Il existe en Espagne, mais je dispose de très peu d’éléments à ce sujet, une grotte récemment découverte qui offre la particularité de présenter une ligne plus ou moins horizontale qui, du fait de sa position sous les animaux peints à l’époque paléolithique, représenterait le sol.
Cette grotte est située au Nord de l’Andalousie, en bordure Est du Parc Naturel de la Sierra de Segura, dans la vallée du rio Taibilla, pas loin de la ville de Nerpio.
Si cette interprétation de ce trait se trouvait confirmée, il s’agirait je pense d’une manifestation tout à fait intéressante de l’art paléolithique .
On considère en effet celui-ci comme confiné à la représentation de motifs, de signes d’animaux, de personnages humains ( relativement peu nombreux ) qui ne sont organisés ni entre eux ni dans l’espace.
Il convient tout d’abord, me semble-t-il, être très prudent lorsque l’on exprime de telles considérations ( de la même manière que l’on doit être en général de la plus extrême prudence lorsque l’on interprète quelque manifestation que ce soit de l’art préhistorique au motif que, comme chacun sait, il n’existe aucun écrit ou explication de l’époque ).
Rien ne dit en effet hors de tout doute – si ce n’est le regard que nous portons aujourd’hui sur les ensembles de peintures et gravures avec nos règles et critères d’approche et de compréhension - que ces motifs n’étaient pas organisés. Ce n’est pas parce qu’ils nous semblent à nous comme juxtaposés les uns aux autres, qu’ils sont indépendants et sans relations les uns avec les autres. L’hypothèse du contraire en effet me semble tout aussi plausible.
Je pense que certaines grottes, comme cellle des Combarelles en Dordogne par exemple, ont fait l’objet d’études spécifiques à partir desquelles certaines théories sont nées à propos de l’organisation des gravures qui s’y trouvent ( mais si je me souviens bien, dans ce cas précis des Combarelles, cette étude qui avait été faite sur base des gravures relevées à l’époque – 600 sauf erreur – n’aurait plus de valeur ou de pertinence aujourd’hui car des relevés plus récents et plus approfondis ont révélé que Combarelle contient bien plus que les 600 gravures considérées alors, avec d’autres dispositions, d’autres associations, d’autres surfaces occupées par les gravures alors qu’à l’époque on considérait que ces endroits en étaient exempts… si bien que la théorie émise sur base d’un relevé comportant 600 gravures perdrait sa substance… et ce qui montre au passage, la fragilité des opinions et théories que l’on peut émettre à propos du paléolithique).
D’autre part, certaines grottes ( la plupart ) présentent des signes que l’on qualifie aujourd’hui d’abstraits , ce qui est une façon commode de les qualifier puisque l’on n’en possède pas la signification et qu’ils ne se rattachent pas à la représentation, pour nous aujourd’hui, d’une chose connue puisée dans la réalité observable ou identifiable.
Les signes tectiformes de Dordogne sont bien connus, les aviformes également, mais ce sont là, bien entendu, des qualifications données aujhourd’hui qui n’ont d’autre but que les différencier des autres signes et permettre de les nommer quand on en parle…Personne n’oserait d’ailleurs affirmer que ces signes représenteraient effectivement des oiseaux ou des toits.
D’autres signes , d’apparence plus confuse au point que l’ont ne peut les appeler d’un nom qui aurait une consonnance familière, sont présents dans de nombreuses grottes, notamment El Castillo en Cantabria ou, surtout, la Pileta en Andalucia, qui » font penser » à un véritable langage tant ces signes sont nombreux, répartis sur de grandes distances, imaginatifs, divers, » typés « …et semblent tant par leur nombre, leur répétition, voire une certaine déclinaison pour certains d’entre eux, semblent donc » organisés « …
Sans doute est-il plus simple – mais peu sérieux – d’affirmer comme je l’ai entendu d’une jeune guide dans la Cueva de las Monedas à Puente Viesgo, de dire devant un panneau de signes entremêlés à profusion, qu’il s’agissait là, sans doute, d’un morceau de roche où les artistes affutaient leurs crayons…
Il me paraît donc peu prudent d’affirmer péremptoirement que le paléolithique s’est borné à créer des figures séparées » …sans savoir les grouper ( le plafond d’Altamira le prouve ) autrement que dans le hasard d’un pête-mêle incohérent (…) l’art paléolithique ne comporte pas de paysage pas même de décor… » – René HUYGHE, l’Art et l’Ame, éd. Flammarion 1960, p. 59.
La ligne horizontale figurant le sol de la grotte des bords du Taibilla ( que je n’ai pas trouvée, étant sur place, et qui je pense n’est pas ouverte au public ), et d’autres éléments qui restent à découvrir démontrent ou démontreront peut-être le contraire…
dans ce qui est appelé » le sanctuaire Breuil » et qui n’est pas montré pendant les visites touristiques, se trouvent de nombreux animaux et motifs divers, dont la fameuse yegua pregnada ( la jument pleine ) que l’on voit ici. Il y aurait beaucoup à dire sur ce chef d’oeuvre, mais tel n’est pas ici mon propos.

Putain
L’un des commandos, dans une sortie verbale musclée qui m’a marqué comme il est impossible de l’imaginer 40 ans plus tard, s’écrie alors que la décision est prise de partir à l’assaut des Canons « …oui nous irons sur cette putain de colline…détruire ces putains de canons… » et une troisième fois encore il ajoute le mot putain.
Ce fut à cet instant pour moi la consécration brutale, publique, officielle, de ce mot interdit que, pourtant, depuis, je n’ai jamais utilisé… jusqu’au jour où 40 ans plus tard, je faisais la connaissance d’un directeur de l’institut culturel français d’uneville lointaine, lequel directeur, homme courtois, élégant, chaleureux et grande gueule ( nous belges, nous aimons dire des français qu’ils sont grandes gueules, et cela n’est pas nécessairement méchant ) maniait avec rondeur et saveur le mot putain qui exprimait plutôt l’étonnement ou l’admiration qu’il ne qualifiait une espèce, il faut bien le dire, en voie de disparition. Ainsi petit à petit, comme à mon insu, je me suis mis à l’utiliser et, par exemple, j’avais à ma surprise pris l’habitude de m’exclamer avec ce mot lorsque, en vadrouille dans les Sierras andalouses, je tombais en arrêt devant un paysage . J’avais même conçu que ce mot, utilisé une fois, deux fois ou trois fois, comme les étoiles, servirait dans le guide des sierras que j’avais commencé à écrire, à distinguer les paysages en les classant selon qu’ils porteraient un, deux ou trois P…De ces mêmes P que les catalogues du Livre de Poche de mon adolescence utilisaient pour nommer certaine œuvre de JP Sartre ; personne en effet n’aurait à l’époque osé appeler une putain une putain, fût-elle respectueuse.Ce mot est donc devenu, au fil de ces tout derniers temps, un habitué de mon vocabulaire – mais pas vraiment de mon langage – et il lui arrive de surgir aujourd’hui impromptu – mais toujours fort à propos – , lorsque je suis confronté subitement ( ce caractère subit, inattendu et nécessairement fort étant tout à fait nécessaire à sa survenance ) à une forte surprise généralement d’ordre culturel et toujours esthétiquement remuante. L’autre soir donc, à pied dans Bruxelles, alors que j’allais souper chez mes fils, je remontais vers le haut de la Ville en passant par le mont des Arts ( tiens tiens).Subitement sous mes pieds, sur le bord du trottoir que j’allais fouler, un large demi cercle constellé de petites lumières : les pavés avaient été chacun percéspour recevoir une petite ampoule très brillante, le demi-cercle était bien dessiné, au pied d’une statue, mais les lumières étaient piquées çà et là au petit bonheur, comme les étoiles dans la nuit, et faisaient à la statue comme une mousseline de voie lactée. Ce genre d’intervention dans la ville, discrète et si juste, m’a plu et surpris.Au pied d’une statue, vous dis-je : la statue de la Reine Elizabeth.. Hoo, putain… ! Comme c’était beau, simple et beau.Puis après quelques secondes, le gros de l’émotion étant passée, ma voix haute dans la nuit de Bruxelles : « putain Majesté, ils n’ont pas raté votre traîne… »