qui ne répond mais conteste, n’est pas malade mais infirme, n’inflige pas la défaite mais la déroute, n’allume pas la lumière mais l’ incendie, serait-il celui qui a compris la vertu incomparable des petites mesures ?

Que nenni, voilà l’huile qui coule, le papier retiré, la burette en action, et d’huile – jamais trop, jamais…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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